Abbé A. Boulenger,
La doctrine
catholique
Paris-Lyon, éd. Emmanuel Vitte, 1927
Tome 1
Le Dogme
lere LEÇON PRÉLIMINAIRE
La destinée de l'homme
1° Le problème de la destinée
a) origine de l'homme
b) fin de l'homme
c) moyens qui conduisent à la
fin
2° Le Catéchisme donne la solution
du problème
3° Sa nature
a) La destinée n'est pas
d'ordre naturel
b) L'homme appelé au bonheur du
ciel
4° Son caractère
a) gratuite de la part de Dieu
b) obligatoire du côté de
l'homme
5° Devoirs qu'elle impose
a) Etude de la religion
b) Obéissance aux prescriptions
de la religion
6° L'irréligion est
a) une ingratitude
b) une folie
1. Mots
Destinée : a) pris au sens
général, le mot destinée signifie la fin, le but auquel un être tend, b) dans
un sens particulier, et par rapport à l'homme, la destinée est la question de la
vie future c'est-à-dire des récompenses ou des punitions que la vie future nous
réserve.
Catéchisme ou catéchèse (du grec «
catechesis » instruction) a) Instruction religieuse par demandes et par
réponses. Dans la primitive Église, l'enseignement était toujours oral et donné
aux catéchumènes avant leur baptême. Quand l'usage fut répandu de baptiser tous
les nouveaux-nés, la catéchèse fut renvoyée aux années qui précèdent la
première communion. b) En tant que livre, le catéchisme date de l'époque du protestantisme.
On en fit alors de nombreuses publications pour répondre aux petits livres où
les protestants exprimaient leurs idées nouvelles.
Les catéchismes les plus célèbres
après le catéchisme du Concile de Trente qui contient une explication
théologique de toute la doctrine chrétienne sont ~ : 1° au XVIIè'
siècle, le Catéchisme de Saint Sulpice, publié sous la direction de M. Olier;
2° le catéchisme de Veaux publié par Bossuet en 1686 ; 3° au XIXè`
siècle, après le Concordat, le catéchisme impérial. Ce catéchisme fini
contenait, entre autres, les devoirs envers Napoléon 1" ~ ,
sous peine d'encourir la damnation éternelle, fut imposé, en 1806, à toute la
France, par l'empereur, d'accord avec le cardinal-légat Caprara, qui donna
l'approbation canonique sans consulter le pape Pie VII et contre le gré du
cardinal-secrétaire, Consalvi. Ce catéchisme rencontra une assez vive
opposition de la part de certains évêques français et belges; il fut supprimé à
la Restauration.
DEVELOPPEMENT . I. Le problème de
la destinée.
Le problème de la destinée
pourrait se formuler ainsi : étant donné que la vie présente n'est qu'un
passage, il nous faut rechercher quelle est notre origine, quelle est notre fin
et quels moyens doivent nous conduire à notre fin. Ce problème qui se pose
nécessairement à notre esprit est aussi celui qu'il importe le plus de bien
résoudre. À vrai dire, la destinée n'est que la question de la fin de l'homme ;
mais Comme le point d'arrivée se rattache forcément au point de départ et qu'on
n'atteint un but qu'à condition de prendre le chemin qui y mène, il s'ensuit
que les trois questions ~ : origine, fin et moyens d'arriver à la fin, sont
inséparables et demandent une solution
3. II. Le Catéchisme résout le
problème de la destinée.
C'est la religion qui nous donne
la solution du problème de la destinée. Or la religion se trouve exposée dans
un petit livre qui s'appelle le Catéchisme : « Il y a un petit livre, qu'on
fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l'Église, dit
le célèbre Jouffroy. Lisez ce petit livre, qui est le Catéchisme, vous y
trouverez une solution à toutes les questions que j'ai posées ; oui, à toutes
sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait;
où elle va, il le sait; comment elle y va, il le sait. Demandez à ce pauvre
enfant qui, de sa vie, n y a songé, pourquoi il est ici-bas, ce qu'il deviendra
après sa mort, il vous fera une réponse sublime... Voilà ce que j'appelle une
grande religion, je la reconnais à ce signe qu'elle ne laisse sans réponse
aucune des questions qui intéressent l'humanité ».
4. III. Nature de la destinée.
La première question qui se pose
au sujet de la destinée, c'est d'en savoir la nature. Dieu, que la raison et la
révélation nous montrent comme notre créateur et comme un créateur intelligent
et sage, n'a pu nous créer sans nous imposer un but à atteindre. Mais quel est
ce but ? L'homme est-il fait pour un bonheur éphémère : jouissances du corps et
jouissances de l'esprit auxquelles la mort mettrait un terme ? Ou bien, au
contraire, la mort n'est-elle qu'une transition et doit-elle conduire l'homme à
sa véritable destinée ? Et, dans ce dernier cas, de quel ordre est notre
destinée ? Est-elle d'ordre naturel et consiste-elle dans l'épanouissement de
nos facultés ? Est-elle d'ordre surnaturel et élève-elle l'homme au-dessus de
sa nature ? À toutes ces questions, notre religion donne une réponse. Elle nous
dit, en effet, que l'homme est avant tout créé pour la gloire de Dieu et non
pour la jouissance terrestre, et qu'il est ici-bas pour gagner le ciel et
devenir « participant de la vie divine ».
5. IV. La destinée est-elle libre
ou obligatoire?
Il a plu à Dieu d'élever l'homme à
un état surnaturel et de lui en accorder la pleine réalisation dans une vie
ultérieure. Mais cette destinée surnaturelle, l'homme est-il libre de
l'accepter ou de la rejeter ? À cette nouvelle question d'importance capitale,
le Catéchisme répond que la destinée surnaturelle, si elle est gratuite de la
part de Dieu, est en même temps obligatoire du côté de l'homme. « Dieu nous
la donne par bonté et il pousse la bonté jusqu'à nous l'imposer, afin que par
notre caprice nous ne soyons pas privés d'un tel privilège. Nous ne sommes donc
pas libres d'accepter ou de refuser. » (Vacant, D. T. C. , art.
Destinée)
6. V. Devoirs que nous impose la
poursuite de la destinée.
Si la destinée est à la fois
d'ordre surnaturel et de caractère obligatoire, il résulte que tout homme doit
prendre les moyens qui sont adaptés à la fin que Dieu lui propose.
a) Le premier devoir qui s'impose,
c'est par conséquent l'étude de la religion qui règle les rapports entre le
Créateur et ses créatures. b) Une fois la religion connue, le second devoir
c'est l'obéissance à ses prescriptions : ~ adhésion de l'esprit aux vérités
qu'elle enseigne et pratique de ses commandements. Puisque Dieu a voulu faire
de notre vie un temps d'épreuve et qu'il nous a donné la liberté pour nous
laisser le choix et le mérite de notre destinée, nous devons prendre les moyens
d'atteindre la fin que Dieu nous propose et d'obtenir la récompense céleste.
7. VI. Que penser de l'irréligion.
Notre destinée future nous
commande d'étudier et de pratiquer la religion. Elle seule, en effet, nous
révèle le mystère de notre existence ; elle seule nous apprend que Dieu nous a
mis au monde pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen, acquérir
la vie éternelle.
Il suit de là que l'irréligion est
: a) une ingratitude, puisque l'homme irréligieux entend se passer de Dieu, le
supprimer ou l'ignorer ; et b) une folie. Car l'homme est au moins certain
d'une chose, c'est qu'il mourra, et, quelque incroyant qu'il puisse être, il
lui est impossible d'affirmer avec certitude que son âme finira avec son corps.
Ne pas se tenir sur ses gardes et vivre comme si Dieu n'existait pas est donc
une imprévoyance insensée et le plus grand des malheurs.
Conclusion pratique.
1 ° Puisque la science de la
religion est la plus importante, la seule nécessaire même, c'est un devoir
rigoureux pour nous de l'étudier et d'en acquérir une connaissance sérieuse et
éclairée. Dans l'autre monde, Dieu ne nous demandera pas si nous avons été
riches et savants, mais si nous avons connu notre religion et surtout si nous
l'avons mise en pratique.
2° « Je n'entends pas qu'on
puisse être vertueux sans religion, dit
Jean-Jacques Rousseau, j'eus longtemps cette opinion trompeuse dont je suis
bien désabusé.» « L'ignorance du vrai Dieu est pour les États la plus grande
des calamités.» Platon.
LECTURES.
1. Blanche de Castille. ~ On
raconte que cette reine, la mère de saint Louis, que non seulement elle
instruisait elle-même son fils sur les choses de la religion, mais qu'elle
faisait en outre le catéchisme à d'autres enfants du royaume.
2. Napoléon catéchiste. Pendant
plus de deux ans, Napoléon fit le catéchisme à la fille du général Bertrand,
son compagnon de captivité à Sainte-Hélène. Quand l'enfant eut atteint sa
douzième année, l'empereur lui dit : ~ « Maintenant, mon enfant, je crois
que tu es assez instruite sur la religion, il faut songer à la première
Communion. Je vais faire venir deux prêtres de France, l'un qui te préparera à
bien vivre, et l'autre qui m'apprendra à bien mourir. » Et il fit ainsi.
QUESTIONNAIRE.
1. Qu'est-ce que le problème de la
destinée ?
2. Le catéchisme résout- il le
problème de la destinée ?
3. De quelle nature est la
destinée ? Est-elle d'ordre naturel et se termine-t-elle à la mort ?
4. La destinée est-elle libre on
obligatoire ?
5. Quels sont les devoirs que nous
impose la destinée ?
6. Que penser de l'irréligion ?
DEVOIRS ÉCRITS. 1 ° Quelle est, à
votre point de vue, la chose la plus importante de la vie ? Est-ce, la santé,
le plaisir, la gloire on bien une carrière honorable ? 2° Comment jugez-vous
ceux qui prétendent que la religion n'est pas nécessaire ?
ème LEÇON PRÉLIMINAIRE La Religion chrétienne.
11 Est la vraie
religion.
21 Origine du nom
chrétien.
31 Comment on devient
chrétien.
40 Marque du Chrétien
A) Le signe de croix
~
a) manières de le faire
b) usage
B) Symbole des apôtres
50 La doctrine
catholique
A) Le Dogme
B) La Morale
C) Les Moyens de sanctification
D) Le Culte
8. Mots
Religion. Ce mot d'origine latine
vient: a) selon les uns (Cicéron, de « relegere» recueillir, considérer
avec soin (contraire de « neglegere », laisser de côté, négliger) parce
que l'homme religieux traite avec grand soin et profond respect les choses qui
concernent le culte de Dieu ;
b) selon les autres (Lactance,
saint Jérôme, saint Augustin), de «religare» relier, parce que la
religion a pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu.
Quoi qu'il en soit de
l'étymologie, le mot religion est employé dans différents sens. Il signifie: ~
a) Doctrine. Professer la religion chrétienne, c'est admettre la doctrine,
l'enseignement de Jésus-Christ: ~ c'est croire les vérités qu'il a enseignées
et pratiquer les devoirs qu'il a commandés. b) Église. Appartenir à la religion
chrétienne, c'est faire partie de l'Église catholique, c'est-à-dire de la
Société fondée par Jésus-Christ dont les membres ont la même croyance, le même
culte et le même chef ~ c) Piété. Cette personne a beaucoup de religion = a
beaucoup de piété, de foi, de dévotion. d) Ordre religieux. Entrer en religion
c'est se faire religieux (chartreux, trappiste, franciscain, carmélite etc.).
Le mot est employé ici dans le
premier sens.
Chrétien. (du latin «Christus» le
Christ, en vieux français christien, chrestien). D'après l'étymologie du mot,
le chrétien est un disciple de Jésus-Christ. Être disciple d'un maître, c'est
croire tout ce que ce maître enseigne.
NOTA. Les noms propres «
Christian» « Christiane » ne sont autres que le vieux mot français « christien
».
Signe de croix. a) Un signe est
une chose qui en indique une autre: ex. la fumée est le signe du feu. Le signe
de la Croix est la marque distinctive du chrétien ; c'est sa profession de foi
extérieure. Quand on fait ce signe, on proclame qu'on appartient à la religion
chrétienne. b) La Croix est un instrument de supplice formé de deux pièces de
bois placées en travers l'une de l'autre, et sur lequel on attachait autrefois
dans certains pays les criminels condamnés à mort. La Croix a été choisie comme
un signe du chrétien, parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort par le
supplice de la croix pour nous racheter de nos péchés (V. N° 96) La vraie
Croix, c'est la croix sur laquelle Jésus-Christ est mort.
DÉVELOPPEMENT
9. I. La Religion chrétienne.
Nous avons vu (N° 6) que l'étude
de la religion s'impose à nous comme le premier devoir de notre vie. Mais
quelle religion faut-il étudier ? Elles sont en effet plusieurs qui se partagent
le monde. Les trois principales sont le bouddhisme, le mahométisme et le
christianisme. Peut-on dire que ces religions sont également bonnes ? Ce serait
une erreur de le prétendre. Sans doute, toutes les religions ont du bon, parce
qu'elles contiennent toutes des parcelles de vérité, mais il est clair qu'une
seule peut être d'origine divine, car Dieu ne peut enseigner des doctrines qui
se contredisent. Or la religion qui contient toute la vérité, qui, seule, est
d'origine divine, c'est la religion chrétienne, comme la preuve en est faite
par un travail préliminaire qui s'appelle l'apologétique. C'est donc celle que
nous devons étudier et mettre en pratique.
10. Il. Origine du nom chrétien.
Les religions se désignent
généralement par le nom de leur fondateur ex.: Mahométisme, du nom de Mahomet,
Luthéranisme, du nom de Luther. Le Christianisme est donc la religion établie
par Jésus-Christ, et les chrétiens ce sont ceux qui professent cette religion.
Aussitôt que le Christ se mit à
prêcher son Évangile, il y eut des hommes qui suivirent ses enseignements. Ces
hommes étaient des chrétiens en fait ; mais s'ils étaient disciples de
Jésus-Christ, ils n'en portaient pas encore le nom. Entre eux, ils s'appelaient
choisis, élus (Rom., VIII, 33 Colos., III, 12) ; disciples (Act., IX, 26 ; XI,
29) ; frères (Act., II, 29, 37 ; III, 17 ; VI, 3 ; VII, 2); saints (Rom., VIII,
27 ; XV, 25 ; XVI, 15) ; croyants (Act., V, 14).
Quant aux Juifs, ils leur
donnaient avec mépris le nom de « Nazaréens ». Ils se seraient bien gardés de
les appeler chrétiens : c'eût été reconnaître que ce Jésus qu'ils avaient
crucifié était vraiment le Christ, et qu'ils s'étaient trompés en attendant un
Messie glorieux qui devait les délivrer du joug romain et leur donner la
domination du monde.
C'est en l'an 43, à Antioche, dans
le temps où saint Paul et saint Barnabé y étaient allés prêcher et avaient fait
de nombreuses conversions que ce nom fut donné pour la première fois par les
Gentils aux nouveaux disciples du Christ (Act., XI, 26). Dans la bouche des
habitants d'Antioche, l'épithète de chrétiens n'a d'autre but que de désigner
une secte qui a déjà pris une certaine importance. Mais par la suite, le mot «
chrétien» devint une expression de dédain, par laquelle on dénonçait les
disciples du Christ. La preuve en est que saint Pierre exhorte les fidèles à se
glorifier d'avoir à souffrir à cause de Jésus-Christ. (I Pierre, IV, 16).
11. III. Comment on devient
chrétien.
Le baptême est la porte d'entrée
de la religion chrétienne. Il ne suffit donc pas, pour être chrétien, de naître
de parents chrétiens, comme on est Français quand on est né en France. Il y a
une condition préliminaire et absolument indispensable: c'est de recevoir le
baptême et c'est là la plus grande faveur que Dieu puisse nous octroyer. Dieu
n'est pas obligé, en effet, de nous faire cette grâce. Un homme riche qui
adopte un enfant pauvre, le traite en fils et lui laisse sa fortune, est à
l'égard de cet enfant un grand bienfaiteur. Voilà ce que Dieu nous a fait le
jour de notre baptême, et ce dont nous devons lui garder une profonde
reconnaissance.
12. IV. Les marques du chrétien.
Le signe de la Croix.
10 Les marques du
chrétien. ~ Il faut entendre par marques du chrétien les signes par lesquels il
se fait reconnaître comme tel. Les deux principales sont: le signe de la Croix
et le symbole des Apôtres. Nous allons dire ici quelques mots de la première.
Quant à la seconde, elle doit faire l'objet spécial de notre étude et nous
aurons à nous en occuper à partir de la leçon suivante jusqu'à la fin de cette
première partie de la Doctrine catholique qui est l'exposition du Dogme.
21 Le signe de la
Croix. Le signe de la Croix est pour le chrétien la profession de foi la plus
courte et la plus significative qu'il puisse faire. Ce signe a été choisi comme
marque du chrétien pour trois raisons : a) D'abord la Croix a été l'instrument
par lequel nous avons été rachetés. b) Elle est le meilleur moyen d'honorer
Jésus-Christ, puisqu'on la traçant sur nous, nous montrons que, loin d'en
rougir, nous en sommes fiers et nous la considérons comme un signe glorieux. c)
La Croix, chère à notre divin Maître, doit nous gagner ses faveurs et mettre le
démon en fuite.
C'est pourquoi la Croix tient une
si grande place dans la religion chrétienne. Elle se dresse au sommet des
églises. À l'intérieur, elle est partout: sur l'autel, sur la chaire de vérité,
sur les confessionnaux, etc. Le prêtre ne récite pas un office, n'administre
pas un sacrement sans faire le signe de la croix à plusieurs reprises. Au saint
Sacrifice de la Messe, les signes de la croix qu'il fait sur lui-même ou qu'il
trace sur le calice sont très nombreux. Aux Messes solennelles, il encense la
Croix sur l'autel et ne passe jamais devant elle sans la saluer.
13. V. Manières de faire le signe
de la Croix. Son usage.
10 Manières de faire le
signe de la Croix. Elles sont trois. a) L'on fait le signe de la Croix en
traçant sur soi-même une grande croix, dont l'un des bras va du front à la
poitrine et l'autre de l'épaule gauche à la droite, et en accompagnant ce geste
des paroles: « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi
soit-il.» Ainsi sont rappelés les trois Mystères. Le Mystère de la Sainte
Trinité est rappelé par les paroles qu'on prononce, et les Mystères de
l'Incarnation et de la Rédemption le sont par le signe de la Croix lui-même. b)
Il y a le signe de la croix que l'on fait avec le pouce sur le front, sur la
bouche, et sur la poitrine : sur le front pour indiquer qu'on ne rougit pas
d'être chrétien, sur la bouche, pour dire qu'on est prêt à confesser sa
religion, et sur la poitrine pour montrer qu'on l'aime de tout son coeur. c)
Les évêques et les prêtres donnent leur bénédiction en traçant une croix dans
l'air.
21 Usage. Les premiers
chrétiens faisaient probablement le signe de la Croix sur le front seulement'.
C'était un signe qui leur servait à se reconnaître entre eux et qui était déjà
d'un fréquent usage, ainsi que le témoignent ces paroles de Tertullien (vers
l'an 200 après J.C.). « Avant toutes nos actions, quand nous prenons nos
habits, quand nous allons au bain, à table, au lit, nous formons la Croix sur
notre front.»
C'est au VIIIè` siècle
que l'on a adopté officiellement l'usage actuel du grand signe de Croix.
14. VI. La doctrine chrétienne.
Division du Catéchisme.
La doctrine ou religion
chrétienne, enseignée par Notre-Seigneur et transmise par les Apôtres et par
leurs successeurs, c'est-à-dire par l'autorité de l'Église, est l'ensemble des
vérités que tout chrétien doit connaître et des devoirs qu'il doit pratiquer.
Le Catéchisme, qui en est
l'exposé, comprend quatre parties :
~
Première Partie : Le Dogme ou les
vérités qu'il faut croire (Explication du Symbole des Apôtres).
1 Les premiers chrétiens, tout en vénérant la Croix, ne la
représentèrent pas sur leurs monuments, à cause du discrédit de cet instrument
du supplice. La Croix fut symbolisée par le monogramme du Christ formé des
lettres grecques X et P (monogramme = chiffre ou caractère composé des
principales lettres d'un nom). C'est seulement au Vè` siècle, quand
le christianisme avait triomphé du paganisme, que la Croix avec l'image du
Christ (crucifix) fait son apparition. Il reste deux monuments de cette époque.
L'un est une sculpture sur bois des portes de Sainte-Sabine à Rome et l'autre
un Christ en ivoire conservé au British Museum à Londres. Le Christ est
représenté vivant, les yeux ouverts et comme dans le triomphe. À partir du XIIè'
siècle, on change l'attitude ; on lui croise les jambes (crucifié avec trois
clous au lieu de quatre) et on donne à sa figure l'expression de souffrance.
(V. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes.)
Deuxième Partie : La Morale ou les
devoirs qu'il faut accomplir (Explication des Commandements de Dieu et de
l'Église).
Troisième Partie: Les Moyens de
sanctification que Dieu a mis à notre disposition et qui nous sont nécessaires
pour croire et agir en chrétiens (Grâce, Prière et Sacrements). Quatrième
Partie : Le Culte ou Liturgie, c'est-à-dire l'ensemble de tout ce qui concourt
à l'exercice public du culte que nous rendons à Dieu.
Conclusion pratique.
1 ° Considérer le titre de
chrétien comme une grâce incomparable que Dieu nous a faite au jour de notre
Baptême.
2° Bien faire le signe de la
Croix. Le faire, le matin en s'éveillant, le soir avant de se coucher, avant et
après le travail, avant et après les repas ainsi que dans les tentations.
Braver le respect humain et ne pas craindre de faire le signe de Croix en
public.
3° Étudier la doctrine chrétienne
avec foi et application pour ne rien ignorer de ce qu'un chrétien digne de ce
nom doit savoir.
LECTURES.
I ° HISTOIRE DE LA VRAIE CROLV La Croix sur laquelle les Juifs firent mourir
Notre-Seigneur avait été enterrée avec celles des deux voleurs qui furent crucifiés
en même temps que lui. Trois cents ans plus tard, il y eut à Rome une
impératrice appelée sainte Hélène. Comme elle était chrétienne, et que l'Empire
romain avait conquis la Judée, d'ailleurs déjà avant Notre-Seigneur, elle fit
faire des fouilles à Jérusalem sur la montagne du Calvaire où Notre-Seigneur
était mort. L'on retrouva bientôt trois croix. Mais comment distinguer la
vraie, celle de Notre-Seigneur, des deux autres ?
L'on s'adressa à l'évêque de la
ville, saint Macaire. Et voici ce que ce dernier imagina. Il y avait à
Jérusalem une femme très malade, que les médecins ne pouvaient guérir. L'évêque
se mit d'abord à prier Dieu de tout son coeur. Puis il fit toucher les trois
croix à la malade. À la première et à la seconde, aucun effet ne se produisit.
Mais à la troisième, la malade se leva ; elle était guérie. La dernière,
qu'elle venait de toucher, l'avait sauvée : ~ c'était la croix de
Notre-Seigneur ; le miracle en était une preuve assez éclatante2.
L'Église fête ce souvenir le 3 mai. (Invention de la sainte Croix.)
2° LE LABARUMDE CONSTANTIN. L'empereur Constantin était en guerre avec Maxence, qui
voulait la détrôner. Un jour, il vit dans le ciel une croix de feu avec cette
inscription : « C'est par ce signe que tu vaincras. In hoc signo vinces. » ~
Aussitôt Constantin fit représenter ~ sur son étendard (labarum) une croix avec
le monogramme du Christ et il remporta la victoire la plus complète sur son
adversaire. À partir de cette date, il protégea les chrétiens et promulgua en
313 l'édit de Milan qui établissait la liberté religieuse et faisait rendre aux
chrétiens leurs biens confisqués.
z Ce pieux récit est considéré de
nos jours par certains historiens comme une légende. I1 y a aussi des écrivains
qui prétendent que ce n'est pas l'impératrice Hélène qui aurait retrouvé la
vraie Croix ; ils s'appuient sur ce fait que l'historien Eusèbe, qui raconte
son histoire, ne mentionne la chose nulle part. Peu importe d'ailleurs que ce
soit sainte Hélène ou quelque autre qui ait retrouvé la vraie Croix, le fait
n'a aucune conséquence pour la foi.
3° RACONTER LES ORIGINES DE LA
FRANCE CHRÉTIENNE. Le christianisme
implanté déjà dans la Gaule, à partir du IIè' siècle, par saint
Pothin et saint Irénée à Lyon, par saint Denis à Paris, saint Hilaire à Poitiers,
saint Martin à Tours. Conversion de la France au catholicisme. Le roi Clovis et
trois mille guerriers se font baptiser à Reims après la victoire de Tolbiac
remportée sur les Alamans.
QUESTIONNAIRE.
1. Y a-t-il plusieurs religions ?
Citez les principales. Sont-elles toutes également bonnes ? Quelle est la vraie
religion ?
2. Quelle est l'origine du nom
chrétien ? Quels furent les premiers chrétiens ? Comment s'appelaient-ils entre
eux ? Comment les Juifs les appelaient-ils ? Où le titre de chrétien fut-il
donné pour la première fois aux disciples du Christ ?
3. Quelle est la porte d'entrée de
la religion chrétienne ? Est-ce une grande grâce que de recevoir le baptême ?
4. Quelles sont les deux marques
principales du chrétien ? Pourquoi le signe de la croix est-il la marque du
chrétien ? Quelle place tient le signe de la croix dans la religion chrétienne
?
5. Quelles sont-les différentes
manières de faire le signe de la croix ?À quelle époque monte l'usage du signe
de croix ?
~
6. Qu'est-ce que la doctrine
chrétienne ? En combien de parties se divise l'exposé de la doctrine chrétienne
?
DEVOIRS ÉCRITS. 1 ° Y a-t-il
plusieurs façons de reconnaître un chrétien ? 2° Si vous ne saviez pas qu'une
personne est baptisée, n'y aurait-il pas un autre moyen de connaître sa
religion ? 3 ° Que faut-il faire pour être bon chrétien ?
~
3è-Q LEÇON
Le Dogme. Le Symbole des Apôtres.
11 Définition
a) vérité révélée
b) vérité définie
2° Objet
a) vérité inaccessibles à la
raison
b) vérités accessibles à la
raison
c) Faits historiques
31 Ses sources
A) Écriture Sainte
a) Définition
b) Inspiration
c) Canon
1. Ancien Testament
2. Nouveau Testament
d) Les divers sens de la Bible
B) Tradition
a) définition
b) caractère
· Antérieure à l'Écriture sainte
· Champ plus étendu
· Mérite la même foi
c) ses canaux
40 Son développement
A) Erreur moderniste
B) La doctrine catholique
a) La formule des dogmes peut
changer pas le sens
b) Révélation immuable depuis les
Apôtres
c) Connaissance que nous avons
susceptibles de progrès
50 Symboles de foi
a) Définition
b) Utilité
c) Espèces :
1. Symbole des apôtres
2. Symbole de Nicée-Constantinople
3. Symbole de S. Athanase 60
Symbole des Apôtres
a) Division
b) Renferme les principaux dogmes
c) La révélation des mystères qu'il
contient ne répugne à la raison
1. ni de la part de Dieu
2. ni de la part de l'homme
15. Mots.
Dogme (du grec « dogma » décision,
décret). Ce mot a souvent, dans l'Ancien Testament et le Nouveau, la signification
de lois ou décrets. Ainsi sont appelés les décrets portés par les Apôtres au
concile de Jérusalem (Actes, XVI, 4).
C'est seulement au IVè'
siècle que plusieurs auteurs commencent à réserver le nom de dogme aux seules
vérités qui sont l'objet de la foi.
Dans la langue théologique
actuelle, le mot « dogme » signifie : ou 1 °. un article de foi, ou 2°.
l'ensemble des dogmes. Dans ce dernier sens, le « dogme catholique » comprend
toutes les vérités révélées par Dieu et définies par l'Église comme articles de
foi.
Révélation. Deux sens : 1 °. acte
par lequel Dieu fit connaître aux hommes ses mystères et ses commandements 2°.
Ensemble des vérités que Dieu nous a enseignées.
Symbole (du grec « sumbolon »).
Trois sens : 1 °. formulaire, c'est-à-dire abrégé, recueil des principaux
articles de foi n° 19) ; 2°. signe distinctif. Un symbole est un signe auquel
les chrétiens peuvent se reconnaître entre eux ; 3°. sceau, pacte. Le symbole
que nous récitons au Baptême, scelle un pacte entre Dieu et nous. Le symbole
des Apôtres s'appelle « Credo » du premier mot par lequel il commence en
latin.
Apôtres. Les douze disciples élus
par Jésus-Christ pour aller prêcher sa doctrine dans tout l'univers.
Leurs noms : S. Pierre, le chef,
et S. André, son frère ; S. Jacques le Majeur et S. Jean son frère, l'Apôtre
bien-aimé ; S. Philippe et S. Matthieu ou Lévi, l'évangéliste ; S. Barthélemy
et S. Thomas (l'incrédule) ; S. Jacques le Mineur et S. Jude (appelé aussi
Thaddée ou Lebbée) ; Simon le Zélé et Judas de Carioth (l'Iscariote), remplacé,
après sa trahison, par Mathias. À ces noms s'ajoutèrent, par la suite, ceux de
Barnabé et de Paul, apôtres des Gentils.
Mystère (grec « mustêrion », chose
secrète, « mustês », initié). Conformément à l'étymologie, on appelait
mystères, dans les religions de l'antiquité, les doctrines ou pratiques, qui
étaient cachées au vulgaire et n'étaient révélées qu'aux initiés. Ex.: ~
mystères d'Isis et d'Osiris chez les Égyptiens, mystères orphiques et d'Eleusis
chez les Grecs, mystères de Cérès, de Bacchus (bacchanales) chez les Romains..
Par extension, le mot mystère désignait aussi les cérémonies elles-mêmes au
cours desquelles se faisait l'initiation. Dans la religion chrétienne, le
mystère est un article de foi que nous ne pouvons comprendre, mais que nous
devons croire parce que Dieu l'a révélé. Saints mystères = le sacrifice de la
Messe.
16. I. Le Dogme. Définition.
Objet. Corollaire.
10 Définition. Un dogme
est une vérité révélée par Dieu et proposée par l'Église à notre croyance. Il
ressort de cette définition que deux conditions sont requises pour constituer
un dogme. Il faut : a) que la vérité soit révélée par Dieu ou garantie par
l'autorité divine ; et b) qu'elle soit proposée par l'Église à notre croyance,
soit par voie de définition solennelle, soit par voie d'enseignement ordinaire
et universel.
Les vérités ainsi proposées sont
dites de loi catholique (V. N° 281).
20 Objet. Si l'on considère la
nature de la vérité définie par l'Église, le dogme a un triple objet : Il
comprend : ~ ~ a) des vérités inaccessibles à la raison : tels sont les
mystères que l'intelligence ne peut ni découvrir ni comprendre ; b) des vérités
accessibles à la raison, : par exemple, l'existence de Dieu, la vie future, que
la raison humaine peut connaître par elle-même mais que Dieu a révélées, soit
dans le but d'en donner une intelligence plus nette, soit parce que, autrement,
elles n'auraient été connues que d'un petit nombre3 c) des faits
historiques, comme par exemple la plupart des faits que les prophètes ont prédits
touchant le Messie et qui se sont réalisés à la venue de Notre-Seigneur.
31 Corollaire. VÉRITÉS
QUI NE SONT PAS DES DOGMES. Il ne faut donc pas ranger parmi les dogmes, à
cause de l'absence d'une des conditions requises : a) les vérités dont la
révélation parait certaine mais qui n'ont pas été définies par l'Église ~ : par
exemple, l'Assomption de la Sainte Vierge4 ; b) les vérités non
révélées et cependant enseignées par l'Église, parce qu'elle les juge utiles à
l'explication ou à la défense des vérités révélées : tels sont les conclusions
théologiques et les faits dogmatiques. Une conclusion théologique est une
proposition déduite de deux autres dont l'une est une vérité révélée et l'autre
une vérité connue par la raison. Par exemple, si je dis, d'un côté que « Dieu
rendra à chacun selon ses oeuvres » (vérité révélée) et, de l'autre que Dieu ne
peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de
mal faire (vérité de raison), je puis conclure que l'homme est libre. L'existence
de la liberté humaine est ainsi une conclusion théologique. Notons que
certaines conclusions théologiques sont contenues implicitement dans le dépôt
de la
3 Il faut remarquer que les vérités accessibles à la raison
ne deviennent des vérités de foi que lorsque nous les croyons, non en vertu de
l'intelligence que nous pouvons en obtenir par la raison, mais à cause de
l'autorité de Dieu qui les a révélées.
4 L'abbé Boulenger écrit avant la défmtion du dogme de
l'Assomption par Pie XII en 1950. (N.d.l.r.)
Révélation et ont pu, de ce fait,
être définies par l'Église comme articles de foi : tel est précisément le cas
de la liberté humaine qui fut définie par le concile de Trente, sess. VI, can.
5. Il faut entendre par « fait dogmatique » tout fait qui, sans être révélé,
est en connexion si étroite avec le dogme révélé que le nier, c'est du même
coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel
concile oecuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que
telle version de la Sainte-Écriture (v. g. la Vulgate) est substantiellement
conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel
livres : voilà autant de faits dogmatiques. Bien que les conclusions
théologiques et les faits dogmatiques s'imposent à notre croyance comme
garantis par l'enseignement infaillible de l'Église, ces vérités ne sont pas
des dogmes.
c ) Il faut encore bien moins
regarder comme des dogmes les systèmes philosophiques destinés à les formuler
et à les expliquer, de même que les expressions : essence, personne, nature,
substance, accident, matière, forme, employés pour exposer les mystères de la
Sainte Trinité, de l'Eucharistie et la nature des Sacrements. L'Église ne donne
à ces systèmes et à ces mots qu'une simple préférence ; elle les considère
seulement comme la meilleure façon de traduire les dogmes.
17. II. Les sources du Dogme.
Puisque le dogme est avant tout
une vérité révélée par Dieu, il s'agit de savoir où se trouve consignée la
Révélation divine.
La Révélation est contenue dans
une double source : l'Écriture Sainte et la Tradition. Art. de foi défini par
les Conciles de Trente et du Vatican.
10 Ecriture Sainte.
A. DÉFINITION. L'Écriture
Sainte ou la Bible (grec « biblia », plur. de « biblion » livre)
est l'ensemble des livres qui « ont été écrits sous l'inspiration de
l'Esprit Saint, qui ont Dieu comme auteur et ont été transmis comme tels à l
Église » (Concile de Trente). C'est pour cette raison que ces livres
s'appellent : « Écriture Sainte », ou Bible, c'est-à-dire le livre par
excellence, ou Livres Saints, ou Saintes Lettres.
B. INSPIRATION. L'inspiration est « une impulsion surnaturelle par
laquelle Z Esprit Saint a excité et poussé les écrivains sacrés à écrire, et
les a assistés pendant la rédaction, de telle sorte qu'ils concevaient
exactement, voulaient rapporter fidèlement et exprimaient avec une vérité
infaillible tout ce que Dieu leur ordonnait et seulement ce qu'il leur
ordonnait d'écrire.» (Enc. Providentissimus).
Il ressort de la définition qui
précède: ~ ~ a) que Dieu est l'auteur de tout l'ensemble de l'Écriture Sainte.
Mais que faut-il entendre par là ? Doit-on considérer l'écrivain sacré comme un
instrument passif, dont le rôle aurait été de transcrire les idées et même les
mots dictés par Dieu ? Évidemment non. L'auteur inspiré n'est pas un simple
agent de transmission ; bien que écrivant sous l'impulsion de l'Esprit Saint,
il garde sa personnalité, ses habitudes littéraires, son style, bref, toutes
les qualités et les imperfections qui peuvent affecter le fond et la forme de
son couvre. Mais du fait que Dieu est l'auteur de l'Écriture Sainte, il
s'ensuit que celle-ci est
5 Quand liglise décide qu'une proposition hérétique se trouve
formulée dans un ouvrage, elle juge l'écrit dans son sens naturel et non dans
le sens que peut lui attribuer son auteur.
exempte d'erreurs. Toutefois, il
convient de remarquer que l'inerrance ne s'applique qu'au texte original, tel
qu'il est sorti des mains de l'écrivain sacré ; il va de soi, en effet que
l'inspiration n'a pas mis le texte des Livres saints à l'abri des altérations
des copistes. Qui dira alors si tel texte est authentique et quel en est le
sens ? Ce travail est celui des exégètes, autrement dit, des interprètes
autorisés qui doivent se conformer à l'esprit de l'Église. ~ b) L'inspiration
ne doit pas être confondue avec la révélation. L'inspiration est une impulsion
qui détermine l'écrivain sacré à écrire ce qu'il sait ; qu'il ait appris ce
qu'il sait, par révélation ou par des moyens naturels, de n'importe pas. Il n'y
a pas de raison de croire par exemple que saint Luc ait connu par révélation
tout ce qu'il a écrit dans son Évangile et dans les Actes des Apôtres.
c) Quelles sont les limites de
l'inspiration ? Y a-t-il une distinction à établir entre les différents passages
de l'Écriture ? L'inspiration ne concerne-t-elle que les enseignements sur la
foi et les moeurs sans s'étendre à tout ce qui se rapporte à l'histoire profane
et aux sciences de la nature, ou encore aux choses qui sont dites incidemment ~
? À cette question voici la réponse que fit Léon XIII dans son encyclique Providentissimus
: « Il ne sera jamais permis de restreindre l'inspiration à certaines parties
seulement de la Sainte Écriture on d'accorder que l'écrivain sacré ait pu se
tromper. On ne peut pas non plus tolérer l'opinion de ceux qui se tirent de ces
difficultés en n'hésitant pas à supposer que l'inspiration divine s'étend
uniquement à ce qui touche la foi et les moeurs. »
C. CANON (V. N° 476). Le canon est le recueil des livres que l'Église reconnaît
comme inspirés. Sont divinement inspirés6 tous les livres inscrits
au canon de Trente : art. de, foi, défini par le Concile du Vatican, Const. de
Fide, chap. II, can. 4. Le canon comprend deux parties : l'Ancien Testament'
antérieur à Jésus-Christ, et le Nouveau Testament, qui lui est postérieur.
Les livres de l'Ancien Testament
se divisent en quatre classes : a) le Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique,
Nombres, Deutéronome), où se trouve la Loi, c'est-à-dire le code religieux,
liturgique et civil, qui régissait les Juifs; b) les livres historiques dont
les principaux sont : Josué, les Juges, Ruth, Samuel, les Rois, Tobie, Judith,
Esther, les Macchabées ; c) les livres poétiques et sapientiaux ~ : Job, les
Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, la Sagesse,
l'Ecclésiastique ; d) les livres prophétiques renfermant les prédictions des
quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie (auquel on joint Baruch), Ezéchiel et
Daniel, et des douze petits : ~ Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum,
Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.
Les livres du Nouveau Testament
comprennent: a) des livres historiques, les trois Évangiles de saint Matthieu,
de saint Marc, et de saint Luc, dont la composition remonte avant l'an 70, et appelés
« synoptiques» (du grec « sunopsis » vue simultanée), parce que beaucoup
de leurs récits, étant identiques, peuvent être rangés sur trois colonnes et
embrassés d'un même regard
6 Même parmi ces livres, les auteurs font généralement une distinction
entre: ~ ~ a) les livres protocanoniques, c'est-à-dire ceux qui, dès l'origine,
ont été partout et sans conteste reconnus comme inspirés, et b) les livres
deutérocanoniques, c'est-à-dire ceux dont l'autorité a été d'abord discutée, et
qui ont été inscrits plus tardivement au canon des Livres saints. Ex : ~ dans
l'A. T.: ~ Tobie, Judith, Sagesse, lEcclésiastique, Baruch et les deux livres
des Macchabées ; dans le N. T.: l'épître aux Hébreux, l'épître de saint
Jacques, la II6me, et la III6me de saint Jean,
celle de saint Jude et l'Apocalypse.
Le mot «Testament» veut dire
alliance. L'Ancien Testament est l'alliance de Dieu avec le peuple, juif, et le
Nouveau Testament est l'alliance de Dieu, scellée par le sang de Jésus-Christ,
avec l'humanité tout entière.
; puis l'Évangile de saint Jean,
de date postérieure ; et les Actes des Apôtres que saint Luc écrivit pour
donner une suite à son évangile ; b) des écrits didactiques, traitant des
questions de doctrine et contenant des instructions adressées à différentes
communautés chrétiennes : les Epîtres de saint Paul, de saint Jacques, de saint
Jude, de saint Pierre et de saint Jean ; c) un livre prophétique, l'Apocalypse,
dans lequel saint Jean prédit les destinées futures de l'Église.
~
D. LES DIVERS SENS DE LA BIBLE.
Le texte de la Sainte Écriture est souvent
susceptible de plusieurs sens. On distingue : a) le sens littéral ou
historique, c'est-à-dire celui qui ressort du sens naturel des mots, celui que
l'auteur sacré a voulu exprimer en termes propres ou métaphoriques ; ~ b) le
sens mystique, ou allégorique, ou figuratif, ou typique, c'est-à-dire celui qui
résulte de ce que des personnes, des choses ou des faits ont été choisis par
Dieu pour signifier l'avenir, pour être les figures ou types de Notre-Seigneur
et de son Église. Ainsi Isaac portant le bois de son sacrifice est la figure du
Christ portant sa croix ; le prêtre Melchisédech, qui offre au Seigneur le
sacrifice du pain et du vin, figure Notre-Seigneur, le prêtre par excellence,
et le sacrifice de la Messe c) le sens accommodatice, c'est-à-dire un sens
supposé, artificiel, celui qu'on veut bien lui attribuer, par exemple, dans un
dessein de piété. Ce sens n'a aucune valeur dogmatique. D'après les
rationalistes, il faudrait attacher un sens mythique à certains passages de la
Bible; ainsi, tous les miracles ne seraient que des mythes ou fables, sans
aucune valeur historique. Le sens mythique a été condamné par Pie IX clans le Syllabus,
prop. VII.
° Tradition.
A. DÉFINITION. Le mot
tradition a un double sens. 1 ° Dans son sens large la tradition c'est
l'ensemble des vérités révélées par Dieu et transmises jusqu'à nous soit par
écrit, soit de vive voix. 2. Dans son sens strict et comme le mot est ici
entendu, la tradition comprend les vérités enseignées par Jésus-Christ et les
Apôtres et transmises d'âge en âge par une autre voie que l'Écriture Sainte.
~
B. SES CARACTÈRES. a) La
Tradition est antérieure à l'Écriture Sainte. La catéchèse a été le premier et
le principal mode d'enseignement employé par les Apôtres ; ce n'est que dans
des occasions exceptionnelles que ces derniers ont envoyé des instructions
écrites aux églises qu'ils avaient fondées ~ : toutes les Épîtres de saint Paul
sont des écrits de circonstance. L'Évangile lui-même a été prêché tout d'abord
; il n'a été écrit que par la suite. En cela les Apôtres ne faisaient du reste
que se conformer à l'ordre de leur Divin Maître. Jésus leur avait dit, en effet
: « Allez, enseignez toutes les nations » (Mat., XXVIII, 19), et non : «
Allez, écrivez ce que je vous ai appris, et que vos écrits servent à instruire
les autres »)
b) La Tradition a donc un champ
plus étendu que l'Écriture Sainte. En terminant son Évangile, saint Jean nous
avertit qu' « il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites ; si
elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde même peut
contenir les livres qu'il faudrait écrire. » (Jean, XXI, 25).
c) La Tradition est une source de la Révélation, distincte de
l'Écriture Sainte et qui mérite la même foi. Art. de foi défini par le concile
de Trente, puis par le concile du Vatican, Const. de Fide, chap. II. Ce
n'est pas là, du reste, un dogme nouveau : la tradition a toujours été, dans
l'Église, la première règle de foi. La preuve en est dans ces témoignage de
saint Paul : 1 °. « Mes frères, écrit-il aux Thessaloniciens, soyez
fermes et gardez les traditions que vous avez apprises, soit par nos discours,
soit par notre lettre. » (II Thess., II, 15). ~ 2°. « Les enseignements
que tu as reçus de moi, en présence de nombreux témoins, écrit-il à
Timothée, confie les à des hommes sûrs qui soient capables d'en instruire
d'autres. » (II Tim., II, 2). Au IIIè` siècle, Origène répondait
déjà aux hérétiques de son temps ~ : « Que les hérétiques
allèguent les Écritures, nous
ne devons pas ajouter foi à leurs paroles, ni nous écarter de la tradition
primitive de l'Église, ni croire autre chose que ce qui a été transmis par
succession dans l'Église de Dieu. »
C'est donc une erreur de
prétendre, comme les Protestants, que les Écritures seules contiennent le dépôt
de la Révélation$.
C. SES PRINCIPA UX CANAUX. La Tradition se trouve consignée: 1°. dans les symboles et
les professions de foi, les définitions des conciles, les Actes des papes
(bulles, encycliques, décisions des congrégations romaines authentifiées par le
pape), 2°. dans les écrits des Pères de l'Église, qui sont comme des échos des
croyances de leur temps, 3°. dans la pratique générale et constante de
l'Église, 4°. dans la liturgie, qui contient les prières et les rites touchant
le culte public et l'administration des sacrements. 5°. Elle apparait aussi
dans les Actes des martyrs et dans les monuments de l'art chrétien : ~ dans les
inscriptions, dans les peintures des Catacombes qui, par exemple, retracent
souvent l'acte du culte eucharistique.
Remarque : ~ La Tradition, comme l'Écriture Sainte, a pour interprètes
et pour organes infaillibles, soit le Pape seul, soit les Évêques réunis en
Concile oecuménique, soit même les Évêques dispersés et unis au Pape. D'où il
suit que le magistère, ou enseignement de l'Église, est la règle prochaine de
notre foi, l'Écriture Sainte et la Tradition n'en sont que la règle éloignée ;
autrement dit, chaque fidèle tient son symbole, ses croyances, immédiatement de
l'Église, et médiatement, de l'Écriture et de la Tradition.
18. III. Ce qu'il faut entendre
par « développement du Dogme ».
Remarque préliminaire. Le dogme, avons-nous dit (N° 16), est une vérité révélée
par Dieu et proposée par l'Église à notre croyance. Il faut donc distinguer
deux choses dans un dogme : la vérité elle-même, et la formule dans laquelle
elle est proposée ; autrement dit, le fond et la forme. Il va de soi que les
deux choses ne sont pas étroitement liées entre elles, et tout le monde admet
qu'une même vérité peut être exposée de différentes manières ; mais il est
clair aussi que la modification de la formule peut être telle qu'elle entrain
un changement de sens.
10 Erreur moderniste.
D'après les modernistes, symbolistes et pragmatistes, le dogme, en tant
qu'article de foi, est non seulement susceptible de variation, de développement
dans sa formule, mais même de modification dans le sens qu'il faut lui
attacher. D'après l'école symboliste (Loisy, Tyrrel), les dogmes ne sont que
des symboles, des formules destinées à traduire le sentiment religieux qui est
en nous. Or le sentiment religieux est quelque chose de subjectif, de spécial à
chaque individu, et par conséquent, soumis à des transformations. D'où il suit
que les formules qui expriment ces sentiments, doivent varier avec eux. D'après
l'école pragmatiste9, les dogmes doivent être considérés comme de
simples « recettes pratiques »lo,
8 Il y a, en effet, des dogmes qui n'ont pas d'autres sources
que la Tradition: tel est, par exemple, le dogme qu'on ne peut recevoir aucun
sacrement sans avoir été régénéré par le baptême, dont la source se trouve dans
la lère Apologie de S. Justin et dont on ne rencontre aucune trace dans les
Écritures.
De même, beaucoup de croyances et
de pratiques nous viennent de la Tradition ainsi l'Assomption de la Sainte
Vierge, le signe de la Croix, l'eau bénite, la nécessité du baptême pour les
enfants, l'observation du dimanche, etc.
9 Pragmatiste. (gr. pragma, action). Le pragmatisme,
dont les principaux représentants sont : en Amérique, W. James (1842-1910), en
Angleterre, F. Schiller, en France, Ed. Le Roy, en Italie, G. Papini, est un
système philosophique appliqué aussi à la religion, et qui prétend fonder la
vérité d'une idée ou d'une doctrine sur sa valeur pratique. « Une idée est
vraie, dit W. James, parce qu'elle est utile, elle est utile parce
qu'elle est vraie : ces deux propositions expriment exactement la même chose. »
En tant que système, le pragmatisme s'oppose à l'intellectualisme, qui accorde
à l'intellect, à la raison, une part prépondérante dans la découverte de la
vérité.
comme des règles d'action, qui
n'ont d'autres but que d'influer sur la vie de l'homme en vue de son salut
éternel. Peu importe donc qu'ils n'aient aucune valeur de vérité, pourvu qu'ils
aient une valeur de vie et qu'ils dirigent le croyant dans la voie du bien et
du salut.
21 La doctrine
catholique. Pour bien comprendre la doctrine de l'Église, il faut envisage les
deux sens du mot dogme dont il a été parlé dans le Vocabulaire (No 15).
A. Si l'on considère le dogme en
tant qu'article de foi, l'enseignement de l'Église tient dans les deux
points suivants: ~ ~ a) La formule d'un dogme peut subir des transformations.
Les formules n'ayant qu'une perfection relative, l'Église se reconnaît le droit
de les préciser, de les expliciter, en un mot, de les modifier pour les
améliorer et pour mettre ainsi la vérité en plus grande lumière. La formule
dogmatique n'est donc pas immuable et figée ; elle comporte le progrès. b)
Mais, tout variable qu'il est dans sa formule, le dogme ne peut changer de sens
: il reste toujours le même quant à la substance. Le concile du Vatican (1870)
a décrété, en effet, (Const. de Fide. chap. II) « qu'il faut
perpétuellement retenir le sens que notre mère la Sainte Église a une fois
déclaré, et que jamais, sous prétexte d'une intelligence plus profonde, il
n'est permis de s'écarter de ce sens ». Sur ce second point, la thèse
moderniste, symboliste ou pragmatiste, est donc en opposition flagrante avec la
doctrine de l'Église, et a été justement condamnée par l'encyclique Pascendi
et le décret Lamentabili (1907). N'est-ce pas absurde, du reste, de
prétendre que le dogme n'est qu'un symbole, une simple « recette pratique», et
que le sens qu'il faut lui attacher importe peu? Par exemple, le dogme de l'Eucharistie
n'aurait-il pas une influence totalement différente sur la vie religieuse,
selon que l'on croit que l'hostie est un symbole du Christ ou bien qu'elle
contient vraiment le Christ lui-même ?
B. Si l'on considère le dogme en
tant qu'ensemble des vérités de foi, l'enseignement de l'Église comprend
également deux points: a) Aucune addition de dogme ne peut se faire par une
révélation nouvelle. L'Église considère la Révélation comme terminée, et elle
invoque comme preuves: 1° cette déclaration de N.S.: « Tout ce que j'ai
entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jean, XV, 15) ; 2°
cette autre parole à propos de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres «
Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous guidera dans toute vérité » Jean,
XVI, 13). De ces textes il ressort que les Apôtres ont reçu le dépôt complet de
la Révélation". Des révélations postérieures ont pu être faites
pour l'instruction et l'édification de quelques âmes, mais elles
n'appartiennent pas à la Révélation chrétienne générale : d'où leur nom de
révélations privées afin de les distinguer de la Révélation publique adressée à
tout le genre humain. Quand l'Église les approuve, elle n'entend pas les
assimiler aux dogmes, elle veut simplement affirmer qu'elles n'ont rien
d'opposé à la foi catholique, à la morale, ou à la discipline chrétienne.
b) Mais si la Révélation est
immuable, la connaissance que nous pouvons en avoir, est, au contraire,
susceptible de progrès. Jésus-Christ a chargé son Église d'enseigner aux
fidèles de tous les temps les vérités révélées et de les défendre contre les
attaques des adversaires. Une telle mission ne se comprendrait pas sans quelque
développement dans l'exposition de la doctrine révélée. Les dogmes ne sont donc
pas des vérités nouvellement révélées, mais nouvellement proposées par l'Église
à notre croyance. Par exemple, l'Immaculée Conception
10 Ed. Le Roy, Dogme et
critique.
11 Quand ou dit que la Révélation
est complète et immuable, cela ne signifie pas qu'elle contienne la vérité sur
tous les sujets. Elle ne traite pas les questions scientifiques; même dans
l'ordre surnaturel, elle ne donne que la part de vérité qu'il nous est
indispensable de connaître pour poursuivre notre destinée. Jusqu'au jour où «
nous verrons Dieu face à face, nous ne connaissons qu'en partie » (I Cor.,
XIII, 12).
et l'Infaillibilité pontificale,
qui ont été proclamées au siècle dernier « articles de foi», se trouvaient en
germe dans la Sainte Écriture et la Tradition, et l'Église, en définissant ces vérités,
n'a fait que tirer les deux dogmes du sein de la Révélation. En résumé, lorsque
de nouveaux dogmes ont été, au cours des siècles, inscrits dans les symboles de
foi, l'Église les a toujours puisé à une double source : l'Écriture Sainte et
la Tradition, où ils étaient contenus en termes soit implicites, soit
explicites.
19. IV. Les Symboles de foi.
10 Définition. Un
symbole de foi est un bref formulaire qui contient les principales vérités de
foi et que l'Église propose à ses fidèles comme moyen de professer leur
croyance.
20 Utilité. ~ La
définition du symbole en fait ressortir l'utilité. En présentant dans une
formule brève et concise les points essentiels de la Religion, le symbole est :
a) pour ceux qui enseignent, la meilleure garantie de la conservation et de la
propagation inaltérable de la même règle de foi. b) Pour ceux qui sont
enseignés, il est un excellent moyen de fixer dans la mémoire les dogmes les
plus importants, grâce à la brièveté et à la simplicité de la formule. c) Il
offre, de plus, l'avantage de permettre aux fidèles de pouvoir se reconnaître
entre eux, de se distinguer des autres religions et de se prémunir plus
aisément contre les hérésies.
20. V. Les trois principaux
Symboles. Leur origine.
L'Église compte trois Symboles
principaux : le Symbole des Apôtres, le Symbole de Nicée Constantinople et le
Symbole de saint Athanase.
~ A. Symbole des Apôtres. Il n'est
pas possible d'établir d'une manière certaine l'origine du plus ancien des
Symboles. a) Une vieille opinion, longtemps admise, regardait les Apôtres comme
les auteurs, tant du fond que de la forme, du symbole qui porte leur nom.
D'après le prêtre Rufin, « ils auraient, avant de se séparer, rédigé en
commun une règle pour leur futur enseignement afin de ne pas exposer une croyance
différente à ceux qu'ils appelleraient à la foi du Christ », et ils
auraient fixé dans ce symbole le thème unique de leur prédication. Saint
Bonaventure va même plus loin, et prétend que chaque apôtre est l'auteur d'un
article.
b) Les critiques modernes
rejettent généralement cette opinion. Ils sont d'avis que le Symbole, tout en
étant d'origine apostolique, quant au fond, n'a pas reçu d'eux la forme sous
laquelle il nous est parvenu. Le texte du Symbole actuel, sauf quelques
additions faites par la suite, remonterait à la fin du Ier ou au début du IIème
siècle. Il serait la formule que l'Église romaine faisait réciter aux
catéchumènes comme profession de foi avant le baptême : formule qui aurait été
adoptée par plus tard par les autres Églises d'Occident et les Églises
d'Orient.
Quoi qu'il en soit, le Symbole
peut être considéré comme l'œuvre des Apôtres dans ce sens qu'il représente la
doctrine ou plutôt la substance des vérités qu'ils enseignaient aux
catéchumènes et qu'ils exigeaient comme profession de foi avant le Baptême.
B. Symbole de Nicée
Constantinople. ~ Ce symbole, qui est appelé aussi symbole des Pères, est le
second en date. Il a été commencé au concile de Nicée (325), augmenté au
Concile de Constantinople (381), approuvé par le concile d'Éphèse (431) et
complété au IXIme siècle par l'addition du mot « Filioque ». Le
concile de Nicée, voulant combattre l'hérésie arienne a ajouté au Symbole des
Apôtres tout ce qui concerne l'affirmation de la divinité de Jésus-Christ. Plus
tard, le concile de Constantinople introduisit les articles qui ont trait à la
divinité du Saint-Esprit « qui procède du Père » et « qui a parlé par les
prophètes » et les
Latins, depuis le IXè"
siècle, disent « qui procède du Père et du Fils ». C'est ce symbole qui est
chanté ou récité à la messe après l'Évangile.
C . Symbole de saint Athanase. Ce
Symbole ne se retrouve pas dans les écrits de saint Athanase, bien qu'il porte
son nom. Il ne fut composé vraisemblablement qu'au VIè` siècle,
peut-être par saint Césaire, évêque d'Arles. Ce dernier ayant l'habitude de
mettre en tête de ses écrits le nom d'un Père de l'Église, c'est de là que
viendrait la dénomination de Symbole de saint Athanase (273). Ce Symbole expose
la doctrine catholique sur la Trinité et l'Incarnation. Il fait partie de
l'office de Prime du Bréviaire et il a été mis par les Anglicans dans leur «
Livre de la prière commune » (Prayer book)12
.
1. VI. Le Symbole des Apôtres. Sa
division.
Le Symbole des Apôtres, qui va
servir de base à l'explication du dogme, comprend douze articles et se divise
en trois parties. a) La première traite de Dieu le Père et de l'œuvre de la
création ; b) la seconde, du Fils et de la Rédemption ; c) la troisième, du
Saint-Esprit. Les articles qui suivent, sur l'Église et la Communion des
Saints, ainsi que sur le salut (rémission des péchés) et la vie future, se
rattachent à l'article du Saint-Esprit et en sont comme le développement,
puisqu'ils expriment les dons surnaturels d'inspiration et de sanctification
qui sont regardés comme son oeuvre.
22. VII. Les Vérités contenues
dans le Symbole des Apôtres.
Tout symbole est un abrégé (N°
15). Il ne faut donc pas s'attendre à trouver dans le Symbole des Apôtres
toutes les vérités de foi. Il ne renferme que les dogmes principaux : encore
certains n'y figurent-ils pas ; par exemple, la présence réelle de
Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. Que d'autre part, il ne puisse les contenir
tous, cela découle de ce qui a été dit précédemment du progrès que peut
réaliser l'Église dans la connaissance et la proposition des dogmes. Avec le
temps et à l'occasion des hérésies naissantes, ou des controverses entre
théologiens catholiques, ou encore par suite d'un examen plus approfondi de
certaines questions, les deux sources de la Révélation ont été plus étudiées
et, par le fait, mieux connues. En tout cas, les nouveaux dogmes, comme
l'Immaculée Conception et l'Infaillibilité pontificale, s'ils ne figurent pas
dans le Symbole, peuvent être compris dans l'article IXème, car, en professant
que « l'on croit en la Sainte Église catholique» l'on sous-entend qu'on a foi
en tout son enseignement.
3. VIII. Les Mystères devant la
raison.
Avant d'entreprendre l'exposé du
Symbole des Apôtres, il y a une question préliminaire à résoudre. La révélation
des mystères qui y sont contenus, est-elle possible et ne contredit-elle pas la
raison ?
12 Outre ces trois symboles, l'on
peut citer encore: a) La profession de foi du Pape Léon IX (XIème siècle)
imposée aux schismatiques grecs qui voulaient rentrer dans l'Église catholique.
l~C~ette profession sert encore aujourd'hui aux évêques qui vont
recevoir la consécration épiscopale b) la profession de foi de Pie IV (XVIè'
siècle), rédigée à la suite des décrets du Concile de Trente, complétée après
le Concile du Vatican et récemment par Pie X qui y a ajouté la condamnation des
erreurs modernistes. Elle est exigée actuellement de tous ceux qui sont appelés
à une charge ou à une dignité ecclésiastique.
On peut distinguer trois sortes de
mystères. Il y a : 1 °. les mystères de l'ordre naturel. Très nombreuses sont
les vérités et les lois scientifiques dont nous connaissons l'existence, mais
dont nous ignorons totalement, ou presque, l'essence. Qu'est-ce que la
germination, par exemple, ~ quelle est la nature de la vie végétative, de la
vie animale ? Qu'est-ce que l'électricité, l'attraction ? Comment se fait
l'union substantielle de l'âme avec le corps ? etc. « Quelque loin que la
science pousse ses conquêtes, son domaine sera toujours limité ; c'est tout le
long de ses frontières que flotte le mystère ; et plus ces frontières seront
éloignées, plus elles seront étendues. » (H. Poincaré). ~ 2°. Les mystères
théologiques improprement dits : vérités dont nous ne pouvons découvrir
l'existence, mais que notre intelligence peut comprendre, lorsqu'elles nous
sont révélées. De ce nombre sont la chute originelle, la nécessité de la
Rédemption, l'institution et l'infaillibilité de l'Église. ~ 3° Les mystères
théologiques proprement dits : vérités qui surpassent l'intelligence humaine,
au point que cette dernière est incapable non seulement d'en soupçonner
l'existence, mais même d'en comprendre la nature et la raison intrinsèque,
alors qu'elles lui sont révélées ; par exemple, le mystère de la Trinité, celui
de l'Incarnation et celui de la transsubstantiation.
Thèse. ~ La révélation des
mystères proprement dits est possible et ne répugne pas à la raison, ni de la
part de Dieu ni de la part de l'homme.
~
A. DE LA PART DE DIEU. Dieu
ne connaît-il pas une infinité de choses que nous ignorons ?Si nous admettons,
et comment ne pas l'admettre, qu'il y a dans l'ordre naturel une foule de
mystères scientifiques, a fortiori nous devons croire qu'il y a des
vérités dans l'ordre sur-naturel très claires pour Dieu, bien que
inintelligibles pour nous. Que de mystères il y a dans la vie pour l'ignorant !
Or l'abîme est bien plus grand entre Dieu et l'homme qu'entre le savant et
l'ignorant. Mais si la science de Dieu est infinie, qui l'empêche de nous en
communiquer des parcelles, tout aussi bien que le maître qui communique son
savoir à ses élèves ?