LA
DÉSINFORMATION
Elle le surprit en disant avec
désinvolture qu’à son avis il n’y avait pas de guerre. Les bombes-fusées qui
tombaient chaque jour sur Londres étaient probablement lancées par le
gouvernement de l’Océania lui-même, « juste pour maintenir les gens dans
la peur ».
Georges Orwell, 1984, Gallimard Folio, p.
219
Celui qui a le contrôle du passé,
disait le slogan du parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du
présent a le contrôle du passé.
Ibid.,
p. 54
N.B.
Il est préférable de lire au préalable la page subversion.
Il est vital pour la Révolution d’avancer
masquée vers son terme, qui est la fusion quasi-complète des nations,
races, civilisations, religions et l’établissement d’une dictature mondiale à
la fois politique et religieuse.
C’est pourquoi, conjointement à son œuvre propre de
subversion
elle met en place des pièges et des leurres destinés à tromper les
curieux et les suspicieux pour les neutraliser, par élimination ou ralliement.
Les mass media constituent évidemment un instrument
hors pair pour réaliser cette besogne. La télévision est
particulièrement toxique car elle exploite en les flattant, tout à la fois la
paresse et la curiosité peccamineuse de qui la regarde. A l’instant où il
s’installe devant son poste, le téléspectateur est saisi par une main invisible
qui l’emmène irrésistiblement là où elle désire. Ceci d’autant plus que le
rythme des images est imposé et que, contrairement à l’écrit - même subversif
-, il n’est pas possible d’arrêter un moment ou de revenir en arrière pour
réfléchir.
Naturellement subversion et désinformation sont
intimement mêlées et le plus souvent impossibles à distinguer. Cette page doit
donc être lue en lien avec celle relative à la subversion. Si
l’on considère la désinformation sous ce rapport, les discussions byzantines
sur les différents sens possibles du terme sont, au minimum, vaines. Au
minimum, car elles n’ont généralement d’autre but que d’autoproclamer la haute
science de ceux qui s’y livrent … pour décrédibiliser toute étude extensive du
sujet, c’est-à-dire sous le rapport de la Révolution en général.
Comme nous le verrons dans les deux articles, la création
de fausses oppositions et de fausses contestations constitue un
objectif majeur de la désinformation et de la subversion …
I. Mises en garde élémentaires
contre :
* La propension ahurissante du commun des mortels à
se complaire dans les causes instrumentales (cupidité, pétrole, …)[1]
qu’ils regardent comme étant les vraies causes des événements historiques. Les
guerres révolutionnaires actuelles (Afghanistan, Iraq, Iran ?
Syrie ?) visant à briser les derniers îlots de résistance à
l’incorporation au Grand Tout y sont présentées comme de simples razzias sur le
pétrole menées par les États Unis et son entourage (même si, de fait, ils
« se servent »).
* La méconnaissance de la façon dont la Révolution
suscite une dialectique en son sein même, non seulement pour masquer ses véritables cibles (les religions
dogmatiques, dont au premier titre, la religion catholique) et polariser
l’attention sur des contre-feux, mais encore la nourrir par ses vertus propres
de dialectique « hégélienne »[2] :

Ainsi, « la droite » est-elle perçue
comme « le contraire » de « la gauche » au sein de l’État
démocratique, bien que l’une comme l’autre participe à son maintien. Ainsi du
capitalisme, qui apparaît comme « le contraire » absolu du
communisme, alors qu’en fait, ces deux idéologies ne constituent que deux
composantes - opposées certes d’un certain point de vue -, de la Révolution
universelle, aux fins de laquelle ils concourent chacun à leur façon et dans
leur opposition même. Mais, observe Mgr. de Ségur[3],
la Révolution présente cette bizarrerie, qu’étant de nature religieuse, la
plupart de ceux qui la font ne la comprennent pas …
Nous n’avons évoqué ici la dialectique hégélienne
que sous l’aspect « instrument de désinformation », relativement
secondaire par rapport à son aspect « machine à fabriquer
l’histoire », qui relève plutôt de la subversion.
* Les fausses oppositions et les prétextes créés ad hoc pour détourner du vrai combat
et même faire adhérer au mauvais. L’opposition droite / gauche en constitue un
bel exemple, mais il en est bien d’autres. On peut même dire que chaque
action subversive est couverte au sens militaire du terme par un leurre.
Ainsi, s’agit-il de banaliser le dimanche (du latin dies Domini = jour
du Seigneur), saint jour s’il en est puisque c’est la commémoration de la
Résurrection ? Eh bien on affirmera à la suite des travaux d’une
commission de « sages », « d’éminents économistes », et
autres gourous qu’il faut ouvrir les commerces le dimanche pour améliorer la
croissance (un dieu auquel il convient de sacrifier), en attendant de le
banaliser complètement (technique du pied dans la porte). Le lecteur pourra
s’exercer à identifier les fausses oppositions et les faux prétextes dans le
flot d’informations déversé chaque jour par les médias.
* L’adhésion hâtive à des informations mises complaisamment en
circulation et qui semblent constituer des preuves grossières de certaines
thèses de la Contre-Révolution. En fait ce ne sont le plus souvent que des pièges
destinés à attirer puis décrédibiliser les imprudents qui les feront leurs.
L’attaque du 11 septembre contre les tours du World Trade Center en a fourni un
bon exemple. Bien entendu, qui conteste la version officielle des évènements
prend le risque d’être assimilé aux négateurs purs et simples par un amalgame
inique, et brisé au moyen d’un vocabulaire ad hoc (hot words)
incrusté de longue date dans les esprits et produisant automatiquement ses
effets (ex : contester l’évolutionnisme, c’est être
« créationniste », c’est-à-dire une sorte d’imbécile fanatique
dangereux à mettre en quarantaine en attendant mieux[4]).
Si le coup porté n’est pas suffisant, on n’hésitera pas à évoquer des événements
historiques réels ayant ensanglanté le XX° siècle.
* Le risque d’usurpation d’autorité dans l’Église. Quelle que soit leur bannière
(« sédévacantistes » de tous types, traditionalistes
« anti-sédévacantistes », fidèles des messes « indult » qui
rejettent in pectore Vatican II), les catholiques qui entendent rester
fidèles à la foi de leurs pères, n’obéissent pas de facto aux occupants
en titre qui se succèdent sur le siège de Pierre depuis la mort de Pie XII.
Même si tous ne le voient pas clairement faute d’étude, la raison de fond en
est simple : le concile Vatican II et les actes pontificaux subséquents
souffrent l’opposition de contradiction avec les actes du Magistère infaillible
antérieurs sur un certain nombre de points majeurs[5].
Autrement-dit, au moins pratiquement, l’Autorité est absente,
puisque, même certains de ceux qui déclarent que le pape est bien Pape ne
tiennent pas compte de ses directives. Il s’agit là d’une situation de
privation dont on ne mesure pas toujours les conséquences. Voyons les
principales :
1°/ Beaucoup de fidèles, faute de vouloir étudier -
mais on leur dit souvent que la théologie est réservée aux prêtres, à qui il
suffit de faire confiance -, commettent parfois sur un certain nombre de sujets
fondamentaux des confusions entre :
- Les vérités de foi sur lesquelles l’Église
s’est prononcée infailliblement, et qui de ce fait, doivent être crues. L’infaillibilité
du Magistère - extraordinaire, mais aussi ordinaire - en fait
partie. Cette vérité de foi est cependant à peu près systématiquement mise sous
cape dans beaucoup de chapelles. Quand elle n’est pas oubliée, elle peut être
déformée pour s’accommoder aux positions doctrinales de la société ecclésiastique
qui intervient dans leur secteur.
- Les révélations privées, dont il est
absolument exclu de nier a priori la valeur et la sainteté, donnent lieu à une
confusion inimaginable et sont la source de conflits violents entre partisans
et contempteurs. Les polémiques peuvent porter sur leur réalité, leur
étendue, leur contenu exact, leur interprétation. Surtout
lorsqu’elles sont assorties de « secrets ». Que dit l’Église à ce
sujet ? « Quand l'Église les approuve, elle n'entend pas les
assimiler aux dogmes, elle veut simplement affirmer qu'elles n'ont rien
d'opposé à la foi catholique, à la morale, ou à la discipline
chrétienne. »[6] Ces
révélations privées peuvent, si l’Église l’autorise, donner lieu à une dévotion
particulière, mais ne peuvent servir pour démontrer des thèses, par
exemple ayant vocation à expliquer la situation dramatique que nous vivons.
Même si ces thèses semblent expliquer adéquatement la réalité vécue. On peut
les considérer comme des indices puissants, non comme des preuves. Saint Thomas
mettait déjà en garde sur le danger des pseudo-démonstrations[7] à
propos de ceux qui prétendaient prouver le mystère de la Sainte Trinité :
Et celui qui prétend prouver la Trinité des
Personnes par la raison naturelle, fait doublement tort à la foi. D'abord, il
méconnaît la dignité de la foi elle-même, dignité qui consiste à avoir pour
objet les choses invisibles, c'est-à-dire qui dépassent la raison humaine:
« La foi, dit l'Apôtre (He 11, 1) porte sur ce qu'on ne voit pas. »
Ensuite, il compromet les moyens d'amener certains hommes à la foi. En
effet, apporter en preuve de la foi des raisons qui ne sont pas nécessaires,
c'est exposer cette foi au mépris des infidèles ; car ils pensent que c'est sur
ces raisons-là que nous nous appuyons, et à cause d'elles que nous croyons.
N'essayons donc pas de prouver les vérités de la foi autrement que par des
arguments d'autorité, pour ceux qui les acceptent. Pour les autres, il suffit
de défendre la non-impossibilité des mystères annoncés par la foi. (S.T. Ia, q. 32, a. 1)
Il faut dire que ce sont surtout les fidèles
entre eux qui nourrissent ce genre de confusion. Or, l’absence de Magistère
formaliter fait que, dans le monde traditionaliste, il n’y a aucune
censure et que chaque organisation, voire chaque fidèle et même chaque
prêtre, a sa propre interprétation des évènements, qu’il incorpore
tacitement au catéchisme. N’en déplaise à ceux qui agissent ainsi, ce
comportement n’est pas sans rappeler le protestantisme. Cet état de fait est
une conséquence de la privation d’Autorité. La seule solution, si on
veut rester fidèle et éviter de pécher par imprudence, consiste à s’en tenir
strictement à l’état du Magistère à la mort de Pie XII.
2°/ Ceci fait que, le temps passant, la tentation
est grande pour certains fidèles, de considérer les sociétés ecclésiastiques
qui ont eu le courage d’assurer le maintien de la foi et des sacrements, comme
constituant une suppléance de l’Autorité. Que ces sociétés, auxquelles nous
devons beaucoup, soient organisées hiérarchiquement, qu’elles possèdent une
autorité à leur tête, cela est une nécessité. Mais cette autorité ne peut
être l’Autorité. Aux fidèles de le comprendre et d’être cohérents : on
ne peut par exemple tout à la fois dire à l’occupant du siège de Pierre que
l’on rejette sa messe et lui demander de prononcer l’invalidité d’un
mariage !
Plus le temps passe, plus l’état de privation
d’Autorité se fait cruellement sentir et va déterminer pour une grande part
l’évolution du « mouvement traditionaliste ». L’existence de noyaux
traditionalistes autocéphales n’est pas sans entraîner des effets pervers. On
peut citer, outre celui d’allonger ou de raccourcir le catéchisme signalé
précédemment, le fait que, surtout lorsqu’ils ont quelque importance et que
tous les « services » (messes nombreuses, baptêmes, obsèques, etc.)
sont assurés, les fidèles ont tendance à oublier que la guerre fait rage autour
d’eux et que leur fortin est cerné. Cela se traduit par la recherche
quasi-exclusive (voire même exclusive) de la sainteté personnelle, évidemment
bonne en soi, et même excellente, mais qui ne peut être exclusive d’autres fins
à poursuivre. Ainsi, on étudie beaucoup trop peu (souvent pas du tout) la
nature et les méthodes de la Contre-Église et de la Révolution en général. On
oublie qu’il y a des âmes à gagner au Christ en dehors de sa petite
société : l’apostolat des « traditionalistes » est seulement le
fait de quelques laïcs francs-tireurs isolés et la communication officielle
dominée par les querelles internes au détriment de l’apologétique en direction
des masses athées qui cèlent pourtant un potentiel de conversions beaucoup plus
important que les modernistes ou les libéraux. On oublie également qu’il y a
des frères otages de la Révolution éloignés de toute chapelle et que la
recherche d’un plus grand bien particulier pour soi peut entraîner des offenses
à la charité. Dans son livre L’amour de Dieu et la croix de Jésus[8],
le R.P. Réginald Garrigou-Lagrange, si cher à notre cœur, a écrit des pages
admirables sur la question de la recherche du plus grand bien (comme sur tous
les sujets qu’il a traités d’ailleurs) que les esprits intérieurs pourront
méditer avec fruit.
Les considérations qui précèdent ressortissent bien
à notre sujet, puisque les faits regrettables qui sont rapportés résultent de la
désinformation de fait qui consiste à laisser oublier une réalité massive, la
privation d’Autorité. Il faut préciser que cet état de choses n’est
probablement pas voulu dans la plupart des cas et résulte bien souvent
simplement d’un ardent désir de bien faire et d’un extrême dévouement de la
part des « prêtres traditionalistes ».
De plus, il ne faut pas oublier non plus qu’à
la base de ces sociétés ecclésiastiques, tout au moins sous leur forme pérenne,
il y a un choix humain, celui de poursuivre la Missio et donc
d’ordonner des évêques sans mandat romain. Même si on l’approuve, ce qui est
notre cas, il faut savoir qu’en droit, ce choix aurait pu être autre :
[…] Dans ces conditions, voici l'alternative que doivent
décider les fidèles attachés à la Tradition :
A) Ou bien ne pas poursuivre la MISSIO. Parce que
celle-ci, en état de privation puisque désertée par la SESSIO, se trouve ipso
facto anormée, vouée à de multiples périls, à commencer par l'hérésie et par le
schisme. Le seul Sacrement possible, et certainement valide, serait le Baptême.
Il suffit pour que Dieu donne la Foi et la grâce sanctifiante.
Ce parti n'est donc pas EN DROIT impossible. C'est
celui que prennent de TRÈS RARES fidèles.
B) Ou bien poursuivre la MISSIO. Parce qu'on estime
qu'il est EN FAIT impossible de conserver la grâce sanctifiante, et même la
seule FOI, sans les Sacrements.
In dubiis, Libertas ! On peut choisir : soit A,
soit B. Mais : 1) que chacun respecte le choix d'autrui ; 2) que chacun se
conforme rigoureusement à l'exigence interne, ontologique, de son propre choix.
J'ai choisi B. Je respecte profondément les
personnes qui ont choisi A : que Dieu leur soit en aide. Mais je réprouve que
certaines de ces personnes critiquent et jugent avec « hauteur », comme si
elles étaient l'Autorité, le choix B qu'elles sont libres de ne pas faire... ou
même agissent EN FAIT, comme si elles choisissaient B. […]
Mgr. M-L Guérard des
Lauriers, in Le problème
de l’autorité et de l’Episcopat dans l’Eglise, pp. 49-50
Remarques.
1°/ Le plus souvent, le public reçoit sans réaction
de rejet les versions officielles des événements que relatent les médias et
même il y adhère, car cette version officielle est en cohérence avec sa pensée
erronée mise en forme préalablement pendant des mois, des années, et même
depuis la petite enfance par :
a/ Les médias. Par exemple, l’attaque de
l’Afghanistan a été préparée longtemps à l’avance par des articles
d’hebdomadaires accompagnés de photographies impressionnantes (femmes voilées,
etc.), des reportages télévisés propres à soulever l’indignation des citoyens
maçonnisés occidentaux, affolés à la perspective (imaginaire) de ne plus
pouvoir s’adonner à leurs vices habituels. Les thomistes savent que l’homme,
lorsqu’il fait le mal, ne recherche pas ce mal pour lui-même, mais le fait
toujours pour tenter de supprimer un obstacle réel ou imaginaire qui vient
contrarier la poursuite assidue d’un bien. D’un bien, oui, mais d’un bien
apparent, le plus souvent en opposition de contradiction avec son vrai
bien. Dans ces conditions, il importe que l’occident extermine à la bombe à
effet de souffle[9], et par tout
autre moyen existant ou à venir, ce qui de près ou de loin peut faire craindre
un retour de « l’ordre moral ». Celui des Talibans (que l’on ne
connaît d’ailleurs qu’à travers le prisme mondialiste) est évidemment erroné et
condamnable, mais il est très utile pour l’associer par amalgame avec le
véritable ordre moral chrétien : la consigne « Il faut combattre
tous les intégrismes » a fleuri sur le WEB au moment de la guerre
d’Afghanistan et son service est loin d’être achevé.
b/ L’école.
Nous ne pouvons ici citer l’école que pour mémoire car une description de la
situation, même superficielle nécessiterait des centaines de pages. Nous
renvoyons pour une première approche au livre de Pascal Bernardin Machiavel
pédagogue (cf. notre page d’accueil) que le lecteur angliciste pourra
compléter en consultant le site américain http://www.sntp.net/education/education.htm,
qui expose l’état de la question aux États-Unis, lequel vaut pratiquement
partout à des différences accidentelles près puisque c’est l’UNESCO qui donne
les directives pour le monde entier. Il faut d’ailleurs dire que les choses
semblent se précipiter à une vitesse vertigineuse ces toutes dernières années.
Les personnes sorties du système scolaires depuis seulement une décennie ont
peine à croire ce qui se passe aujourd’hui.
C’est donc la subversion par la
« culture », lente et insensible, qui rend possible l’acte ponctuel
de désinformation. Ce qu’avouent d’ailleurs nos grands hommes :
On vous parle de neutralité scolaire, mais il est
temps de dire que la neutralité scolaire n'a jamais été qu'un mensonge
diplomatique et une tartuferie de circonstance. Nous l'invoquions pour endormir
les scrupuleux ou les timorés. Mais maintenant, il ne s'agit plus de cela.
Jouons franc jeu. Nous n'avons jamais eu d'autre dessein que de faire une
université antireligieuse d'une façon active, militante, belliqueuse.[10]
Mon but est d'organiser l'humanité sans Dieu et
sans roi. », « Nous avons promis la neutralité religieuse, nous n'avons pas
promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique.[11]
Les psycho-sociologues du futur auront à leur
disposition des échantillons d’élèves sur lesquels ils expérimenteront
différentes méthodes destinées à convaincre que la neige est noire. Un certain
nombre d’enseignements seront ainsi obtenus. Premièrement, que l'influence du
milieu familial est préjudiciable. Ensuite, que l'on n’obtient guère de
résultats si l'on ne commence pas l’endoctrinement avant l'âge de dix ans.
Troisièmement, que des refrains mis en musique et entonnés inlassablement sont
très efficaces. Quatrièmement, que celui qui pense que la neige est blanche
doit être tenu pour extrémiste. […]
Bien que cette science doive être étudiée
assidûment, elle devra rester strictement confinée entre les mains de l’élite
dirigeante. La population ne devra pas être en mesure de savoir comment ses
convictions ont été fabriquées. Lorsque la technique aura été perfectionnée,
les gouvernements en charge de l’enseignement seront en mesure de contrôler
efficacement leurs populations sans recourir à l’armée ni à la police.[12]
La majoration des notes, systématiquement
imposée par les autorités depuis une trentaine d’année (avec une accélération
du phénomène depuis quinze ans) constitue au premier degré une désinformation -
un mensonge - vis-à-vis des élèves et des familles, mensonge destiné à mélanger
des éléments extrêmement hétérogènes dans une même classe et ainsi en faire un
tout (seulement logique ou verbal évidemment), moment dialectique obligé en vue
de la fusion universelle dans le Grand Tout. Au second degré, il s’agit d’un
acte de subversion, dont il est difficile de mesurer les conséquences à moyen
terme : on fabrique des gens qui pensent être autre chose que ce qu’ils
sont … Il va sans dire que le système de notation des professeurs par leurs
élèves qui est mis en place actuellement[13]
ne peut qu’accélérer encore le phénomène. Il va sans dire également que les
élèves faibles et leurs parents ne vont pas se plaindre : révolution non
aversive là encore …
La reconstruction de l’histoire, si bien
décrite par l’initié Georges Orwell dans 1984[14]
est là encore, une tâche privilégiée de l’école.
2°/ On peut généralement détecter une telle
campagne de désinformation présentant une grande importance aux yeux de la
Révolution par un retour insistant des médias sur la question, pendant des
jours, voire des semaines ou même plus s’il s’agit d’une guerre à venir à
justifier.
3°/ Il arrive fréquemment qu’une importante
manipulation de l’opinion, par exemple en vue de lui faire accepter, voire
réclamer, une loi liberticide, soit initiée à partir d’un événement apparemment
sans rapport et qui semble fortuit, comme un prétendu « dérapage
verbal » d’homme politique. A l’image de l’urbanisme ésotérique[15],
il faut alors toujours penser à regarder, non d’où semble partir le coup, mais
en face. Par exemple, si un serviteur de l’État de rang modeste venait à
déclarer - hypothèse d’école - qu’il trouve les sectes tout à fait
inoffensives, les médias s’empareraient illico de l’affaire, présentée comme
scandaleuse, et iraient demander au patron du commis intempérant ce qu’il en
pense. On peut alors parier que le chef désavouerait avec force son subordonné,
clamerait haut et fort le contraire et que d’ailleurs, on allait voir ce qu’on
allait voir ! Dans un premier temps seule telle ou telle secte notoirement
connue serait mise sur la sellette médiatique (celle qui agite mais ne tue
pas). Sans conséquence notable pour elle. Il ne manquerait pas ensuite de
« philosophes connus » et autres « grands humanistes » pour
faire remarquer au public lors d’émissions programmée ad hoc, que la
pire des sectes a été l’Église catholique - celle des siècles passés,
ouf ! -, en rappelant à l’appui de leurs dires quelques légendes noires
déjà entendues sur les bancs de l’école. Mais au fait, les mouvements
intégristes catholiques, …
4°/ On peut désinformer en passant sous silence
des choses qui devraient au contraire être dites haut et clair. Cette méthode a
été et est encore utilisée par les « prêtres » de la nouvelle
religion : les mots « péché », « sacrifice »,
« enfer », « diable », « purgatoire »[16],
etc. ne sont jamais prononcés, ou, s’ils le sont, c’est dans un sens et un
contexte qui n’est pas leur premier sens ou leur premier contexte. Aujourd’hui,
pécher c’est s’agenouiller devant Dieu, ne pas voter ou ne pas participer d’une
façon ou d’une autre à l’activisme des sociétés d’entraide horizontales, etc.
Nous renvoyons sur ce point à l’encyclique Pascendi.
Vladimir Volkoff - aujourd’hui décédé -, que nous
avons cité avec réserve plusieurs fois, rapporte dans son livre Petite
histoire de la désinformation[17]
que lors des conférences qu’il donnait on lui posait systématiquement la
question : « Fort bien Monsieur, vous nous avez convaincus. Mais qui
nous prouve que vous ne faites pas vous-même de la désinformation ? »
Bonne question, à laquelle il ne répond évidemment pas. Et pour cause, car bien
que ce livre présente un grand intérêt et que nous en recommandions la lecture
critique, les maîtres occultes de la désinformation et de la subversion, les wire-pullers
invisibles y sont étonnamment oubliés. Mieux, il nous dissuade de nous intéresser
à eux en nous mettant en garde contre la paranoïa (dixit) qui consiste à
voir sans cesse un ceci ou un cela derrière son oreiller (pp. 24-25) : que
ceux qui ne souhaitent pas être classés parmi les obsédés du complot, suivent
son conseil : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ».
Il est vrai que, que pour des raisons historiques,
Volkoff était avant tout anti-communiste et que son livre est essentiellement
relatif à la guerre froide et à la subversion soviétique au sein des pays
occidentaux. Mais, supérieurement intelligent comme il était, on ne peut croire
qu’il n’ait pas poussé la réflexion un peu plus loin. Ses ouvrages traitant de
la désinformation le font ainsi essentiellement du seul point vue de la
dialectique interne à la Révolution gauche - droite ou est - ouest. A ce titre,
ils appartiennent à la Révolution, ce qui - ne nous y trompons pas[18]
-, leur vaut d’être distribués par les circuits de la presse de masse. Même si
l’auteur est traité de « facho ».
Même si tout ce qu’il décrit est exact (et utile à connaître), car,
encore une fois, on peut désinformer avec une forte dose de vérité et même
uniquement avec des vérités, comme le dit si bien le très subversif Isaac
Asimov :
The closer to the
truth, the better the lie, and the truth itself, when it can be used, is the
best lie.[19]
Plus un mensonge est
près de la vérité, meilleur il est ; et la vérité elle-même, lorsqu’elle est
utilisable, est le meilleur des mensonges
II. Se méfier des contrefaçons
On prête à Lénine le conseil suivant :
« Conservez la coquille, mais videz-la de sa substance ». On peut
dire qu’il a été entendu.
Il en est ainsi de l’Église depuis Vatican II, mais
le sujet est bien trop vaste pour être traité in extenso ici et cela a
été fait ailleurs. Nous allons cependant en aborder deux aspects.
* La contrefaçon de la charité
Parfois la coquille n’a pas changé de nom :
c’est ce qui s’est passé avec l’Église : les mots « prêtres »,
« évêque », « pape », « messe »,
« catholique » (horresco referens !), etc. sont encore
prononcés, même s’il recouvrent des réalités tout autres que celles qu’ils
recouvraient avant Vatican II.
Mais lorsqu’un terme a été trop tourné en dérision
dans le passé par les pamphletistes et les « philosophes », on ne
peut pas le conserver pour désigner une coquille. Il faut alors en trouver un
autre et, par association et confusion mentale provoquée, faire croire
qu’il est la marque des qualités qui étaient associées au premier avant qu’il
ne soit galvaudé et dont la trace est restée dans la mémoire populaire. Tel est
le cas de « charité ».
La charité vraie (charitas en latin, ag‹ph en grec) consiste premièrement et principalement
en un amour d’amitié avec Dieu, et, pour plaire à Dieu, en un amour de
bienveillance pour autrui. Pour aimer ainsi, il est évidemment nécessaire de
s’oublier et de mettre sous cape le plus possible sa tendance à l’égoïsme. En
vérité, peu d’hommes en sont vraiment capables. Par contre beaucoup, même parmi
les plus égoïstes, veulent passer pour bons, mais sans en payer le vrai prix,
qui est de « mourir à soi-même ».
Seulement aux fins de dénigrer les chrétiens,
l’Impiété à rendu le terme « charité » synonyme d’aumône
condescendante et méprisante de qui la reçoit. On a alors trouvé le mot
« solidarité » pour le remplacer et lui faire jouer un rôle positif
et flatteur pour qui s’en réclame : il suffira de le faire prononcer à
satiété par les hommes politiques les plus haut placés en l’associant à des
opérations d’aide aux pauvres bien médiatisées. Il sera également repris par
l’école, les médias, etc. et les nouveaux prêtres de la nouvelle religion issue
de Vatican II en feront la base de leurs homélies. L’ancienne coquille de la
charité sera donc renommée « solidarité ». Voilà pour le contenant.
Quant au contenu, il sera constitué du credo panthéiste et moniste : tout
ce qui existe, hommes, plantes, animaux, astres, etc. ne constitue qu’une seule
et même substance, qui, existant par elle-même, possède les attributs de la
divinité, est Dieu. En donnant à manger à ce pauvre, je me nourris moi-même. De
même qu’en préservant cet arbre, je me préserve moi-même. Ou encore en
pratiquant religieusement le tri sélectif de mes déchets. Telle est la nouvelle
« bonté ». Une bonté pour laquelle il est inutile d’être bon
et, pour ce faire, de mourir à soi-même. Le tour est joué. Et ça marche. Et ça
marche même très bien.
Le seul problème, c’est pour après, car le Bon Dieu
ne doit pas aimer du tout.
Les tableaux qui suivent résument la philosophie et
la théologie traditionnelles de l’amour et de la charité pour aider le
lecteur qui aurait quelque peu oublié Aristote et saint Thomas à se clarifier
les idées pour éviter les confusions :
L’AMOUR NATUREL
|
|
La cause en est : |
Le terme (bénéficiaire) en
est : |
Relève de l’appétit |
Remarque |
|
Amour de concupiscence (ou de convoitise) |
l’objet aimé (ex : la
confiture, les femmes en tant qu’objet de convoitise) |
le sujet aimant |
sensible (surtout) ou mixte, sensible et intellectuel (la belle
musique) |
C’est l’amour intéressé par
excellence |
|
Amour de bienveillance |
la bonté morale du sujet aimant |
le sujet aimé dont on veut le bien
(seulement naturel chez les païens) |
intellectuel (volonté) |
C’est l’amour désintéressé, qui
implique, le don de soi, l’abnégation du sujet aimant. Fort rare et limité en
dehors de la charité. |
|
Amour d’amitié |
le sujet et l’objet dans des
proportions variables ; l’amitié peut, ou non (« amitié utile et agréable ») comporter une part
de désintéressent, mais on tire toujours un profit de l’amitié, comme le
plaisir d’être ensemble |
le sujet et l’objet dans des
proportions variables |
Intellectuel (volonté) |
L’amitié est toujours assortie d’un
certain degré de réciprocité. On ne peut être ami avec qui refuse cette
amitié |
LA CHARITE (Caritas, ag‹ph)
|
Définition |
Consiste principalement en : |
Effets sur le sujet charitable |
Effets sur les autres |
Remarque |
|
Amour (surnaturel) d’amitié avec Dieu. |
Aimer,
premièrement et sans limite, Dieu ; deuxièmement, pour Lui, le prochain,
même son ennemi (ce qui n’est pas possible dans l’ordre naturel, et ne peut
s’entendre qu’au sens de vouloir son vrai
bien, c.-à-d. son salut ). |
La joie,
pure ou mélangée de tristesse (en raison des maux qui compromettent la
béatitude) La paix
( tranquillité de l’ordre qui s’instaure lorsque toutes les volontés
sont tendues vers un amour commun qui est celui de Dieu La miséricorde (seul moyen pour établir et maintenir la paix sociale) |
L’aumône corporelle : subvenir aux besoins matériels du
prochain. L’aumône spirituelle : la prière, l’apport de la doctrine, les
conseils, la consolation, la correction fraternelle, la remise des offenses.
C’est le plus grand besoin du temps. |
La charité est impossible à pratiquer sans la
foi, qui implique l’humilité (s’oublier). C’est déjà largement le cas de l’amour naturel de
bienveillance. La pratique de la charité exige la croix,
acceptée et aimée. |
LA SOLIDARITE (ou « partage » entendu comme contrefaçon de la charité)
|
Nature réelle |
Intérêt à la
pratiquer |
Remarques |
|
Dissolution des
notions de bien et de mal. C’est
l’égoïsme perfectionné. Détruit la raison humaine par le viol du principe
de non-contradiction que cela impose. |
Se valoriser aux yeux du monde (passer pour bon sans que cela
coûte réellement). Se « déculpabiliser ». Mutualiser les
conséquences de ses fautes. Donner pour mieux prendre. |
Un grand mal du
temps. Favorise le mal sous les apparences du bien. Le principe de
l’organisation du monde sans amour véritable. On la suscite par la création ad
hoc de dangers communs réels ou supposés (guerres, ovnis, la planète en
danger, etc.) à défaut d’un amour commun fédérateur qui ne pourrait être que
celui de Dieu, dont on ne veut pas. |
Le concept de solidarité est à la base de
nombreuses applications pratiques. Parmi elles, les nouvelles sociétés de
bienfaisance, que l’on se permet encore parfois d’appeler « organisations
caritatives », surtout lorsqu’elles sont obtenues par mutation à partir
d’authentiques anciennes sociétés de charité. Hélas, il existe des gens
vraiment bons qui viennent apporter la confusion en cautionnant par leur
participation ces sociétés lorsqu’elles se disent catholiques. Faute de
connaître la vraie religion. Ils raisonnent presque uniquement dans l’ordre
naturel et sous l’effet de la sensibilité, que les dirigeants, qui eux savent
ce qu’ils font, excellent à exacerber. Non qu’il ne faille venir en aide aux malheureux,
évidemment. Mais en tant qu’ils le font sous la bannière d’organisations
« de solidarité », même si elles se disent catholiques,
objectivement, ils oeuvrent non pour la gloire de Dieu, mais
pour s’en passer. Ils travaillent
en fait en vue d’organiser la société de manière purement horizontale et
« humaine » (en fait inhumaine : cf. URSS, Chine, etc.), on peut
dire à l’avènement du communisme.
Il est d’ailleurs tout à fait typique de voir à
quel point un abbé Pierre a été adulé, vanté, promu, par les personnages les
plus anti-chrétiens du temps, maçons, trotskistes, etc.. Soyons certains que
s’il avait vraiment travaillé Ad Maiorem Dei gloriam, il aurait été
violemment combattu.
Il faut absolument mettre en garde, d’une manière
générale, contre ce que l’on peut appeler la collaboration avec les infidèles,
à laquelle les « prêtres » de la Nouvelle Religion appellent leurs
ouailles. La Sainte Écriture, comme le
Magistère sont on ne peut plus clairs :
Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles.
Car quelle société y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou, qu'a de commun
la lumière avec les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ?
ou quelle part a le fidèle avec l'infidèle ? Quel rapport y a-t-il entre le
temple de Dieu et des idoles ? Car nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant,
selon ce que Dieu lui-même a dit : « J'habiterai au milieu d'eux et j'y
marcherai ; je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple. » « C'est pourquoi
sortez du milieu d'eux et séparez-vous, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce
qui est impur et moi je vous accueillerai.
Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des
filles, dit le Seigneur tout-puissant. » (Co 6, 14-18).
[…] § III. - Erreurs du sillon sur la fraternité et
la charité
133-1 : Les sillonnistes, nous venons de le voir,
sont dans l'erreur en matière de liberté et d'égalité. Il en est de même de la
notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l'amour des intérêts
communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la
simple notion d'humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale
tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles
et morales que physiques et temporelles.
133-2 : Or, la doctrine catholique au sujet de la
fraternité et de la charité envers le prochain nous enseigne que le premier
devoir de cette charité n'est pas dans la tolérance des convictions erronées,
quelques sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique
pour l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle
pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur
bien-être matériel.
133-3 : Cette même doctrine catholique sur
l'origine de la charité envers nos semblables nous enseigne aussi que la source
de l'amour du prochain se trouve dans l'amour de Dieu, père commun et fin
commune de toute la famille humaine, et dans l'amour de Jésus-Christ, dont nous
sommes les membres au point que soulager un malheureux, c'est faire du bien à
Jésus-Christ lui-même.
133-4 : Tout autres manières de concevoir l'amour
du prochain est illusion ou sentiment stérile et passager.
133-5 : Certes, l'expérience humaine est là, dans
les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu'à certaines
heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse
fort peu devant les passions et les convoitises du coeur.
133-6 : Non, Vénérables Frères, il n'y a pas de
vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu
et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les
soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel.
133-7 : En séparant la fraternité de la charité
chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d'être un progrès, constituerait
un recul désastreux pour la civilisation.
133-8 : Comment donc, en séparant la fraternité de
la charité chrétienne, la démocratie constituerait-elle un recul désastreux
pour la civilisation?: Si l'on veut arriver - et nous le désirons de toute
Notre âme - à la plus grande somme de bien être possible pour la société et
pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la
solidarité universelle, il faut l'union des esprits dans la vérité, l'union des
volontés dans la morale, l'union des coeurs dans l'amour de Dieu et de son
Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n'est réalisable que par la charité
catholique, laquelle seule, par conséquent, peut conduire les peuples dans la
marche du progrès, vers l'idéal de la civilisation. […] Saint Pie X, Lettre Encyclique sur le Sillon
(1910, texte complet).
* Du bon usage par la Subversion des différents
sens du mot « foi »
La foi
au sens théologique orthodoxe du terme, la foi catholique, est quelque chose de
très simple et de très précis. Le sens de ce mot est exprimé dans « l’acte
de foi » : « Mon Dieu, je crois fermement toutes les
vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre
Église ». La foi est donc quelque chose d’objectif qui peut faire
l’objet d’une énumération exhaustive, celle des vérités à croire. Mais le mot
« foi » possède d’autres sens, que l’on trouvera dans le
dictionnaire, par exemple dans le Grand Robert. Naturellement, tous ces sens,
bien que distincts, sont plus ou moins connexes, dérivant tous du mot latin fides.
De plus, le sens théologique lui-même a été brouillé par le protestantisme,
suivi en cela par le modernisme : pour le protestant, pour le moderniste,
et même maintenant pour le commun des mortels, « avoir la foi »
signifie plus ou moins « croire en Jésus », mais si on demande à
celui qui en fait profession ce qu’il entend par là, on n’obtient pas de
réponse, ou si on en obtient une, elle est très vague, n’implique peu ou pas de
contrainte pour lui (celles qu’il accepte) et présente une grande variabilité
d’un individu à l’autre[20].
Nous invitons le lecteur à en faire l’expérience en posant la question à son
entourage. Si on ajoute à cela toutes les ressources de la sophistique
classique[21] pouvant
porter sur le terme en tant qu’il est employé dans un syllogisme, on voit que
ce petit mot de trois lettres offre au truqueur une vaste étendue de
possibilités.
Voici un exemple très récent qui montre ce
qu’un professionnel peut en tirer. Lors de la visite du Patriarche
Bartholomaios Ier au Vatican (Zenit du 06/03/2008), Benoît XVI a affirmé :
Nous
partageons tous, orthodoxes et catholiques, cette foi dans la mort rédemptrice
de Jésus sur la croix et l'espérance que le Christ ressuscité offre à la
famille humaine.
Cette phrase semble dire, et c’est cela que
beaucoup comprendront, que les orthodoxes et les catholiques partagent la même
foi, autrement-dit, qu’ils ont les uns comme les autres purement et simplement (simpliciter)
« la foi », et que, par conséquent, ils peuvent être sauvés
indistinctement. La conclusion non dite étant : « Nous n’avons aucune
raison d’être séparés, réconcilions-nous ».
Mais si on lit
avec soin, on voit qu’en fait, dans la phrase « Nous partageons tous,
orthodoxes et catholiques, cette foi dans la mort rédemptrice de Jésus sur la
croix », le mot « foi » est pris dans un sens qui ne lui
convient que sous un certain rapport (la croyance en la mort rédemptrice
sur la croix), mais non simpliciter car cette foi ne s’étend pas à
l’ensemble des vérités révélées par Dieu et enseignées par son Église comme
l’affirme l’acte de foi. En effet, nous le savons, les orthodoxes ne croient
pas à toutes les vérités enseignées par l’Église. C’est pourquoi ils n’ont pas la
foi. Même s’ils croient à beaucoup de ces vérités, ils ne croient pas à toutes.
Il suffirait d’ailleurs qu’ils en excluent une seule : on ne trie pas et
on ne choisit pas dans les vérités à croire.
N’ayant pas la
foi, ils ne peuvent avoir l’espérance, puisque cette espérance implique la
foi : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi
catholique : s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute
pour l'éternité. […] A sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs
corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront
dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel. Telle est la foi
catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra
être sauvé. » (Symbole de saint Athanase).
Cette phrase
de B. XVI est donc sophistique[22],
le sophisme, étant un paralogisme destiné à tromper. Il est évident à
tout homme qui n’a encore abdiqué sa raison que l’on peut
« dialoguer » pendant des millénaires avec les orthodoxes et les
autres hérétiques, jamais ce qui est faux deviendra vrai et réciproquement
: Stat veritas. Seulement, ce que les œucuménistes espèrent, c’est qu’à force
d’embrouilles de ce type, d’affaiblissement du sens logique inculqué par
l’école et le règne de plus en plus pesant de l’amphibologie (cf. supra
nos considérations sur l’école), la lassitude et le sentimentalisme développé
par la fréquentation des œuvres de fiction, le troupeau finira par l’accepter.
III. Peut-on échapper à la
manipulation et à la tromperie ?
Nous pensons que c’est en partie possible.
Risquons-nous à donner quelques indications …
La première d’entre-elles, et qui conditionne les
autres, consiste à ne pas trop s’attacher aux affaires de la cité terrestre,
et même à s’en détacher le plus possible, car c’est en son sein que
l’Adversaire pose ses pièges. C’est le conseil de Notre Seigneur
Lui-même :
Car ce sont les Gentils qui recherchent toutes ces
choses, et votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez
premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par
surcroît. (Mt 6, 33)
Celui qui ne cherche rien d’autre ici bas que les
mérites nécessaires à son salut et qui connaît ses faiblesses n’offrira que peu
de prise à l’Adversaire lorsque ce dernier cherchera à en prendre le contrôle
en s’appuyant sur elles. Voici, en vrac et non exhaustivement, quelques-unes
des méthodes couramment utilisées par les médias et qui s’appuient sur nos
déficiences, dont la sensibilité à la flatterie n’est pas la
moindre :
loquimini nobis placentia
Dites-nous des choses agréables à entendre (Is 30, 10)[23]
*
C’est pourquoi on assigne au téléspectateur, à l’auditeur, au lecteur et même
au citoyen en général le rôle de témoin de moralité. Faire traiter M. X.
de scélérat par M. Y., c’est, sans qu’il s’en rende compte, lui chuchoter
doucement que lui n’en est pas un … Lorsque vous dites à quelqu’un :
« je voudrais vous demander un conseil » et qu’il accède à votre
requête - combien résistent ? ! - vous avez déjà barre sur lui …
* On
exacerbe sa sensibilité en lui montrant des scènes horribles (tout en
lui cachant bien sûr, celles, bien pires, qu’il convient de lui cacher).
Hitler, qui s’y connaissait, conseillait à ses subordonnés de « s’adresser
aux tripes » pour produire des actes réflexes et non pas à la raison, qui
demande d’abord à essayer de comprendre ce qui se passe, vérifier, … C’est
pourquoi :
* On
ne donne jamais au citoyen le temps de réfléchir en l’entraînant sans
cesse dans le mouvement, l’agitation, l’approximation rapide
connue sous le doux nom d’« efficacité ».
* On l’embrouille
par la technique « du fil de fer[24] », qu’il
faut plier et replier dans tous les sens pour le faire céder. On multiplie les
avis divergents sous couvert de libéralisme et d’objectivité. On lance
l’opinion sur des fausses pistes variées. Le journal Le Monde est
le champion toutes catégories de la méthode. Aux opinions qu’il propose,
nos intellectuels ajoutent la leur, ce qui leur permet de se hisser à la cime
de l’ignorance infatuée et de s’y maintenir à tout jamais (sauf intervention
divine, toujours possible).
* De
même, comme le remarque fort malicieusement Chesterton[25],
on désigne les erreurs de logique qui consistent à oublier de prendre en
compte une partie des données (souvent les plus importantes, comme l’être
des choses) dans les raisonnements (« moi, je ne m’occupe pas
de ça, restons concrets »), par une expression qui désigne habituellement
une qualité : ce sont des manifestations du « sens pratique » de
leurs auteurs !
* On
présente les thèses qu’il convient de discréditer comme
« simplistes », leurs auteurs comme des « partisans de la
monocausalité », autrement dit comme des minus habens. Vu que le
téléspectateur est intelligent, qu’il n’est pas, lui, « simpliste »,
il va attaquer ironiquement ces auteurs et leurs positions pour se valoriser, …
alors même qu’il n’a pas consacré une seconde à étudier la question. Il
faudrait ajouter le choix de mots, comme « complot », eux-mêmes
porteurs de connotations dévalorisantes et destinés à être adoptés par les
innombrables adeptes de la prière pharisaïque : « Je vous remercie,
mon Dieu, de ne pas m’avoir fait comme ces débiles mentaux paranoïaques ».
* On
compte sur l’étrange propension au mimétisme de la nature humaine, à
l’instar de la nature angélique. Ce phénomène, qui fait que le désinformé
devient lui-même désinformateur est accentué par le fait que, à nouveau, la
vanité y trouve son compte : on se met en valeur en donnant une
information (vraie ou fausse !) à quelqu’un qui ne la connaît pas et va
s’empresser de la propager pour les mêmes raisons.
* Il
est classique de clamer une chose et prendre discrètement toutes les
dispositions pour que ce soit l’inverse qui se produise dans les faits, e.g. la
constitution veterum sapientia promulguée par Jean XXIII en 1962 sur
l’usage du latin dans l’Église ou les agissements occultes destinés à répandre
l’usage des drogues dites douces, avant de les légaliser en arguant de l’état
de fait.
*
Parler d’une chose jusqu’alors « tabou », l’euthanasie par exemple,
même de façon polémique (au travers d’un procès bruyamment répercuté par les
médias par exemple), c’est déjà y habituer les esprits, provoquer un premier
moment dialectique, qui ouvrira la porte au « débat », et, in fine,
à sa légalisation.
* Dans
le même ordre d’idées, on trouve le discours par prétérition :
donner de facto tous les renseignements pratiques pour pousser à faire
une chose que l’on clame ne devoir pas être faite. Ainsi du professeur de Taupe
d’un grand Lycée parisien qui, en 1968, disait à ses élèves : « Je
vous interdis de prendre part à la manifestation qui démarre à 18 H Place Saint
Michel ». On peut compter sur la nature humaine déchue pour la suite …
Dans un autre Lycée (de province), des mains
discrètes ont distribué aux élèves avec l’approbation tacite de la direction
(qui en a financé l’impression) un petit livret censé mettre en garde les
élèves contre l’usage des drogues. Entendons-nous bien, la drogue, ce n’est pas
« mal » car le bien et le mal n’existent pas, l’homme libre est bien
libre de faire ce qu’il veut, par exemple de consommer de la drogue. Non, on
lui dit simplement que s’il le fait, il faut qu’il s’attende à telle ou telle
conséquence : que s’il conduit il pourra provoquer un accident, etc. Mais,
et c’est là où nous voulons en venir, pour que l’information soit complète on
décrit avec précision les effets de chaque drogue, y-compris les pires. Ainsi
peut-on lire textuellement à l’entrée « Héroïne » :
Issue de la morphine, qui est extraite de l’opium
sécrété par les fruits de pavot.
Fine poudre blanche à jaunâtre pour la plus
raffinée, aux granulés marron clair à roux voire rosées ou grisées. Sensible à
l’humidité, l’héroïne dégage un forte odeur de vinaigre.
Origine : Thaïlande, Laos, Myanmar, Afghanistan, Iran, Pakistan.
Marché : toute la planète.
Effets : agit comme un anxiolytique puissant et un antidépresseur,
engendre l’apaisement, l’euphorie, l’extase.
Et des autres (Cannabis-hash-schit, Ecstasy,
cocaïne, crack, amphétamine, Lsd, l’alcool, le tabac) à l’avenant.
On pourra vraiment choisir en toute connaissance de
cause.
IV. Peut-on parvenir à une connaissance vraie ?
Oui, dans une certaine mesure. Voici la règle de
base :
« Lorsque qu’il s'agit de percer le mystère dont les
fondateurs de la maçonnerie se sont enveloppés, une seule méthode est possible,
une seule est scientifique, parce qu'elle est adéquate à l'objet de l'étude
qu'on poursuit : c'est le raisonnement. Ce raisonnement doit être établi
sur l'induction[26]
et la déduction ; cette induction et cette déduction devant elles-mêmes
reposer sur des faits positifs et hors de contestation. Une autre voie serait
de chercher des documents. Mais s'il s'en produisait, on pourrait dire avec
assurance que, dissimulation par essence, la secte les aurait fabriqués tout
exprès pour tromper et dérouter les chercheurs. »[27]
Ajoutons quelques données permettant
d’employer cette règle :
* Ne
jamais oublier que la totalité des médias généralistes ou spécialisés
est sous contrôle depuis des lustres. Quand aux médias catholiques, ils ont
évidemment fait l’objet d’un traitement adapté :
Pourquoi, quand « La Croix » aura le
monopole incontesté de la direction des catholiques, ne nous en
emparerions-nous pas, avec le concours des Juifs, des Protestants et du
gouvernement, en achetant les actions ? On balayerait alors toute la rédaction
cléricale pour en substituer une de libres-penseurs malins qui conserveraient
d'abord le ton de la maison, puis le changeraient peu à peu. Faire évoluer un
journal sans que les lecteurs s'en doutent, comme un fabriquant de chocolat
change son cacao, c'est l'enfance de l'art. (Revue maçonnique L'Acacia, mars 1908, p.235. Citée par J.
Ousset in Pour qu'Il règne, CLC, Paris, 1959, p.264).
Nous étions en 1908. Depuis lors, l’eau a coulé
sous les ponts du Tibre… Aujourd’hui il, par exemple, le quotidien des
chrétiens-qui-ont-l’esprit-large se verra assigné la tâche de faire accepter à
ceux de ses lecteurs chez qui il pourrait exister des traces d’intégrisme,
rémanence d’un passé révolu, la banalisation du dimanche, jour abhorré des
pharisiens s’il en est. La technique du pied dans la porte, la flatterie
subliminale de « l’ouverture » et la technique de la
suggestion par prétérition sont là pour cela : oui pour
l’ouverture des commerces le dimanche matin, mais … attention, uniquement de
ceux dits « de proximité » et pour mieux faire respecter la fermeture
le dimanche après-midi !!! Ouf ! (Cf. La Croix du vendredi 22 février
2008).
La probabilité pratique pour qu’une « vraie
vérité » soit diffusée par ces mêmes médias est quasi-nulle.
Certains rétorqueront que ce n’est pas le cas de quelques périodiques de faible
diffusion, fonctionnant par abonnement et nettement marqués « à
droite ». Qu’ils sachent qu’ils se trompent. Toutes ces publications ne
sont pas « sous contrôle », mais elles contiennent des articles
nuisibles rédigés par des libéraux, mêlés à la masse des autres, d’apparence
plus ou moins orthodoxes : il n’est de tromperie sans une part de vérité. De
plus, ils s’adressent surtout à un public fortement tendu vers les affaires du
monde, et qui voudrait - c’est son premier souci - qu’elles leur soient plus
favorables : la baisse des impôts avant le retour à la vraie messe. Ces médias maintiennent donc chez leurs
lecteurs, en dépit de quelques articles de qualité accidentels, l’esprit du
monde. En cela, ils ne sont pas contre-révolutionnaires, mais révolutionnaires
(même s’ils sont « de droite »).
*
Néanmoins, on peut déduire des vérités de toute information - vraie ou
fausse - diffusée par les médias.
Comment ? En distinguant l’information[28],
qui est la matière de ce qui est dit et qui peut être faux, du fait
- certain, lui -, que l’on veut nous faire croire cette chose.
* La
plupart des informations que les médias déversent sont inutiles avant même
d’être nuisibles. Il suffit donc de consacrer peu de temps à leur écoute ou
lecture, un peu de pratique permettant d’extraire rapidement ce qu’il y a à
retenir. Il est alors de la plus haute importance de consacrer le temps ainsi
libéré à l’étude de fond dans le silence de son bureau : c’est en étudiant
les livres des maîtres, notamment ceux recommandés sur le présent site,
et non pas en restant l’œil rivé sur son téléviseur ou même son magazine
« de droite » que l’on peut comprendre un peu ce qui se déroule sous
nos yeux. En effet, comme le voleur commence par déconnecter l’alarme avant de
cambrioler la bijouterie, les corrupteurs ont neutralisé l’intelligence humaine
en persuadant les hommes qu’ils ne sont pas capables de saisir le réel
(Descartes, Kant) et leur ont inculqué l’erreur de l’idéalisme, si valorisante
pour l’ego. La place n’étant plus défendue par le réalisme - conforme à
l’esprit humain -, la gnose, peut y faire son entrée, suivie de tous ses
analogués secondaires. Ainsi, au lieu de se perdre avec la TV et les autres
médias, il bien préférable, d’utiliser son temps libre à étudier la véritable
philosophie, qui vaut pour toutes les époques et donc pour la nôtre.
*
L’information - ou la désinformation, au choix ! - connaît des pics,
des accès de fièvre, qu’il faut savoir déceler pour augmenter encore sa
suspicion. On peut dire que dans certaines circonstances (attentats sanglants,
guerres, atrocités diverses, …) les maîtres de l’antenne parviennent à créer
une véritable psychose collective qui dépossède totalement les populations
de leurs moyens de défense intellectuels. Ajoutons que cette psychose a le
plus souvent pour objectif de réaliser un contre-feu destiné à masquer
une action qui passe totalement inaperçue aux yeux du public.
* Il
ne s’agit d’ailleurs pas tant d’apporter une connaissance - vraie ou fausse -
que de conformer la pensée du cher lecteur ou du cher
« téléspectateur ». Goebbels, qui s’y connaissait lui aussi,
affirmait : « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose mais pour
produire un certain effet ». On peut être assuré qu’après avoir lu
assidûment Le Monde pendant quelques décennies, même en en contestant
les trois quarts (ce qui du reste est prévu et même souhaité, dialectique
oblige) quiconque est, ipso facto, parfaitement conformé selon les
attentes des wire-pullers : il a acquis un sentiment de supériorité
apitoyée vis-à-vis de la masse, la condescendance de celui « qui
sait », notamment qu’« il n’y a pas de vérité », un esprit
polémique qui juge de tout selon ses propres vues, l’« ouverture »,
la haine « du dogme », i.e. de toute immutabilité et de toute
hétéronomie (donc de Dieu, invention à l’usage des faibles, ce que lui n’est
pas), et par suite de la vraie religion qui rappelle à l’homme les vérités
éternelles et sa totale dépendance, notamment de fin. L’affidé au Monde
s’intéresse cependant - superficiellement -
au « phénomène religieux », comportement bizarre du vulgus
sous l’effet de « ses croyances » pour acquérir matière à prière
pharisaïque (plaindre ces pauvres arriérés, se lamenter du danger que font
courir les fanatiques au monde libre, etc.). Il est bien loin de penser qu’en
réalité il est sous contrôle, tenu qu’il est par le court licol de la vanité.
Pour lui, la fin des actes humains - s’ils en ont une ! - réside dans
l’homme lui-même, précisément dans chaque individu, qui doit « se
réaliser », « s’épanouir », après
« s’être construit ». Pour parfaire le tout, il aura été
complètement carnalisé[29],
avide de gains (ce qui n’exclut pas la critique des « riches », i.e.
des plus riches que lui) et de satisfactions sensibles de tous ordres grâce aux
nombreuses chroniques sur la Bourse et les placements financiers, la
gastronomie, sans oublier le sexe évidemment : on est ouvert ou on ne
l’est pas !
Tentez-vous de discuter, faits à l’appui, avec un
tel affidé ? C’est peine perdue : les réalités vérifiables que vous
exciperez seront ravalées au niveau de « clés de lecture » auxquelles
votre contradicteur opposera les siennes, non moins légitimes à ses yeux.
On a coutume de parler aussi d’un « message »
et d’un « code » selon lequel déchiffrer ce message. La notion de
« lecture » a supplanté celle de connaissance de la chose,
substituant la pluralité possible de lectures à la force contraignante de la
connaissance univoque. Un message identique peut être lu (dit-on) selon des
clés différentes en sorte que s’il est orthodoxe, il peut être déchiffré selon
la clé hétérodoxe, et s’il est hétérodoxe, il peut être déchiffré selon la clé
orthodoxe
constate amèrement Romano Amério dans Iota unum
(Nouvelles Éditions Latines, 1987).
En vérité, notre distingué lecteur aura été
totalement aliéné, mis sous contrôle à son insu, emmené par la barbichette là
où la Révolution voulait l’emmener. Pour quel moyen ? Toujours le même,
celui qui est exposé dans Le corbeau et le renard, ou encore en Gn 3, la flatterie, une
flatterie adaptée à son profil d’orgueilleux à prétentions intellectuelles.
* Last,
but not least, ne pas oublier dans la réception des horreurs relatées par
les médias qu’il est archaïque de commettre soi-même quelque atrocité et de
l’imputer à l’ennemi. Il est de loin préférable de la faire perpétrer
par l’ennemi lui-même : la nature humaine déchue possède les
ressources nécessaires !
L’hebdomadaire Marianne[30],
qui en connaît un rayon sur le sujet, honore ses lecteurs d’une leçon d’Art
Royal : « Le propre du parti terroriste est de fabriquer des monstres
pour mieux les liquider ensuite. » Pour parvenir à ce résultat, on peut
procéder de deux façons : sélectionner et développer, notamment en le
finançant, un individu ou un mouvement possédant les caractéristiques requises
ou encore augmenter la probabilité pour que de tels groupes ou individus
émergent spontanément par une excitation médiatique adaptée de large diffusion.
Les manipulateurs ont alors beau jeu de venir « libérer » les
populations qui en sont victimes et de clouer au pilori les nigauds qui
tomberont dans les chausse-trappes placés tout à côté, mais à côté, de la
réalité.
Puisse le lecteur, pour échapper à ce piège cruel,
méditer ce verset du psaume 42° : ab homine iniquo et doloso erue me, et
bien comprendre que cet homme inique et pervers dont le psalmiste
demande au Seigneur d’être délivré, n’est pas uniquement l’ennemi extérieur,
mais aussi, et avant tout, l’ennemi intérieur, sans la collaboration
duquel le premier serait impuissant.