Un commentaire
sur « Les deux cités » de saint Augustin
Par le R.P. Dom Emmanuel-Marie André (1826-1903), abbé de N.D. de la Sainte Espérance, curé de Saint-Loup, plus connu sous le nom de « Père Emmanuel »
In « Les deux cités », Troyes, Gustave Frémont, 1911.
« Deux
amours, firent deux cités, Babylone et Jérusalem : d’un côté l’amour de
soi-même jusqu’au mépris de Dieu ; de l’autre l’amour de Dieu jusqu’au mépris
de soi-même. » (saint Augustin, La Cité de Dieu, 2, L. XIV, XXVIII)
Introduction. La morale
La
morale est la science qui doit régler les mœurs : définir la morale, c’est
démontrer son indispensable nécessité. Il n’y a pas là-dessus de contestation
tous les hommes reconnaissent la nécessité de la morale. Mais quand il s’agit
d’en venir au fait, tous ne tombent pas d’accord sur le point d’où la morale
devra tirer sa règle et sa sanction.
Pourtant,
si l’on voulait réfléchir, il ne serait pas difficile de reconnaître que la
morale, ensemble des lois qui s’imposent à l’humanité tout entière, ne peut
être que l’expression de la volonté de Celui qui a créé l’humanité et lui a
assigné les lois de sa conduite et les moyens par lesquels elle peut arriver à
sa fin.
D’où
il suit que sans Dieu, il n’y a pas de morale digne de ce nom.
Pourtant,
il est des hommes qui s’évertuent à inventer une morale sans Dieu ; ils la
puiseront, disent-ils, dans la nature.
Voyons-les
à l’œuvre. La nature est bonne, telle qu’elle est sortie des mains de Dieu, et
la morale selon la nature n’est autre chose que la morale selon Dieu. Tous les
vrais philosophes reconnaissent que la loi naturelle n’est nulle part enseignée
plus clairement que dans le Décalogue. Ainsi la loi vraie de la nature vraie,
n’est autre chose que la voix de Dieu édictant ses Dix Commandements.
Donc
la nature, bien comprise, mène droit à Dieu, son auteur.
Mais
il y a des hommes qui ne veulent pas de Dieu, pas de Décalogue, et qui pourtant
veulent de la morale. Où iront-ils la trouver ? Et en supposant qu’ils la
trouvent, comment lui donneront-ils l’autorité et la sanction, deux choses sans
lesquelles il ne saurait y avoir de morale ?
La
nature qui repousse Dieu n’est autre chose que la nature déchue : et c’est en
elle, déchue comme elle est, que certains hommes de notre temps veulent puiser
la morale. C’est la morale de l’intérêt, ou du plaisir, ou de la vanité : c’est
en un mot ce que la révélation désigne sous le nom de la triple
concupiscence ; et qui étant la formule des inclinations de la nature
déchue, devient pour certains hommes la règle des devoirs, la loi de la morale.
C’est purement et simplement le renversement de toute morale.
Il
y a longtemps que, nous chrétiens, nous connaissons cette morale de la nature.
L’apôtre saint Paul l’a stigmatisée en ces mots énergiques : « Conduisez-vous selon l’esprit [morale de la nature vraie], n’accomplissez
pas les désirs de la chair [morale de la nature déchue] : car la chair a des désirs contraires à ceux
de l’esprit et l’esprit en a de contraires à ceux de la chair. » (Ga
5, 17.)
Un
moraliste chrétien a tracé les caractères de ces deux morales, dont l’une est
la lumière, l’autre la nuit : l’une le principe de tout progrès et de toute
félicité, l’autre la voie du mal et de la ruine en ce monde et en l’autre. Il
dit :
|
1. La nature (déchue) n’a jamais d’autre fin
qu’elle-même. |
1. La grâce
(c’est-à-dire la nature vraie, restaurée par la grâce du Sauveur) fait tout
pour Dieu, en qui elle se repose comme en sa fin. |
|
2. La nature
ne veut point être ni mortifiée, ni vaincue, ni être soumise, ni se
soumettre. |
2. La grâce
porte à se mortifier, résiste à la sensualité, n’affecte pas de jouir de sa
propre liberté (Libéralisme !) |
|
3. La nature
travaille pour son intérêt propre, et calcule le gain qu’elle peut tirer des
autres. (Exploitation de l’homme par
l’homme.) |
3. La grâce ne
recherche ni son utilité ni son avantage propre, mais ce qui peut être utile
à plusieurs. (Dévouement au
prochain.) |
|
4. La nature
aime les honneurs (Surtout quand ils
sont accompagnés du traitement.) |
4. La grâce
rend fidèlement l’honneur et la gloire à Dieu. |
|
5. La nature
aime l’oisiveté. (Un des principes
les plus féconds de l’immoralité.) |
5. La grâce
embrasse volontiers le travail. (Le
travail embrassé selon Dieu est essentiellement moralisateur.) |
|
6. La nature
convoite les biens du temps. (Comme
si le bonheur était dans leur possession.) |
6. La grâce
aspire aux biens éternels, ne s’attache point à ceux du temps, et a son
Trésor dans le Ciel où rien ne se perd. (C’est pour cela que nous donnons
volontiers aux pauvres.) |
|
7. La nature est
cupide, et reçoit plus volontiers qu’elle ne donne. |
7. La grâce
est désintéressée, se contente de peu, et juge plus heureux de donner que de
recevoir. |
|
8. La nature
incline vers les créatures, la propre chair, la vanité, la distraction. |
8. La grâce
mène à Dieu, à la vertu, hait les désirs de la chair, réprime nos écarts. |
|
9. La nature
fait tout pour le gain et l’intérêt propre. (C’est l’égoïsme partout.) |
9. La grâce ne
recherche aucun avantage temporel, et ne demande d’autre récompense que Dieu.
(Principe de dévouement et de
désintéressement.) |
|
10. La nature
sourit aux puissants et flatte les riches. (Prétendant attirer sur elle comme une ombre, un reflet de la
puissance et des richesses d’autrui.) |
10. La grâce
est plus portée vers le pauvre que vers le riche, et sympathise plus
volontiers avec l’innocent qu’avec le puissant. (S’inclinant vers les plus faibles, elle leur apporte un appui, et
reçoit d’eux une recommandation devant Dieu.) |
|
11. La nature
ramène tout à elle-même. (Comme pour
dominer tout, et alors elle crie à l’égalité.) |
11. La grâce
ramène tout à Dieu, principe de toutes choses : (et c’est l’ordre vrai, en dehors duquel il n’y a pas de liberté.) |
|
12. La nature
veut paraître à l’extérieur et veut que ses sens goûtent par leur expérience
propre de beaucoup de choses. (En
cela semblable à Eve qui voulut voir, et toucher, et goûter) |
12. La grâce
n’a cure de ce qui est nouveauté ou curiosité : elle sait que tout cela est
l’effet de l’antique corruption (de
la nature, dont nous sommes rachetés et délivrés par Notre Seigneur
Jésus-Christ). |
Ainsi
parlait au XIII° siècle l’auteur de l’Imitation (L. III, Ch. LIV). La
lutte de la chair et de l’esprit lui était bien connue, et, alors comme
aujourd’hui, il y avait des hommes qui, pour trouver la loi morale, regardaient
en bas, tandis que d’autres, dans le même but, regardaient en haut.
Et les uns et les autres travaillaient à l’édification d’une cité en laquelle ils se promettaient d’être heureux.
« Deux amours, dit saint Augustin, firent deux cités, Babylone et Jérusalem : d’un côté l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu ; de l’autre l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même. »
L’amour
de soi-même jusqu’au mépris de Dieu, c’est bien là le dernier mot de la morale
sensualiste, comme l’amour de Dieu jusqu’au sacrifice de soi-même est le
caractère de la morale spiritualiste, de la morale vraie.
Les
deux cités, les deux morales sont en présence, et, pour répéter le mot de saint
Paul, elles sont en lutte : Sibi invicem
adversantur. (Ga 5, 17.)
Nous les voyons à l’œuvre, là, sous nos yeux, et même plus près de nous encore : au fond de nos consciences, nous entendons les cris de guerre partant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Si nous suivons la morale de la jouissance sensuelle, nous tombons ; si nous suivons la morale du renoncement et du sacrifice, nous nous élevons ; en tombant, nous risquons de demeurer tombés éternellement : en nous élevant, nous nous dégageons du mal et nous allons à Dieu.
Une
des deux voies paraît plus facile, c’est celle qui mène à la situation la plus
pénible : l’autre semble présenter toutes sortes de difficultés, c’est celle
qui mène à la paix de l’âme, à la sérénité de la conscience, à la délectation
du bien, à la jouissance du vrai. Choisissons, et allons à Dieu.
I. Entrée en matière.
Rien
n’est plus connu que ces deux mots : le bien, le mal. Et pourtant il est assez
rare de savoir attribuer le mot bien à ce qui est vraiment bien, et le mot mal
à ce qui est vraiment mal. La Sainte Ecriture nous apprend qu’il y a des hommes
qui font, à ce sujet, la plus étrange comme la plus déplorable confusion :
« Malheur à vous, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe, malheur à vous qui appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est
mal, qui des ténèbres faites la lumière, et de la lumière les ténèbres, qui
appelez amer ce qui est doux, et doux ce qui est amer. » (Is 5, 20.)
Il est rare que l’on aille jusqu’à cette extrémité, mais combien souvent l’on hésite à appeler le bien de son nom, le mal de son nom. On craint parce qu’on ne sait pas assez, ou parce que, tout en sachant, on n’ose pas avouer ses convictions et rendre hommage à la vérité.
Il
en résulte que l’âme, n’ayant pas eu la force de rendre témoignage au bien, perd
quelque chose de la connaissance même du bien : car, c’est une loi de la
justice divine, l’esprit paie les faiblesses de la volonté. Ces faiblesses sont
le fruit ordinaire des malheureuses concupiscences, et Dieu les punit en
laissant se répandre dans les esprits un commencement d’aveuglement, juste
châtiment de nos défaillances et de nos lâchetés.
Afin
donc que la volonté soit plus puissamment portée à s’attacher au bien et à
rejeter le mal, il est souverainement important de savoir clairement où est le
bien, où est le mal.
Désireux
de venir en aide au moins à quelques-uns de nos lecteurs, nous avons écrit ce
petit travail sur les deux cités.
II. Ce qu’il faut entendre
par les deux cités.
Le
mot cité désigne une réunion d’hommes vivant d’accord sous les mêmes lois et
les mêmes magistrats. Il peut s’entendre d’une ville en particulier, d’une
commune comme nous disons, ou d’un Etat, formé de toutes les communes soumises
aux mêmes lois et au même pouvoir souverain. « Quid est civitas, dit
saint Augustin, nisi multitudo hominum in
quoddam vinculum redacta concordiæ ? » (Epist., olim V.)
Mais nous voulons prendre le mot cité dans un sens beaucoup plus large, et considérant que Dieu est le Roi des rois, qu’il a créé pour son service les anges et les hommes, nous dirons que tous les anges et tous les hommes qui sont et veulent être fidèles à Dieu, étant soumis à la loi très juste et très sainte de la volonté de leur Créateur, forment ensemble une seule et même cité, la cité de Dieu.
D’autre part, les anges et les hommes qui ne sont pas soumis à la loi de la volonté de Dieu, mais ont trouvé bon de se soumettre à la loi de leur propre volonté, forment ensemble une seule et même cité, la cité du monde, et du diable et de l’enfer.
Comme
donc il y a la cité du bien, il y a aussi la cité du mal.
III. Principe de la
constitution des deux cités.
Saint
Augustin qui nous a donné une première définition d’une cité, va nous en donner
une seconde, identique au fond à la première, mais plus courte, il dit :
« Civitas, concors hominum
multitudo. » (Epist.,
Olim LII.) Une cité, c’est une réunion d’hommes qui ont le cœur ensemble, ou,
en d’autres termes, qui ont au cœur le même amour. C’est par l’amour que les
hommes s’unissent ou se désunissent. Deux hommes qui ont le même amour sont
unis ; deux hommes qui n’ont pas le même amour ne peuvent être que désunis.
S’il
y a deux cités, c’est parce qu’il y a deux amours.
«
Deux amours, dit saint Augustin, ont fait les deux cités. » Et le même
docteur décrit ainsi les deux principes constitutifs des deux cités : « Ces
deux amours, dit-il, dont l’un est saint, l’autre impur, l’un unissant,
l’autre séparant, l’un voulant le bien de tous en vue de la société céleste,
l’autre prenant le bien de tous et le soumettant à son propre pouvoir pour
l’orgueil et la domination : l’un soumis à Dieu, l’autre jaloux de Dieu ;
l’un tranquille, l’autre turbulent ; l’un pacifique, l’autre séditieux ; l’un
aimant mieux la vérité que les louanges des discoureurs, l’autre avide de
louanges ; n’importe d’où elles viennent ; l’un souhaitant au prochain le même
bien qu’à soi-même, l’autre souhaitant de se soumettre le prochain ; l’un
gouvernant les hommes pour le bien du prochain, l’autre pour son propre
avantage ; ces deux amours qui se sont déjà trouvés dans les anges, l’un dans
les bons, l’autre dans les méchants, ces deux amours ont formé les deux cités
parmi les hommes. » (De Genesi ad litt., Lib. XI, c. XV.)
La
nature viciée par le péché enfante les citoyens de la cité terrestre : quant à
ceux de la cité céleste, ils naissent de la grâce qui délivre du péché la
nature. Dans la cité terrestre, les hommes n’ont pour fin que la terre et leur
amour-propre : dans la cité céleste, tout a pour fin Dieu seul, et en lui le
bonheur éternel.
Toute
cette doctrine se trouve résumée dans la maxime bien connue de saint Augustin :
« Deux
amours ont donc fait deux cités : l’une terrestre, œuvre de l’amour de soi
jusqu’au mépris de Dieu ; l’autre céleste, œuvre de l’amour de Dieu, jusqu’au
mépris de soi. Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet,
amor sui usque ad contemptum Dei ; cœlestem vero, amor Dei usque ad contemptum
sui. » (De civit. Dei, Lib.
XIV, c. XXVIII.)
IV. Formation des deux
cités.
Dieu
est le fondateur de la cité sainte. Elle est parce qu’il l’a voulu : elle a ce
que Dieu lui a donné : elle ne désire que ce que Dieu a bien voulu lui
promettre, et elle n’aspire qu’à voir son Créateur afin de partager son
bonheur.
Dieu
l’a fondée sur les saintes montagnes, c’est-à-dire qu’il l’a commencée au ciel
même par ses anges. Il la continua sur la terre par la création de l’homme.
Mais l’homme, sur la terre, doit être citoyen de la cité céleste. « Nostra
conversatio in cœlis est », dit saint Paul ; et d’après le texte grec
cela veut dire que nous sommes citoyens du ciel même. Rappelons-nous la
définition de la cité : Concors multitudo. L’homme et l’ange sont
appelés l’un et l’autre à aimer ensemble leur créateur comme à s’aimer les uns
les autres; et cette unité d’amour les rassemble en une même cité dont Dieu est
le souverain roi, le suprême législateur comme il en est le Créateur.
Aussi,
Adam et Eve et ceux de leurs enfants qui demeurèrent fidèles à Dieu, ne nous
apparaissent pas dans l’Ecriture comme ayant bâti des cités terrestres. Il en
fut de même des saints qui apparurent dans la suite des siècles. Ecoutons saint
Paul : « Animé de la foi, Abraham demeura dans la terre promise comme dans
une terre étrangère, habitant sous des tentes avec Isaac et Jacob, héritiers de
la même promesse : car il attendait la cité bâtie sur des fondements solides,
dont Dieu est le fondateur et l’architecte. Ayant vécu selon la foi, tous ces
saints sont morts, confessant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la
terre. Or des hommes qui parlent ainsi, font assez comprendre qu’ils cherchent
leur patrie. Et de vrai, s’ils avaient regretté celle d’où ils étaient sortis,
ils avaient bien le temps d’y retourner. Mais ils en désiraient une meilleure,
qui est celle du ciel. Aussi Dieu ne craint-il point d’être appelé leur Dieu,
et cela parce qu’il leur a préparé une cité. » (He 11 9-11 ; 13-16.)
Mais
de même que parmi les anges il y eut des défections et des chutes, il y eut
aussi, dans l’humanité, une chute originelle, et bien des défections, même
après la promesse du Rédempteur. Les anges tombés et les hommes déchus
perdirent les uns et les autres le chaste amour de leur Créateur, et se
trouvant unis par une certaine ressemblance de non-amour de Dieu et d’amour
d’eux-mêmes, ils formèrent et forment encore la cité du mal. Satan en fut le
premier auteur dans le ciel, et après lui Caïn continua son oeuvre sur la
terre. Désespérant de recouvrer le ciel, n’aspirant plus à la cité céleste,
Caïn, avant de descendre en enfer, voulut se faire une ville sur la terre.
L’Ecriture dit de lui : « Il bâtit une cité. » (Gn 4, 17.) Abel, son
frère, n’en avait point bâti ; il appartenait à celle dont Dieu lui-même est le
fondateur.
L’Ecriture et la tradition appellent ces deux cités Babylone et Jérusalem.
Babylone
signifie confusion, Jérusalem vision de paix.
La
Jérusalem mystique commença par Abel : la Babylone mystique par Caïn. C’est
saint Augustin qui en fait la remarque, et il ajoute : « Les constructions
matérielles ne commencèrent que plus tard : les deux villes furent fondées en
leur temps, pour être la figure éclatante des deux cités commencées
antérieurement, et devant durer jusqu’à la fin pour être à la fin séparées.
» (Ps. 64°)
V. Comparaison des deux
cités.
La
cité de Dieu est l’œuvre de Dieu : elle est par un acte très saint et très bon
du Créateur, lequel acte, en appelant les créatures raisonnables à l’existence,
les appelle aussi à la grâce et enfin à la gloire, et se forme d’elles et en
elles la cité qui est à lui.
En
cette cité, tout est bien en tant qu’il vient de Dieu, tout est bon en tant
qu’il tend à Dieu, et tout est heureux en tant qu’il demeure pour toujours
attaché à Dieu.
La
cité du monde est l’œuvre de la créature se séparant de Dieu par la
désobéissance, vivant sans Dieu sous le prétexte d’une fausse liberté, et enfin
aboutissant à un malheur irrémédiable dans l’enfer, là où les pauvres damnés
auront faim et soif de Dieu, et ne pourront plus arriver à lui.
La
cité de Dieu est Jérusalem, c’est la vision de la paix : là les âmes jouissent
de la paix intérieure toujours, de la paix extérieure rarement, et ont à
soutenir une rude guerre, presque continuellement.
La
cité du monde n’a jamais la paix intérieure, et bien rarement la paix
extérieure ; c’est pourquoi elle est comparée dans l’Ecriture à la mer : « Les
méchants sont comme une mer agitée qui ne peut se calmer, et dont les flots
jettent de la fange et de l’écume : il n’y a point de paix pour les impies,
c’est mon Dieu qui l’a dit. » (Is 57, 20-21.)
La
cité de Dieu traverse le temps pour arriver à l’éternité : son cœur est fixé
en Dieu qui ne passe pas : c’est pour cela que les maux présents sont
impuissants à lui ôter sa paix intérieure.
La cité du monde, désespérant de l’éternité, voudrait se fixer dans le temps, mais le temps qui passe lui enlève tous les jours les objets de ses jouissances trompeuses ; c’est pourquoi elle n’a point la paix.
Les
deux cités sont maintenant confondues et extérieurement mêlées : l’enfant de
Jérusalem est coudoyé par les enfants de Babylone : ils peuvent habiter
ensemble sous un même toit, vivre à la même table, manger du même pain, mais
ils n’ont point au cœur le même amour. Et c’est là, comme nous l’avons dit, le
principe de la distinction des cités dans le présent, comme ce sera la cause de
leur séparation dans l’éternité.
VI. Mœurs et coutumes de la
cité du monde.
Les
mœurs sont le fruit des amours. Tel amour, telles mœurs. Or l’amour qui règne
en la cité du monde, c’est l’amour de soi : l’amour de soi mal entendu, l’amour
de soi se faisant soi-même sa fin, sa loi, sa raison d’être, ce qui est la
négation de Dieu.
Cette
simple remarque nous donne l’explication de l’athéisme moderne. Nos impies ont
la logique du mal : logique funeste dont ils sont les victimes.
L’amour
de soi étant pris ainsi comme loi suprême, ne peut cependant trouver en soi sa
satisfaction. Dieu seul se suffit à lui-même. Et les créatures qui veulent
singer Dieu dans cette sublime prérogative ne tardent pas à reconnaître leur
indigence. Dans la maison de mon Père, disait l’enfant prodigue, les
mercenaires même ont du pain en abondance, et dans ce pays-ci, moi, je meurs de
faim. ( Lc 15, 17)
Alors,
manquant de tout, la créature regarde autour d’elle ou au-dessous d’elle ; elle
va quêtant, par-ci, par-là, ou de la gloire, ou des possessions terrestres, ou
des plaisirs : c’est-à-dire que l’amour-propre, forcé de sortir de lui-même, se
montre par une des trois concupiscences, et cherche ainsi à attirer à soi de
quoi satisfaire à son besoin d’aimer, de jouir, de posséder : besoin invincible
et cependant insatiable.
Toute
la morale de la cité du monde, morale indépendante comme on le voit, découle de
cette source funeste de l’amour-propre, source qui se divise en trois branches,
et va se répandant de tous côtés, pour y promener son indigence, mendier des
satisfactions, et cela toujours en vain, car les satisfactions manquent et
l’indigence reste.
C’est
un des caractères de la cité du monde, elle veut jouir dans le présent ; et
pour l’amour de cette jouissance dans le présent, elle sacrifie toute espérance
dans l’avenir.
Saint
Augustin dit quelque part que, dans la cité de Dieu, par le cœur la chair est
purifiée : « Per cor caro mundatur. » (De civit. Lib. X, c.
XXV). Mais dans la cité du mal, là où le cœur est ainsi livré à l’amour-propre,
il devient lui-même souillé, et il ne tarde pas à souiller la chair qu’il
aurait dû sauver.
C’est pour cela que dans la cité du monde on ne veut point de la sainteté du mariage : on aime les unions libres, c’est-à-dire la liberté du désordre. Dans le mariage même, on ne veut pas des fruits du mariage.
Voici
quelques petits traits de mœurs qui nous sont fournis par l’histoire. « Saint
Augustin nous apprend que les Manichéens, qui ne se permettaient pas le
mariage, se permettaient toute autre chose. C’est que, selon leurs principes,
c’était proprement la conception qu’il fallait avoir en horreur. Ces hérétiques
se mitigeaient quelquefois à l’égard du mariage. Un certain Hartuvin le
permettait, parmi eux, à un garçon qui épousait une fille… encore ne devait-on
pas aller au-delà du premier enfant. » (Bossuet, Hist. des Variations, liv.
XI.)
Dans
ces conditions, la femme est sans dignité, la vie sans honneur comme sans
bonheur, et la mort sans espérance. Reste donc, comme dit saint Paul,
l’effroyable attente du jugement et le feu qui dévorera les ennemis de Dieu.
(He 10, 27)
VII. Mœurs et coutumes de
la cité de Dieu.
Si
la cité du monde aime à sa manière, la cité de Dieu aime à la manière de Dieu.
Ici, toute la loi se résume dans la charité, l’amour de Dieu et du prochain.
« La charité, dit saint Augustin, la charité douce en parole,
plus douce en action. Dilectio, dulce verbum, sed dulcius
factum. » (In
Epist. S. Joann. Tract. VIII.)
Aimer Dieu et chercher en lui le bonheur, c’est ce qui règle en nous tout l’homme intérieur : Aimer le prochain et lui souhaiter d’être avec nous heureux en Dieu, c’est ce qui règle tout l’homme extérieur : et alors tout étant bien ordonné avec Dieu, tout se trouve bien ordonné avec les hommes.
C’est
pour cela que toutes les législations dignes de ce nom sont puisées dans les
dix commandements de Dieu : tous les législateurs reconnurent qu’ils ne
sauraient mieux régler les Etats qu’en imitant, selon la mesure du possible, la
législation de la cité de Dieu, laquelle est le premier des Etats, et par
conséquent la règle comme le salut des Etats temporaires et transitoires.
La
cité de Dieu professe donc, avant tout, le respect de Dieu, ce respect qui se
nomme l’adoration : par suite, elle professe le respect du prochain, qui est
l’œuvre de Dieu et qu’il faut aimer pour Dieu.
C’est
de là que découle toute la morale chrétienne morale qui, tout en assurant
l’éternel bonheur des hommes, leur procure aussi la plus grande somme possible
de paix et de bonheur ici-bas : en sorte que si l’humanité tout entière était
unie dans l’adoration de Dieu et dans la pratique de sa loi, nous verrions
diminuer, dans des proportions incalculables, les maux qui nous affligent
ici-bas, et la terre pourrait devenir, comme jadis le paradis terrestre, la
terre pourrait devenir le vestibule du ciel.
C’est
une chose à laquelle on ne réfléchit pas assez : et pourtant quoi de plus
désirable que de travailler au repos et au bien de l’humanité sur la terre afin
que tous aient la plus grande facilité possible de s’acheminer vers l’éternelle
félicité.
Si
la cité de Dieu était libre ici-bas, si elle pouvait déployer à son aise toutes
les ressources de la charité que Dieu inspire au cœur de ses enfants, ce serait
merveille de voir combien de souffrances disparaîtraient, combien les pauvres
seraient consolés, combien le travail serait facilité, et combien la vie
présente serait plus heureuse que nous ne la voyons.
Mais
la cité de Dieu n’est pas libre ici-bas : elle a la liberté intérieure d’aimer,
mais elle n’a pas la liberté extérieure de faire produire à son amour tous les
fruits qu’il voudrait porter : elle en souffre, elle prie et demande à Dieu la
délivrance, la liberté, la vraie liberté[1].
VIII. Lutte entre les deux
cités.
Les
hommes ont été créés pour vivre en société : ils s’appellent les uns les
autres, ils veulent s’unir, se grouper, afin de s’aider mutuellement et de jouir
ensemble des biens de la société.
Cet
ordre vient de Dieu, et il aurait été gardé fidèlement et inviolablement si le
péché n’eût pas mis le désordre dans le monde, et n’eût pas formé une cité à
côté de la cité de Dieu.
Toutefois
les habitants de la cité du monde n’ont point rejeté l’antique lien de société
créé de Dieu parmi les hommes, et eux aussi tendent à s’unir les autres hommes
dans une même communauté d’amour, de mœurs et par suite de cité.
D’autre
part, la cité de Dieu, fidèle à son Créateur, aspire à réunir tous les hommes
dans la connaissance et dans l’amour de Dieu, afin que tous aient part en elle
et avec elle aux biens de la maison de Dieu.
On
voit, dès lors, les points de départ de la lutte entre les deux cités. Chacune
d’elles veut faire prévaloir l’amour qu’elle porte au cœur, et les mœurs qui en
sont la suite.
La
cité du monde a ses amours qui nous flattent, ses erreurs qui nous trompent,
ses menaces et ses scélératesses qui nous épouvantent, amores, errores, terrores,
dit saint Augustin, et avec ces armes elle entre en lutte contre la cité de
Dieu.
De son côté la cité de Dieu porte en elle le chaste amour de son Dieu et de son prochain, la foi, et avec la foi, toute vérité, ses œuvres de paix, de dévouement pour tous et envers tous, et avec ces armes divines elle soutient les assauts de la cité du monde, et sauve les enfants de Dieu.
La
lutte a commencé dès qu’il y eut deux frères sur la terre, Caïn et Abel sont le
commencement et le type des deux cités. Caïn tue, Abel est victime : mais celui
qui tue est plus tué que sa victime : Abel succombe et il triomphe.
Ainsi
la cité du monde opprime souvent la cité de Dieu : mais plus elle paraît
s’élever, plus sa chute sera formidable : et la cité de Dieu, alors même
qu’elle semblerait vaincue, demeure victorieuse, parce que Dieu est avec elle.
IX. De Jérusalem à
Babylone.
Par
suite de la lutte existant entre les deux cités, on voit quelquefois des
habitants de l’une passer dans l’autre. Toute armée a ses déserteurs.
Il
arrive donc que des habitants de la cité de Dieu, cessant d’être fidèles à leur
Créateur et à leur Sauveur, deviennent enfants de Babylone. Tel cet homme qui,
allant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs, qui le
dépouillèrent et le couvrirent de plaies : ainsi le déserteur de la cité de
Dieu est dépouillé des dons de la grâce, et blessé dans tout ce qui lui reste.
Tel encore l’enfant prodigue qui, voulant vivre à sa liberté, quitta la maison
de son père et s’en alla dans un pays lointain où il gardait des pourceaux. Ce
pays lointain, c’est Babylone.
Tels
sont encore les hérétiques et les schismatiques qui, après avoir reçu le
baptême, se séparent de la communion catholique, rompant les liens de la foi et
de la charité qui les faisaient citoyens de Jérusalem, et s’en vont habiter la
cité qu’ils se sont bâtie eux-mêmes, en cela pareils à Caïn.
Tels
sont encore beaucoup de catholiques qui, ayant perdu la charité, demeurent dans
l’habitude et l’état du péché : y vivent dans une sorte de sécurité et y meurent
dans une fausse tranquillité : eux aussi sont passés de Jérusalem à Babylone.
Mais
tous ces hommes, étaient-ils vraiment de Jérusalem ?
«
Ils sont sortis d’avec nous, dit saint Jean, mais ils n’étaient point
d’entre nous, car s’ils en eussent été, ils seraient demeurés avec nous.
» (1-Jn, 2, 19).
En tous ces hommes, le péché introduit dans l’humanité par Adam, a prévalu sur la grâce qui leur avait été donnée en Notre-Seigneur : c’est là un mystère formidable et une cause de douleur très amère et très profonde pour tous ceux dont le cœur est fixé dans Jérusalem.
X. De Babylone à Jérusalem.
Il
y a des concitoyens de Jérusalem qui peuvent se trouver, pour un temps, perdus
dans Babylone. Ils y sont tombés, ou par le péché originel ou par le péché actuel,
mais à l’heure que Dieu sait, ils sortent de la captivité et rentrent en
liberté. Ecoutons saint Grégoire : « Le Seigneur par un de ses prophètes,
dit : Tu iras jusqu’à Babylone et là tu seras délivré (Mi, 4, 10). Souvent un
homme tombé dans la confusion des vices, rougissant du mal qu’il a fait,
revient à la pénitence, et par une vie sainte se relève de ses chutes. N’est-ce
point là cet homme qui est venu jusqu’à Babylone, et qui y a été délivré ? Oui,
son âme est devenue confusion, et il a fait mal, puis il en a eu honte, s’est
redressé contre lui-même, et en faisant le bien s’est rétabli dans un état
meilleur. Il a donc été délivré dans Babylone, lui que la divine grâce a sauvé
du pays de la confusion. » (Ezech. Lib. Hom. X.)
Le
passage de Babylone à Jérusalem n’est pas toujours facile : la voie n’est pas
toujours libre. Souvent il y a lutte, et contre soi-même, et contre les
habitants de Babylone qui veulent y demeurer, et qui veulent y faire demeurer
avec eux ceux qui y sont.
Mais
comme en quelques enfants de Jérusalem nous avons vu prévaloir le péché, nous
voyons aussi en quelques enfants de Babylone prévaloir la grâce de
Notre-Seigneur ; et ceux dont Dieu a touché les cœurs quittent Babylone dont
ils n’étaient pas, et viennent à Jérusalem chercher et trouver la paix des
enfants de Dieu.
XI. Les fins des deux
cités.
Par
les fins des deux cités, il faut entendre non ce qui les ferait cesser d’être,
mais le terme au-delà duquel elles n’ont plus rien à chercher, plus rien à attendre.
La fin de la cité de Dieu, c’est Dieu lui-même, et la fin de la cité du monde,
c’est le degré de mal qu’elle ne dépassera pas ; d’un côté le souverain bien,
de l’autre le souverain mal : d’un côté la vie éternelle, de l’autre la mort
éternelle.
Les
saints, les fidèles qui n’auront point aimé la terre ni la vanité de ce monde,
trouveront Dieu qu’ils auront aimé par-dessus tout : en quittant la vie
présente, ils n’auront rien perdu de ce qu’ils aimaient ; et ce qu’ils auront
cru, ils le verront, et dans cette vision de paix, ils seront bienheureux.
Les
infidèles, les pécheurs n’auront plus rien de ce qu’ils auront aimé, et
n’auront pas Dieu dont ils n’ont pas voulu : ils trouveront en eux-mêmes la
cause de leur châtiment, et tout en ne pouvant plus mourir, ils seront dans la
mort éternelle.
«
Après la résurrection et le jugement universel, les deux cités auront
atteint leur fin, celle de Jésus-Christ et celle du diable : l’une des bons,
l’autre des méchants, l’une et l’autre toutefois composée d’anges et d’hommes.
Les bons n’auront plus jamais la volonté de pécher, les méchants n’en auront
plus la faculté. Et il n’y aura plus de mort à attendre, ni pour ceux qui
vivront vraiment heureux dans la vie éternelle, ni pour ceux qui sans pouvoir
mourir resteront malheureux dans la mort éternelle, parce que les uns comme les
autres seront là pour toujours. » (S. Aug.
Enchirid. Cap. XXXI.)
XII. La chute de Babylone.
Saint
Jean, dans sa divine Apocalypse, nous décrit la chute de Babylone. Il dit :
« Je vis un ange qui descendait du ciel, il avait une grande puissance,
et la terre fut éclairée de sa gloire.
Et
il cria avec force, et il dit : Elle est tombée, elle est tombée cette grande
Babylone.
Toutes
les nations ont bu du vin de sa prostitution : les rois de la terre se sont
corrompus avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis de son luxe.
Et
j’entendis une autre voix qui venait du ciel et qui disait : Sortez de cette
ville, ô mon peuple, de peur que vous n’ayez part à ses péchés, et que vous ne
receviez de ses châtiments.
Traitez-la
comme elle vous a traités : multipliez ses tourments et ses douleurs, à
proportion de ce qu’elle s’est livrée à l’orgueil et au luxe. Elle s’est dit
dans son cœur : je suis reine et sur le trône ; je ne serai point veuve et ne
connaîtrai pas le deuil.
C’est
pourquoi en un même jour viendront sur elle ses châtiments, et la mort, et le
deuil, et la famine, et elle sera brûlée par le feu : car il est fort le Dieu
qui la jugera.
Les
rois de la terre pleureront sur elle ; les marchands de la terre pleureront et
gémiront sur elle, parce que personne n’achètera plus leurs marchandises, ces
marchandises d’or, d’argent, de pierreries, de perles, de lin, de pourpre, de
soie, d’ivoire, d’airain, de fer, de marbre…
Ciel,
soyez-en dans la joie, et vous aussi, saints, vous Apôtres et prophètes, parce
que Dieu a fait justice de Babylone. » (Ap 18.)
De
ces paroles nous recueillons ceci : trois choses ont fait Babylone, et trois
choses ont amené sa ruine : l’orgueil, le luxe, l’industrialisme, c’est-à-dire
les trois concupiscences. On est puni par où l’on a péché : Per quæ peccat
quis, per hæc et torquetur. (Sg 11, 17)
XIII. La cité de Dieu dans
l’éternité.
Le grand prophète du Nouveau Testament va nous dire maintenant la gloire de la cité de Dieu.
«
J’entendis après cela comme une voix de grandes foules dans le ciel, elle
disait : Alleluia : Salut, gloire et puissance à notre Dieu, car ses jugements
sont justes et vrais, et il a fait justice de la grande prostituée qui a
corrompu la terre par sa prostitution, et il a vengé le sang de ses serviteurs,
qu’elle avait répandu de ses mains, et ils répétèrent : Alleluia.
Et
je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, et j’entendis une grande voix qui
disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes et il demeurera avec eux.
Et
Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux : et il n’y aura plus ni mort, ni
deuil, ni cri, ni douleur, jamais, car le premier état est passé.
Et
celui qui était sur le trône, dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et
il me dit : Ecris, ces paroles sont vraies et certaines.
Et
il dit : C’est fait, à qui a soif je donnerai à boire de la fontaine de l’eau
de la vie, gratis.
Qui
sera victorieux, aura ces choses : et je serai son Dieu, et il sera mon fils.
Mais
les timides, les incrédules, les abominables, les homicides, les fornicateurs,
les empoisonneurs, les idolâtres et tous les menteurs, auront leur part dans
l’étang brûlant de feu et de soufre.
Alors
un ange me montra la grande cité, la Jérusalem nouvelle : il n’y entrera rien
de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l’abomination ou le mensonge, mais
seulement ceux qui sont écrits au livre de vie de l’Agneau.
Il
n’y aura plus là d’anathème : mais il y aura le trône de Dieu et de l’Agneau,
et ses serviteurs le serviront.
Ils
verront sa face, et auront son nom sur leur front.
Il n’y aura plus là de nuit, et ils n’auront besoin ni de lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera, et ils règneront dans les siècles des siècles. » (Ap 19-22)
Gloriosa dicta sunt de te,
civitas Dei. (Ps 86° 3)
[1] Dans le Pater, nous
disons à Dieu : Adveniat regnum tuum… Libera nos a malo ; et l’Eglise
dans ses prières : Destructis adversitatibus et erroribus universis,
Ecclesia tua secura tibi serviat libertate. (Or.
A Cunctis.) Populum tuum, quæsumus, cœlesti dono prosequere, ut
perfectam libertatem consequi mereatur. (Or. du Lundi de Pâques.)