LA DÉSINFORMATION

 

 

Elle le surprit en disant avec désinvolture qu’à son avis il n’y avait pas de guerre. Les bombes-fusées qui tombaient chaque jour sur Londres étaient probablement lancées par le gouvernement de l’Océania lui-même, « juste pour maintenir les gens dans la peur ».

Georges Orwell, 1984, Gallimard Folio, p. 219

 

Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé.

Ibid., p. 54  

 

 

N.B. Il est préférable de lire au préalable la page subversion.

 

 

Il est vital pour la Révolution d’avancer masquée vers son terme, qui est la fusion quasi-complète des nations, races, civilisations, religions et l’établissement d’une dictature mondiale à la fois politique et religieuse.

C’est pourquoi, conjointement à son œuvre propre de subversion elle met en place des pièges et des leurres destinés à tromper les curieux et les suspicieux pour les neutraliser, par élimination ou ralliement.

Les mass media constituent évidemment un instrument hors pair pour réaliser cette besogne. La télévision est particulièrement toxique car elle exploite en les flattant, tout à la fois la paresse et la curiosité peccamineuse de qui la regarde. A l’instant où il s’installe devant son poste, le téléspectateur est saisi par une main invisible qui l’emmène irrésistiblement là où elle désire. Ceci d’autant plus que le rythme des images est imposé et que, contrairement à l’écrit - même subversif -, il n’est pas possible d’arrêter un moment ou de revenir en arrière pour réfléchir.

Naturellement subversion et désinformation sont intimement mêlées et le plus souvent impossibles à distinguer. Cette page doit donc être lue en lien avec celle relative à la subversion. Si l’on considère la désinformation sous ce rapport, les discussions byzantines sur les différents sens possibles du terme sont, au minimum, vaines. Au minimum, car elles n’ont généralement d’autre but que d’autoproclamer la haute science de ceux qui s’y livrent … pour décrédibiliser toute étude extensive du sujet, c’est-à-dire sous le rapport de la Révolution en général.

Comme nous le verrons dans les deux articles, la création de fausses oppositions et de fausses contestations constitue un objectif majeur de la désinformation et de la subversion …

 

 

I. Mises en garde élémentaires contre :

 

* La propension ahurissante du commun des mortels à se complaire dans les causes instrumentales (cupidité, pétrole, …)[1] qu’ils regardent comme étant les vraies causes des événements historiques. Les guerres révolutionnaires actuelles (Afghanistan, Iraq, Iran ? Syrie ?) visant à briser les derniers îlots de résistance à l’incorporation au Grand Tout y sont présentées comme de simples razzias sur le pétrole menées par les États Unis et son entourage (même si, de fait, ils « se servent »).

 

* La méconnaissance de la façon dont la Révolution suscite une dialectique en son sein même, non seulement pour masquer ses véritables cibles (les religions dogmatiques, dont au premier titre, la religion catholique) et polariser l’attention sur des contre-feux, mais encore la nourrir par ses vertus propres de dialectique « hégélienne »[2] :

 

 

Ainsi, « la droite » est-elle perçue comme « le contraire » de « la gauche » au sein de l’État démocratique, bien que l’une comme l’autre participe à son maintien. Ainsi du capitalisme, qui apparaît comme « le contraire » absolu du communisme, alors qu’en fait, ces deux idéologies ne constituent que deux composantes - opposées certes d’un certain point de vue -, de la Révolution universelle, aux fins de laquelle ils concourent chacun à leur façon et dans leur opposition même. Mais, observe Mgr. de Ségur[3], la Révolution présente cette bizarrerie, qu’étant de nature religieuse, la plupart de ceux qui la font ne la comprennent pas …

Nous n’avons évoqué ici la dialectique hégélienne que sous l’aspect « instrument de désinformation », relativement secondaire par rapport à son aspect « machine à fabriquer l’histoire », qui relève plutôt de la subversion.

 

* Les fausses oppositions et les prétextes créés ad hoc pour détourner du vrai combat et même faire adhérer au mauvais. L’opposition droite / gauche en constitue un bel exemple, mais il en est bien d’autres. On peut même dire que chaque action subversive est couverte au sens militaire du terme par un leurre. Ainsi, s’agit-il de banaliser le dimanche (du latin dies Domini = jour du Seigneur), saint jour s’il en est puisque c’est la commémoration de la Résurrection ? Eh bien on affirmera à la suite des travaux d’une commission de « sages », « d’éminents économistes », et autres gourous qu’il faut ouvrir les commerces le dimanche pour améliorer la croissance (un dieu auquel il convient de sacrifier), en attendant de le banaliser complètement (technique du pied dans la porte). Le lecteur pourra s’exercer à identifier les fausses oppositions et les faux prétextes dans le flot d’informations déversé chaque jour par les médias.

 

* L’adhésion hâtive à des informations mises complaisamment en circulation et qui semblent constituer des preuves grossières de certaines thèses de la Contre-Révolution. En fait ce ne sont le plus souvent que des pièges destinés à attirer puis décrédibiliser les imprudents qui les feront leurs. L’attaque du 11 septembre contre les tours du World Trade Center en a fourni un bon exemple. Bien entendu, qui conteste la version officielle des évènements prend le risque d’être assimilé aux négateurs purs et simples par un amalgame inique, et brisé au moyen d’un vocabulaire ad hoc (hot words) incrusté de longue date dans les esprits et produisant automatiquement ses effets (ex : contester l’évolutionnisme, c’est être « créationniste », c’est-à-dire une sorte d’imbécile fanatique dangereux à mettre en quarantaine en attendant mieux[4]). Si le coup porté n’est pas suffisant, on n’hésitera pas à évoquer des événements historiques réels ayant ensanglanté le XX° siècle.

 

* Le risque d’usurpation d’autorité dans l’Église. Quelle que soit leur bannière (« sédévacantistes » de tous types, traditionalistes « anti-sédévacantistes », fidèles des messes « indult » qui rejettent in pectore Vatican II), les catholiques qui entendent rester fidèles à la foi de leurs pères, n’obéissent pas de facto aux occupants en titre qui se succèdent sur le siège de Pierre depuis la mort de Pie XII. Même si tous ne le voient pas clairement faute d’étude, la raison de fond en est simple : le concile Vatican II et les actes pontificaux subséquents souffrent l’opposition de contradiction avec les actes du Magistère infaillible antérieurs sur un certain nombre de points majeurs[5]. Autrement-dit, au moins pratiquement, l’Autorité est absente, puisque, même certains de ceux qui déclarent que le pape est bien Pape ne tiennent pas compte de ses directives. Il s’agit là d’une situation de privation dont on ne mesure pas toujours les conséquences. Voyons les principales :

 

1°/ Beaucoup de fidèles, faute de vouloir étudier - mais on leur dit souvent que la théologie est réservée aux prêtres, à qui il suffit de faire confiance -, commettent parfois sur un certain nombre de sujets fondamentaux des confusions entre :

- Les vérités de foi sur lesquelles l’Église s’est prononcée infailliblement, et qui de ce fait, doivent être crues. L’infaillibilité du Magistère - extraordinaire, mais aussi ordinaire - en fait partie. Cette vérité de foi est cependant à peu près systématiquement mise sous cape dans beaucoup de chapelles. Quand elle n’est pas oubliée, elle peut être déformée pour s’accommoder aux positions doctrinales de la société ecclésiastique qui intervient dans leur secteur.

- Les révélations privées, dont il est absolument exclu de nier a priori la valeur et la sainteté, donnent lieu à une confusion inimaginable et sont la source de conflits violents entre partisans et contempteurs. Les polémiques peuvent porter sur leur réalité, leur étendue, leur contenu exact, leur interprétation. Surtout lorsqu’elles sont assorties de « secrets ». Que dit l’Église à ce sujet ? « Quand l'Église les approuve, elle n'entend pas les assimiler aux dogmes, elle veut simplement affirmer qu'elles n'ont rien d'opposé à la foi catholique, à la morale, ou à la discipline chrétienne. »[6] Ces révélations privées peuvent, si l’Église l’autorise, donner lieu à une dévotion particulière, mais ne peuvent servir pour démontrer des thèses, par exemple ayant vocation à expliquer la situation dramatique que nous vivons. Même si ces thèses semblent expliquer adéquatement la réalité vécue. On peut les considérer comme des indices puissants, non comme des preuves. Saint Thomas mettait déjà en garde sur le danger des pseudo-démonstrations[7] à propos de ceux qui prétendaient prouver le mystère de la Sainte Trinité :

 

Et celui qui prétend prouver la Trinité des Personnes par la raison naturelle, fait doublement tort à la foi. D'abord, il méconnaît la dignité de la foi elle-même, dignité qui consiste à avoir pour objet les choses invisibles, c'est-à-dire qui dépassent la raison humaine: « La foi, dit l'Apôtre (He 11, 1) porte sur ce qu'on ne voit pas. » Ensuite, il compromet les moyens d'amener certains hommes à la foi. En effet, apporter en preuve de la foi des raisons qui ne sont pas nécessaires, c'est exposer cette foi au mépris des infidèles ; car ils pensent que c'est sur ces raisons-là que nous nous appuyons, et à cause d'elles que nous croyons. N'essayons donc pas de prouver les vérités de la foi autrement que par des arguments d'autorité, pour ceux qui les acceptent. Pour les autres, il suffit de défendre la non-impossibilité des mystères annoncés par la foi. (S.T. Ia, q. 32, a. 1)

 

Il faut dire que ce sont surtout les fidèles entre eux qui nourrissent ce genre de confusion. Or, l’absence de Magistère formaliter fait que, dans le monde traditionaliste, il n’y a aucune censure et que chaque organisation, voire chaque fidèle et même chaque prêtre, a sa propre interprétation des évènements, qu’il incorpore tacitement au catéchisme. N’en déplaise à ceux qui agissent ainsi, ce comportement n’est pas sans rappeler le protestantisme. Cet état de fait est une conséquence de la privation d’Autorité. La seule solution, si on veut rester fidèle et éviter de pécher par imprudence, consiste à s’en tenir strictement à l’état du Magistère à la mort de Pie XII.

 

2°/ Ceci fait que, le temps passant, la tentation est grande pour certains fidèles, de considérer les sociétés ecclésiastiques qui ont eu le courage d’assurer le maintien de la foi et des sacrements, comme constituant une suppléance de l’Autorité. Que ces sociétés, auxquelles nous devons beaucoup, soient organisées hiérarchiquement, qu’elles possèdent une autorité à leur tête, cela est une nécessité. Mais cette autorité ne peut être l’Autorité. Aux fidèles de le comprendre et d’être cohérents : on ne peut par exemple tout à la fois dire à l’occupant du siège de Pierre que l’on rejette sa messe et lui demander de prononcer l’invalidité d’un mariage !

Plus le temps passe, plus l’état de privation d’Autorité se fait cruellement sentir et va déterminer pour une grande part l’évolution du « mouvement traditionaliste ». L’existence de noyaux traditionalistes autocéphales n’est pas sans entraîner des effets pervers. On peut citer, outre celui d’allonger ou de raccourcir le catéchisme signalé précédemment, le fait que, surtout lorsqu’ils ont quelque importance et que tous les « services » (messes nombreuses, baptêmes, obsèques, etc.) sont assurés, les fidèles ont tendance à oublier que la guerre fait rage autour d’eux et que leur fortin est cerné. Cela se traduit par la recherche quasi-exclusive (voire même exclusive) de la sainteté personnelle, évidemment bonne en soi, et même excellente, mais qui ne peut être exclusive d’autres fins à poursuivre. Ainsi, on étudie beaucoup trop peu (souvent pas du tout) la nature et les méthodes de la Contre-Église et de la Révolution en général. On oublie qu’il y a des âmes à gagner au Christ en dehors de sa petite société : l’apostolat des « traditionalistes » est seulement le fait de quelques laïcs francs-tireurs isolés et la communication officielle dominée par les querelles internes au détriment de l’apologétique en direction des masses athées qui cèlent pourtant un potentiel de conversions beaucoup plus important que les modernistes ou les libéraux. On oublie également qu’il y a des frères otages de la Révolution éloignés de toute chapelle et que la recherche d’un plus grand bien particulier pour soi peut entraîner des offenses à la charité. Dans son livre L’amour de Dieu et la croix de Jésus[8], le R.P. Réginald Garrigou-Lagrange, si cher à notre cœur, a écrit des pages admirables sur la question de la recherche du plus grand bien (comme sur tous les sujets qu’il a traités d’ailleurs) que les esprits intérieurs pourront méditer avec fruit.

Les considérations qui précèdent ressortissent bien à notre sujet, puisque les faits regrettables qui sont rapportés résultent de la désinformation de fait qui consiste à laisser oublier une réalité massive, la privation d’Autorité. Il faut préciser que cet état de choses n’est probablement pas voulu dans la plupart des cas et résulte bien souvent simplement d’un ardent désir de bien faire et d’un extrême dévouement de la part des « prêtres traditionalistes ».

De plus, il ne faut pas oublier non plus qu’à la base de ces sociétés ecclésiastiques, tout au moins sous leur forme pérenne, il y a un choix humain, celui de poursuivre la Missio et donc d’ordonner des évêques sans mandat romain. Même si on l’approuve, ce qui est notre cas, il faut savoir qu’en droit, ce choix aurait pu être autre :

 

[…] Dans ces conditions, voici l'alternative que doivent décider les fidèles attachés à la Tradition :

A) Ou bien ne pas poursuivre la MISSIO. Parce que celle-ci, en état de privation puisque désertée par la SESSIO, se trouve ipso facto anormée, vouée à de multiples périls, à commencer par l'hérésie et par le schisme. Le seul Sacrement possible, et certainement valide, serait le Baptême. Il suffit pour que Dieu donne la Foi et la grâce sanctifiante.

Ce parti n'est donc pas EN DROIT impossible. C'est celui que prennent de TRÈS RARES fidèles.

B) Ou bien poursuivre la MISSIO. Parce qu'on estime qu'il est EN FAIT impossible de conserver la grâce sanctifiante, et même la seule FOI, sans les Sacrements.

In dubiis, Libertas ! On peut choisir : soit A, soit B. Mais : 1) que chacun respecte le choix d'autrui ; 2) que chacun se conforme rigoureusement à l'exigence interne, ontologique, de son propre choix.

J'ai choisi B. Je respecte profondément les personnes qui ont choisi A : que Dieu leur soit en aide. Mais je réprouve que certaines de ces personnes critiquent et jugent avec « hauteur », comme si elles étaient l'Autorité, le choix B qu'elles sont libres de ne pas faire... ou même agissent EN FAIT, comme si elles choisissaient B. […]

Mgr. M-L Guérard des Lauriers, in Le problème de l’autorité et de l’Episcopat dans l’Eglise, pp. 49-50

 

 

Remarques.

1°/ Le plus souvent, le public reçoit sans réaction de rejet les versions officielles des événements que relatent les médias et même il y adhère, car cette version officielle est en cohérence avec sa pensée erronée mise en forme préalablement pendant des mois, des années, et même depuis la petite enfance par :

 

a/ Les médias. Par exemple, l’attaque de l’Afghanistan a été préparée longtemps à l’avance par des articles d’hebdomadaires accompagnés de photographies impressionnantes (femmes voilées, etc.), des reportages télévisés propres à soulever l’indignation des citoyens maçonnisés occidentaux, affolés à la perspective (imaginaire) de ne plus pouvoir s’adonner à leurs vices habituels. Les thomistes savent que l’homme, lorsqu’il fait le mal, ne recherche pas ce mal pour lui-même, mais le fait toujours pour tenter de supprimer un obstacle réel ou imaginaire qui vient contrarier la poursuite assidue d’un bien. D’un bien, oui, mais d’un bien apparent, le plus souvent en opposition de contradiction avec son vrai bien. Dans ces conditions, il importe que l’occident extermine à la bombe à effet de souffle[9], et par tout autre moyen existant ou à venir, ce qui de près ou de loin peut faire craindre un retour de « l’ordre moral ». Celui des Talibans (que l’on ne connaît d’ailleurs qu’à travers le prisme mondialiste) est évidemment erroné et condamnable, mais il est très utile pour l’associer par amalgame avec le véritable ordre moral chrétien : la consigne « Il faut combattre tous les intégrismes » a fleuri sur le WEB au moment de la guerre d’Afghanistan et son service est loin d’être achevé.

 

b/  L’école. Nous ne pouvons ici citer l’école que pour mémoire car une description de la situation, même superficielle nécessiterait des centaines de pages. Nous renvoyons pour une première approche au livre de Pascal Bernardin Machiavel pédagogue (cf. notre page d’accueil) que le lecteur angliciste pourra compléter en consultant le site américain http://www.sntp.net/education/education.htm, qui expose l’état de la question aux États-Unis, lequel vaut pratiquement partout à des différences accidentelles près puisque c’est l’UNESCO qui donne les directives pour le monde entier. Il faut d’ailleurs dire que les choses semblent se précipiter à une vitesse vertigineuse ces toutes dernières années. Les personnes sorties du système scolaires depuis seulement une décennie ont peine à croire ce qui se passe aujourd’hui.

 

C’est donc la subversion par la « culture », lente et insensible, qui rend possible l’acte ponctuel de désinformation. Ce qu’avouent d’ailleurs nos grands hommes :

 

On vous parle de neutralité scolaire, mais il est temps de dire que la neutralité scolaire n'a jamais été qu'un mensonge diplomatique et une tartuferie de circonstance. Nous l'invoquions pour endormir les scrupuleux ou les timorés. Mais maintenant, il ne s'agit plus de cela. Jouons franc jeu. Nous n'avons jamais eu d'autre dessein que de faire une université antireligieuse d'une façon active, militante, belliqueuse.[10]

 

Mon but est d'organiser l'humanité sans Dieu et sans roi. », « Nous avons promis la neutralité religieuse, nous n'avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique.[11]

 

Les psycho-sociologues du futur auront à leur disposition des échantillons d’élèves sur lesquels ils expérimenteront différentes méthodes destinées à convaincre que la neige est noire. Un certain nombre d’enseignements seront ainsi obtenus. Premièrement, que l'influence du milieu familial est préjudiciable. Ensuite, que l'on n’obtient guère de résultats si l'on ne commence pas l’endoctrinement avant l'âge de dix ans. Troisièmement, que des refrains mis en musique et entonnés inlassablement sont très efficaces. Quatrièmement, que celui qui pense que la neige est blanche doit être tenu pour extrémiste. […]

Bien que cette science doive être étudiée assidûment, elle devra rester strictement confinée entre les mains de l’élite dirigeante. La population ne devra pas être en mesure de savoir comment ses convictions ont été fabriquées. Lorsque la technique aura été perfectionnée, les gouvernements en charge de l’enseignement seront en mesure de contrôler efficacement leurs populations sans recourir à l’armée ni à la police.[12]

 

La majoration des notes, systématiquement imposée par les autorités depuis une trentaine d’année (avec une accélération du phénomène depuis quinze ans) constitue au premier degré une désinformation - un mensonge - vis-à-vis des élèves et des familles, mensonge destiné à mélanger des éléments extrêmement hétérogènes dans une même classe et ainsi en faire un tout (seulement logique ou verbal évidemment), moment dialectique obligé en vue de la fusion universelle dans le Grand Tout. Au second degré, il s’agit d’un acte de subversion, dont il est difficile de mesurer les conséquences à moyen terme : on fabrique des gens qui pensent être autre chose que ce qu’ils sont … Il va sans dire que le système de notation des professeurs par leurs élèves qui est mis en place actuellement[13] ne peut qu’accélérer encore le phénomène. Il va sans dire également que les élèves faibles et leurs parents ne vont pas se plaindre : révolution non aversive là encore …

La reconstruction de l’histoire, si bien décrite par l’initié Georges Orwell dans 1984[14] est là encore, une tâche privilégiée de l’école.

 

2°/ On peut généralement détecter une telle campagne de désinformation présentant une grande importance aux yeux de la Révolution par un retour insistant des médias sur la question, pendant des jours, voire des semaines ou même plus s’il s’agit d’une guerre à venir à justifier.

 

3°/ Il arrive fréquemment qu’une importante manipulation de l’opinion, par exemple en vue de lui faire accepter, voire réclamer, une loi liberticide, soit initiée à partir d’un événement apparemment sans rapport et qui semble fortuit, comme un prétendu « dérapage verbal » d’homme politique. A l’image de l’urbanisme ésotérique[15], il faut alors toujours penser à regarder, non d’où semble partir le coup, mais en face. Par exemple, si un serviteur de l’État de rang modeste venait à déclarer - hypothèse d’école - qu’il trouve les sectes tout à fait inoffensives, les médias s’empareraient illico de l’affaire, présentée comme scandaleuse, et iraient demander au patron du commis intempérant ce qu’il en pense. On peut alors parier que le chef désavouerait avec force son subordonné, clamerait haut et fort le contraire et que d’ailleurs, on allait voir ce qu’on allait voir ! Dans un premier temps seule telle ou telle secte notoirement connue serait mise sur la sellette médiatique (celle qui agite mais ne tue pas). Sans conséquence notable pour elle. Il ne manquerait pas ensuite de « philosophes connus » et autres « grands humanistes » pour faire remarquer au public lors d’émissions programmée ad hoc, que la pire des sectes a été l’Église catholique - celle des siècles passés, ouf ! -, en rappelant à l’appui de leurs dires quelques légendes noires déjà entendues sur les bancs de l’école. Mais au fait, les mouvements intégristes catholiques, …

 

4°/ On peut désinformer en passant sous silence des choses qui devraient au contraire être dites haut et clair. Cette méthode a été et est encore utilisée par les « prêtres » de la nouvelle religion : les mots « péché », « sacrifice », « enfer », « diable », « purgatoire »[16], etc. ne sont jamais prononcés, ou, s’ils le sont, c’est dans un sens et un contexte qui n’est pas leur premier sens ou leur premier contexte. Aujourd’hui, pécher c’est s’agenouiller devant Dieu, ne pas voter ou ne pas participer d’une façon ou d’une autre à l’activisme des sociétés d’entraide horizontales, etc. Nous renvoyons sur ce point à l’encyclique Pascendi.

Vladimir Volkoff - aujourd’hui décédé -, que nous avons cité avec réserve plusieurs fois, rapporte dans son livre Petite histoire de la désinformation[17] que lors des conférences qu’il donnait on lui posait systématiquement la question : « Fort bien Monsieur, vous nous avez convaincus. Mais qui nous prouve que vous ne faites pas vous-même de la désinformation ? » Bonne question, à laquelle il ne répond évidemment pas. Et pour cause, car bien que ce livre présente un grand intérêt et que nous en recommandions la lecture critique, les maîtres occultes de la désinformation et de la subversion, les wire-pullers invisibles y sont étonnamment oubliés. Mieux, il nous dissuade de nous intéresser à eux en nous mettant en garde contre la paranoïa (dixit) qui consiste à voir sans cesse un ceci ou un cela derrière son oreiller (pp. 24-25) : que ceux qui ne souhaitent pas être classés parmi les obsédés du complot, suivent son conseil : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ».

Il est vrai que, que pour des raisons historiques, Volkoff était avant tout anti-communiste et que son livre est essentiellement relatif à la guerre froide et à la subversion soviétique au sein des pays occidentaux. Mais, supérieurement intelligent comme il était, on ne peut croire qu’il n’ait pas poussé la réflexion un peu plus loin. Ses ouvrages traitant de la désinformation le font ainsi essentiellement du seul point vue de la dialectique interne à la Révolution gauche - droite ou est - ouest. A ce titre, ils appartiennent à la Révolution, ce qui - ne nous y trompons pas[18] -, leur vaut d’être distribués par les circuits de la presse de masse. Même si l’auteur est traité de « facho ».  Même si tout ce qu’il décrit est exact (et utile à connaître), car, encore une fois, on peut désinformer avec une forte dose de vérité et même uniquement avec des vérités, comme le dit si bien le très subversif Isaac Asimov :

 

The closer to the truth, the better the lie, and the truth itself, when it can be used, is the best lie.[19]

Plus un mensonge est près de la vérité, meilleur il est ; et la vérité elle-même, lorsqu’elle est utilisable, est le meilleur des mensonges

 

 

II. Se méfier des contrefaçons

 

On prête à Lénine le conseil suivant : « Conservez la coquille, mais videz-la de sa substance ». On peut dire qu’il a été entendu.

Il en est ainsi de l’Église depuis Vatican II, mais le sujet est bien trop vaste pour être traité in extenso ici et cela a été fait ailleurs. Nous allons cependant en aborder deux aspects.

 

* La contrefaçon de la charité

 

Parfois la coquille n’a pas changé de nom : c’est ce qui s’est passé avec l’Église : les mots « prêtres », « évêque », « pape », « messe », « catholique » (horresco referens !), etc. sont encore prononcés, même s’il recouvrent des réalités tout autres que celles qu’ils recouvraient avant Vatican II.

Mais lorsqu’un terme a été trop tourné en dérision dans le passé par les pamphletistes et les « philosophes », on ne peut pas le conserver pour désigner une coquille. Il faut alors en trouver un autre et, par association et confusion mentale provoquée, faire croire qu’il est la marque des qualités qui étaient associées au premier avant qu’il ne soit galvaudé et dont la trace est restée dans la mémoire populaire. Tel est le cas de « charité ».

La charité vraie (charitas en latin, agph en grec) consiste premièrement et principalement en un amour d’amitié avec Dieu, et, pour plaire à Dieu, en un amour de bienveillance pour autrui. Pour aimer ainsi, il est évidemment nécessaire de s’oublier et de mettre sous cape le plus possible sa tendance à l’égoïsme. En vérité, peu d’hommes en sont vraiment capables. Par contre beaucoup, même parmi les plus égoïstes, veulent passer pour bons, mais sans en payer le vrai prix, qui est de « mourir à soi-même ».

Seulement aux fins de dénigrer les chrétiens, l’Impiété à rendu le terme « charité » synonyme d’aumône condescendante et méprisante de qui la reçoit. On a alors trouvé le mot « solidarité » pour le remplacer et lui faire jouer un rôle positif et flatteur pour qui s’en réclame : il suffira de le faire prononcer à satiété par les hommes politiques les plus haut placés en l’associant à des opérations d’aide aux pauvres bien médiatisées. Il sera également repris par l’école, les médias, etc. et les nouveaux prêtres de la nouvelle religion issue de Vatican II en feront la base de leurs homélies. L’ancienne coquille de la charité sera donc renommée « solidarité ». Voilà pour le contenant. Quant au contenu, il sera constitué du credo panthéiste et moniste : tout ce qui existe, hommes, plantes, animaux, astres, etc. ne constitue qu’une seule et même substance, qui, existant par elle-même, possède les attributs de la divinité, est Dieu. En donnant à manger à ce pauvre, je me nourris moi-même. De même qu’en préservant cet arbre, je me préserve moi-même. Ou encore en pratiquant religieusement le tri sélectif de mes déchets. Telle est la nouvelle « bonté ». Une bonté pour laquelle il est inutile d’être bon et, pour ce faire, de mourir à soi-même. Le tour est joué. Et ça marche. Et ça marche même très bien.

Le seul problème, c’est pour après, car le Bon Dieu ne doit pas aimer du tout.

 

Les tableaux qui suivent résument la philosophie et la théologie traditionnelles de l’amour et de la charité pour aider le lecteur qui aurait quelque peu oublié Aristote et saint Thomas à se clarifier les idées pour éviter les confusions :

 

 

 

L’AMOUR NATUREL

 

 

La cause en est :

Le terme (bénéficiaire) en est :

Relève de l’appétit

Remarque

Amour de concupiscence (ou de convoitise)

l’objet aimé (ex : la confiture, les femmes en tant qu’objet de convoitise)

le sujet aimant

sensible (surtout)

ou mixte,

sensible et intellectuel (la belle musique)

C’est l’amour intéressé par excellence

Amour de bienveillance

la bonté morale du sujet aimant

le sujet aimé dont on veut le bien (seulement naturel chez les païens)

intellectuel (volonté)

C’est l’amour désintéressé, qui implique, le don de soi, l’abnégation du sujet aimant. Fort rare et limité en dehors de la charité.

Amour d’amitié

le sujet et l’objet dans des proportions variables ; l’amitié peut, ou  non (« amitié utile et agréable ») comporter une part de désintéressent, mais on tire toujours un profit de l’amitié, comme le plaisir d’être ensemble

le sujet et l’objet dans des proportions variables

Intellectuel (volonté)

L’amitié est toujours assortie d’un certain degré de réciprocité. On ne peut être ami avec qui refuse cette amitié

 

 

LA CHARITE (Caritas, agph)

 

Définition

Consiste principalement en :

Effets sur le sujet charitable

Effets sur les autres

Remarque

Amour (surnaturel) d’amitié avec Dieu.

Aimer, premièrement et sans limite, Dieu ; deuxièmement, pour Lui, le prochain, même son ennemi (ce qui n’est pas possible dans l’ordre naturel, et ne peut s’entendre qu’au sens de vouloir son  vrai bien, c.-à-d. son salut ).

La joie, pure ou mélangée de tristesse (en raison des maux qui compromettent la béatitude)

La paix ( tranquillité de l’ordre qui s’instaure lorsque toutes les volontés sont tendues vers un amour commun qui est celui de Dieu

La miséricorde (seul moyen pour établir et maintenir la paix sociale)

L’aumône corporelle : subvenir aux besoins matériels du prochain.

L’aumône spirituelle : la prière, l’apport de la doctrine, les conseils, la consolation, la correction fraternelle, la remise des offenses. C’est le plus grand besoin du temps.

La charité est impossible à pratiquer sans la foi, qui implique l’humilité (s’oublier).

C’est déjà largement le cas de l’amour naturel de bienveillance.

La pratique de la charité exige la croix, acceptée et aimée.

 

 

LA SOLIDARITE (ou « partage » entendu comme contrefaçon de la charité)

 

Nature réelle

Intérêt à la pratiquer

Remarques

Dissolution des notions de bien et de mal. C’est l’égoïsme perfectionné. Détruit la raison humaine par le viol du principe de non-contradiction que cela impose.

Se valoriser aux yeux du monde (passer pour bon sans que cela coûte réellement). Se « déculpabiliser ». Mutualiser les conséquences de ses fautes. Donner pour mieux prendre.

Un grand mal du temps. Favorise le mal sous les apparences du bien. Le principe de l’organisation du monde sans amour véritable. On la suscite par la création ad hoc de dangers communs réels ou supposés (guerres, ovnis, la planète en danger, etc.) à défaut d’un amour commun fédérateur qui ne pourrait être que celui de Dieu, dont on ne veut pas.

 

 

Le concept de solidarité est à la base de nombreuses applications pratiques. Parmi elles, les nouvelles sociétés de bienfaisance, que l’on se permet encore parfois d’appeler « organisations caritatives », surtout lorsqu’elles sont obtenues par mutation à partir d’authentiques anciennes sociétés de charité. Hélas, il existe des gens vraiment bons qui viennent apporter la confusion en cautionnant par leur participation ces sociétés lorsqu’elles se disent catholiques. Faute de connaître la vraie religion. Ils raisonnent presque uniquement dans l’ordre naturel et sous l’effet de la sensibilité, que les dirigeants, qui eux savent ce qu’ils font, excellent à exacerber. Non qu’il ne faille venir en aide aux malheureux, évidemment. Mais en tant qu’ils le font sous la bannière d’organisations « de solidarité », même si elles se disent catholiques, objectivement, ils oeuvrent non pour la gloire de Dieu, mais pour s’en passer. Ils travaillent en fait en vue d’organiser la société de manière purement horizontale et « humaine » (en fait inhumaine : cf. URSS, Chine, etc.), on peut dire à l’avènement du communisme.

Il est d’ailleurs tout à fait typique de voir à quel point un abbé Pierre a été adulé, vanté, promu, par les personnages les plus anti-chrétiens du temps, maçons, trotskistes, etc.. Soyons certains que s’il avait vraiment travaillé Ad Maiorem Dei gloriam, il aurait été violemment combattu.

 

Il faut absolument mettre en garde, d’une manière générale, contre ce que l’on peut appeler la collaboration avec les infidèles, à laquelle les « prêtres » de la Nouvelle Religion appellent leurs ouailles. La Sainte  Écriture, comme le Magistère sont on ne peut plus clairs :

 

Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Car quelle société y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou, qu'a de commun la lumière avec les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l'infidèle ? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et des idoles ? Car nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu lui-même a dit : « J'habiterai au milieu d'eux et j'y marcherai ; je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple. » « C'est pourquoi sortez du milieu d'eux et séparez-vous, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce qui est impur et moi je vous accueillerai.  Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant. » (Co 6, 14-18).

 

[…] § III. - Erreurs du sillon sur la fraternité et la charité

 

133-1 : Les sillonnistes, nous venons de le voir, sont dans l'erreur en matière de liberté et d'égalité. Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l'amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d'humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

133-2 : Or, la doctrine catholique au sujet de la fraternité et de la charité envers le prochain nous enseigne que le premier devoir de cette charité n'est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel.

133-3 : Cette même doctrine catholique sur l'origine de la charité envers nos semblables nous enseigne aussi que la source de l'amour du prochain se trouve dans l'amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l'amour de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres au point que soulager un malheureux, c'est faire du bien à Jésus-Christ lui-même.

133-4 : Tout autres manières de concevoir l'amour du prochain est illusion ou sentiment stérile et passager.

133-5 : Certes, l'expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu'à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du coeur.

133-6 : Non, Vénérables Frères, il n'y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel.

133-7 : En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d'être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation.

133-8 : Comment donc, en séparant la fraternité de la charité chrétienne, la démocratie constituerait-elle un recul désastreux pour la civilisation?: Si l'on veut arriver - et nous le désirons de toute Notre âme - à la plus grande somme de bien être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la solidarité universelle, il faut l'union des esprits dans la vérité, l'union des volontés dans la morale, l'union des coeurs dans l'amour de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n'est réalisable que par la charité catholique, laquelle seule, par conséquent, peut conduire les peuples dans la marche du progrès, vers l'idéal de la civilisation. […] Saint Pie X, Lettre Encyclique sur le Sillon (1910, texte complet).

 

 

* Du bon usage par la Subversion des différents sens du mot « foi »

 

La foi au sens théologique orthodoxe du terme, la foi catholique, est quelque chose de très simple et de très précis. Le sens de ce mot est exprimé dans « l’acte de foi » : « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église ». La foi est donc quelque chose d’objectif qui peut faire l’objet d’une énumération exhaustive, celle des vérités à croire. Mais le mot « foi » possède d’autres sens, que l’on trouvera dans le dictionnaire, par exemple dans le Grand Robert. Naturellement, tous ces sens, bien que distincts, sont plus ou moins connexes, dérivant tous du mot latin fides. De plus, le sens théologique lui-même a été brouillé par le protestantisme, suivi en cela par le modernisme : pour le protestant, pour le moderniste, et même maintenant pour le commun des mortels, « avoir la foi » signifie plus ou moins « croire en Jésus », mais si on demande à celui qui en fait profession ce qu’il entend par là, on n’obtient pas de réponse, ou si on en obtient une, elle est très vague, n’implique peu ou pas de contrainte pour lui (celles qu’il accepte) et présente une grande variabilité d’un individu à l’autre[20]. Nous invitons le lecteur à en faire l’expérience en posant la question à son entourage. Si on ajoute à cela toutes les ressources de la sophistique classique[21] pouvant porter sur le terme en tant qu’il est employé dans un syllogisme, on voit que ce petit mot de trois lettres offre au truqueur une vaste étendue de possibilités.

Voici un exemple très récent qui montre ce qu’un professionnel peut en tirer. Lors de la visite du Patriarche Bartholomaios Ier au Vatican (Zenit du 06/03/2008), Benoît XVI a affirmé :

 

Nous partageons tous, orthodoxes et catholiques, cette foi dans la mort rédemptrice de Jésus sur la croix et l'espérance que le Christ ressuscité offre à la famille humaine.

 

 Cette phrase semble dire, et c’est cela que beaucoup comprendront, que les orthodoxes et les catholiques partagent la même foi, autrement-dit, qu’ils ont les uns comme les autres  purement et simplement (simpliciter) « la foi », et que, par conséquent, ils peuvent être sauvés indistinctement. La conclusion non dite étant : « Nous n’avons aucune raison d’être séparés, réconcilions-nous ».

Mais si on lit avec soin, on voit qu’en fait, dans la phrase « Nous partageons tous, orthodoxes et catholiques, cette foi dans la mort rédemptrice de Jésus sur la croix », le mot « foi » est pris dans un sens qui ne lui convient que sous un certain rapport (la croyance en la mort rédemptrice sur la croix), mais non simpliciter car cette foi ne s’étend pas à l’ensemble des vérités révélées par Dieu et enseignées par son Église comme l’affirme l’acte de foi. En effet, nous le savons, les orthodoxes ne croient pas à toutes les vérités enseignées par l’Église. C’est pourquoi ils n’ont pas la foi. Même s’ils croient à beaucoup de ces vérités, ils ne croient pas à toutes. Il suffirait d’ailleurs qu’ils en excluent une seule : on ne trie pas et on ne choisit pas dans les vérités à croire.

N’ayant pas la foi, ils ne peuvent avoir l’espérance, puisque cette espérance implique la foi : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité. […] A sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel. Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé. » (Symbole de saint Athanase).

Cette phrase de B. XVI est donc sophistique[22], le sophisme, étant un paralogisme destiné à tromper. Il est évident à tout homme qui n’a encore abdiqué sa raison que l’on peut « dialoguer » pendant des millénaires avec les orthodoxes et les autres hérétiques, jamais ce qui est faux deviendra vrai et réciproquement : Stat veritas. Seulement, ce que les œucuménistes espèrent, c’est qu’à force d’embrouilles de ce type, d’affaiblissement du sens logique inculqué par l’école et le règne de plus en plus pesant de l’amphibologie (cf. supra nos considérations sur l’école), la lassitude et le sentimentalisme développé par la fréquentation des œuvres de fiction, le troupeau finira par l’accepter.

 

 

 

III. Peut-on échapper à la manipulation et à la tromperie ?

 

Nous pensons que c’est en partie possible. Risquons-nous à donner quelques indications …

La première d’entre-elles, et qui conditionne les autres, consiste à ne pas trop s’attacher aux affaires de la cité terrestre, et même à s’en détacher le plus possible, car c’est en son sein que l’Adversaire pose ses pièges. C’est le conseil de Notre Seigneur Lui-même :

 

Car ce sont les Gentils qui recherchent toutes ces choses, et votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. (Mt 6, 33)

 

Celui qui ne cherche rien d’autre ici bas que les mérites nécessaires à son salut et qui connaît ses faiblesses n’offrira que peu de prise à l’Adversaire lorsque ce dernier cherchera à en prendre le contrôle en s’appuyant sur elles. Voici, en vrac et non exhaustivement, quelques-unes des méthodes couramment utilisées par les médias et qui s’appuient sur nos déficiences, dont la sensibilité à la flatterie n’est pas la moindre :

 

loquimini nobis placentia 

Dites-nous des choses agréables à entendre (Is 30, 10)[23]

 

 

* C’est pourquoi on assigne au téléspectateur, à l’auditeur, au lecteur et même au citoyen en général le rôle de témoin de moralité. Faire traiter M. X. de scélérat par M. Y., c’est, sans qu’il s’en rende compte, lui chuchoter doucement que lui n’en est pas un … Lorsque vous dites à quelqu’un : « je voudrais vous demander un conseil » et qu’il accède à votre requête - combien résistent ? ! - vous avez déjà barre sur lui …

 

* On exacerbe sa sensibilité en lui montrant des scènes horribles (tout en lui cachant bien sûr, celles, bien pires, qu’il convient de lui cacher). Hitler, qui s’y connaissait, conseillait à ses subordonnés de « s’adresser aux tripes » pour produire des actes réflexes et non pas à la raison, qui demande d’abord à essayer de comprendre ce qui se passe, vérifier, … C’est pourquoi :

 

* On ne donne jamais au citoyen le temps de réfléchir en l’entraînant sans cesse dans le mouvement, l’agitation, l’approximation rapide connue sous le doux nom d’« efficacité ».

 

* On l’embrouille par la technique « du fil de fer[24] », qu’il faut plier et replier dans tous les sens pour le faire céder. On multiplie les avis divergents sous couvert de libéralisme et d’objectivité. On lance l’opinion sur des fausses pistes variées. Le journal Le Monde est le champion toutes catégories de la méthode. Aux opinions qu’il propose, nos intellectuels ajoutent la leur, ce qui leur permet de se hisser à la cime de l’ignorance infatuée et de s’y maintenir à tout jamais (sauf intervention divine, toujours possible).

 

* De même, comme le remarque fort malicieusement Chesterton[25], on désigne les erreurs de logique qui consistent à oublier de prendre en compte une partie des données (souvent les plus importantes, comme l’être des choses) dans les raisonnements (« moi, je ne m’occupe pas de ça, restons concrets »), par une expression qui désigne habituellement une qualité : ce sont des manifestations du « sens pratique » de leurs auteurs !

 

* On présente les thèses qu’il convient de discréditer comme « simplistes », leurs auteurs comme des « partisans de la monocausalité », autrement dit comme des minus habens. Vu que le téléspectateur est intelligent, qu’il n’est pas, lui, « simpliste », il va attaquer ironiquement ces auteurs et leurs positions pour se valoriser, … alors même qu’il n’a pas consacré une seconde à étudier la question. Il faudrait ajouter le choix de mots, comme « complot », eux-mêmes porteurs de connotations dévalorisantes et destinés à être adoptés par les innombrables adeptes de la prière pharisaïque : « Je vous remercie, mon Dieu, de ne pas m’avoir fait comme ces débiles mentaux paranoïaques ».

 

* On compte sur l’étrange propension au mimétisme de la nature humaine, à l’instar de la nature angélique. Ce phénomène, qui fait que le désinformé devient lui-même désinformateur est accentué par le fait que, à nouveau, la vanité y trouve son compte : on se met en valeur en donnant une information (vraie ou fausse !) à quelqu’un qui ne la connaît pas et va s’empresser de la propager pour les mêmes raisons.

 

* Il est classique de clamer une chose et prendre discrètement toutes les dispositions pour que ce soit l’inverse qui se produise dans les faits, e.g. la constitution veterum sapientia promulguée par Jean XXIII en 1962 sur l’usage du latin dans l’Église ou les agissements occultes destinés à répandre l’usage des drogues dites douces, avant de les légaliser en arguant de l’état de fait.

 

* Parler d’une chose jusqu’alors « tabou », l’euthanasie par exemple, même de façon polémique (au travers d’un procès bruyamment répercuté par les médias par exemple), c’est déjà y habituer les esprits, provoquer un premier moment dialectique, qui ouvrira la porte au « débat », et, in fine, à sa légalisation.

 

* Dans le même ordre d’idées, on trouve le discours par prétérition : donner de facto tous les renseignements pratiques pour pousser à faire une chose que l’on clame ne devoir pas être faite. Ainsi du professeur de Taupe d’un grand Lycée parisien qui, en 1968, disait à ses élèves : « Je vous interdis de prendre part à la manifestation qui démarre à 18 H Place Saint Michel ». On peut compter sur la nature humaine déchue pour la suite …

Dans un autre Lycée (de province), des mains discrètes ont distribué aux élèves avec l’approbation tacite de la direction (qui en a financé l’impression) un petit livret censé mettre en garde les élèves contre l’usage des drogues. Entendons-nous bien, la drogue, ce n’est pas « mal » car le bien et le mal n’existent pas, l’homme libre est bien libre de faire ce qu’il veut, par exemple de consommer de la drogue. Non, on lui dit simplement que s’il le fait, il faut qu’il s’attende à telle ou telle conséquence : que s’il conduit il pourra provoquer un accident, etc. Mais, et c’est là où nous voulons en venir, pour que l’information soit complète on décrit avec précision les effets de chaque drogue, y-compris les pires. Ainsi peut-on lire textuellement à l’entrée « Héroïne » :

 

Issue de la morphine, qui est extraite de l’opium sécrété par les fruits de pavot.

Fine poudre blanche à jaunâtre pour la plus raffinée, aux granulés marron clair à roux voire rosées ou grisées. Sensible à l’humidité, l’héroïne dégage un forte odeur de vinaigre.

Origine : Thaïlande, Laos, Myanmar, Afghanistan, Iran, Pakistan.

Marché : toute la planète.

Effets : agit comme un anxiolytique puissant et un antidépresseur, engendre l’apaisement, l’euphorie, l’extase.

 

Et des autres (Cannabis-hash-schit, Ecstasy, cocaïne, crack, amphétamine, Lsd, l’alcool, le tabac) à l’avenant.

 

On pourra vraiment choisir en toute connaissance de cause.

 

 

IV. Peut-on parvenir  à une connaissance vraie ?

 

Oui, dans une certaine mesure. Voici la règle de base :

 

 « Lorsque qu’il s'agit de percer le mystère dont les fondateurs de la maçonnerie se sont enveloppés, une seule méthode est possible, une seule est scientifique, parce qu'elle est adéquate à l'objet de l'étude qu'on poursuit : c'est le raisonnement. Ce raisonnement doit être établi sur l'induction[26] et la déduction ; cette induction et cette déduction devant elles-mêmes reposer sur des faits positifs et hors de contestation. Une autre voie serait de chercher des documents. Mais s'il s'en produisait, on pourrait dire avec assurance que, dissimulation par essence, la secte les aurait fabriqués tout exprès pour tromper et dérouter les chercheurs. »[27]

 

Ajoutons quelques données permettant d’employer cette règle :

 

* Ne jamais oublier que la totalité des médias généralistes ou spécialisés est sous contrôle depuis des lustres. Quand aux médias catholiques, ils ont évidemment fait l’objet d’un traitement adapté :

 

Pourquoi, quand « La Croix » aura le monopole incontesté de la direction des catholiques, ne nous en emparerions-nous pas, avec le concours des Juifs, des Protestants et du gouvernement, en achetant les actions ? On balayerait alors toute la rédaction cléricale pour en substituer une de libres-penseurs malins qui conserveraient d'abord le ton de la maison, puis le changeraient peu à peu. Faire évoluer un journal sans que les lecteurs s'en doutent, comme un fabriquant de chocolat change son cacao, c'est l'enfance de l'art. (Revue maçonnique L'Acacia, mars 1908, p.235. Citée par J. Ousset in Pour qu'Il règne, CLC, Paris, 1959, p.264).

 

Nous étions en 1908. Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts du Tibre… Aujourd’hui il, par exemple, le quotidien des chrétiens-qui-ont-l’esprit-large se verra assigné la tâche de faire accepter à ceux de ses lecteurs chez qui il pourrait exister des traces d’intégrisme, rémanence d’un passé révolu, la banalisation du dimanche, jour abhorré des pharisiens s’il en est. La technique du pied dans la porte, la flatterie subliminale de « l’ouverture » et la technique de la suggestion par prétérition sont là pour cela : oui pour l’ouverture des commerces le dimanche matin, mais … attention, uniquement de ceux dits « de proximité » et pour mieux faire respecter la fermeture le dimanche après-midi !!! Ouf ! (Cf. La Croix du vendredi 22 février 2008). 

 

La probabilité pratique pour qu’une « vraie vérité » soit diffusée par ces mêmes médias est quasi-nulle. Certains rétorqueront que ce n’est pas le cas de quelques périodiques de faible diffusion, fonctionnant par abonnement et nettement marqués « à droite ». Qu’ils sachent qu’ils se trompent. Toutes ces publications ne sont pas « sous contrôle », mais elles contiennent des articles nuisibles rédigés par des libéraux, mêlés à la masse des autres, d’apparence plus ou moins orthodoxes : il n’est de tromperie sans une part de vérité. De plus, ils s’adressent surtout à un public fortement tendu vers les affaires du monde, et qui voudrait - c’est son premier souci - qu’elles leur soient plus favorables : la baisse des impôts avant le retour à la vraie messe.  Ces médias maintiennent donc chez leurs lecteurs, en dépit de quelques articles de qualité accidentels, l’esprit du monde. En cela, ils ne sont pas contre-révolutionnaires, mais révolutionnaires (même s’ils sont « de droite »).

 

* Néanmoins, on peut déduire des vérités de toute information - vraie ou fausse -  diffusée par les médias. Comment ? En distinguant l’information[28], qui est la matière de ce qui est dit et qui peut être faux, du fait - certain, lui -, que l’on veut nous faire croire cette chose.

 

* La plupart des informations que les médias déversent sont inutiles avant même d’être nuisibles. Il suffit donc de consacrer peu de temps à leur écoute ou lecture, un peu de pratique permettant d’extraire rapidement ce qu’il y a à retenir. Il est alors de la plus haute importance de consacrer le temps ainsi libéré à l’étude de fond dans le silence de son bureau : c’est en étudiant les livres des maîtres, notamment ceux recommandés sur le présent site, et non pas en restant l’œil rivé sur son téléviseur ou même son magazine « de droite » que l’on peut comprendre un peu ce qui se déroule sous nos yeux. En effet, comme le voleur commence par déconnecter l’alarme avant de cambrioler la bijouterie, les corrupteurs ont neutralisé l’intelligence humaine en persuadant les hommes qu’ils ne sont pas capables de saisir le réel (Descartes, Kant) et leur ont inculqué l’erreur de l’idéalisme, si valorisante pour l’ego. La place n’étant plus défendue par le réalisme - conforme à l’esprit humain -, la gnose, peut y faire son entrée, suivie de tous ses analogués secondaires. Ainsi, au lieu de se perdre avec la TV et les autres médias, il bien préférable, d’utiliser son temps libre à étudier la véritable philosophie, qui vaut pour toutes les époques et donc pour la nôtre.

 

* L’information - ou la désinformation, au choix ! - connaît des pics, des accès de fièvre, qu’il faut savoir déceler pour augmenter encore sa suspicion. On peut dire que dans certaines circonstances (attentats sanglants, guerres, atrocités diverses, …) les maîtres de l’antenne parviennent à créer une véritable psychose collective qui dépossède totalement les populations de leurs moyens de défense intellectuels. Ajoutons que cette psychose a le plus souvent pour objectif de réaliser un contre-feu destiné à masquer une action qui passe totalement inaperçue aux yeux du public.

 

* Il ne s’agit d’ailleurs pas tant d’apporter une connaissance - vraie ou fausse - que de conformer la pensée du cher lecteur ou du cher « téléspectateur ». Goebbels, qui s’y connaissait lui aussi, affirmait : « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose mais pour produire un certain effet ». On peut être assuré qu’après avoir lu assidûment Le Monde pendant quelques décennies, même en en contestant les trois quarts (ce qui du reste est prévu et même souhaité, dialectique oblige) quiconque est, ipso facto, parfaitement conformé selon les attentes des wire-pullers : il a acquis un sentiment de supériorité apitoyée vis-à-vis de la masse, la condescendance de celui « qui sait », notamment qu’« il n’y a pas de vérité », un esprit polémique qui juge de tout selon ses propres vues, l’« ouverture », la haine « du dogme », i.e. de toute immutabilité et de toute hétéronomie (donc de Dieu, invention à l’usage des faibles, ce que lui n’est pas), et par suite de la vraie religion qui rappelle à l’homme les vérités éternelles et sa totale dépendance, notamment de fin. L’affidé au Monde s’intéresse cependant - superficiellement -  au « phénomène religieux », comportement bizarre du vulgus sous l’effet de « ses croyances » pour acquérir matière à prière pharisaïque (plaindre ces pauvres arriérés, se lamenter du danger que font courir les fanatiques au monde libre, etc.). Il est bien loin de penser qu’en réalité il est sous contrôle, tenu qu’il est par le court licol de la vanité. Pour lui, la fin des actes humains - s’ils en ont une ! - réside dans l’homme lui-même, précisément dans chaque individu, qui doit « se réaliser », « s’épanouir », après « s’être construit ». Pour parfaire le tout, il aura été complètement carnalisé[29], avide de gains (ce qui n’exclut pas la critique des « riches », i.e. des plus riches que lui) et de satisfactions sensibles de tous ordres grâce aux nombreuses chroniques sur la Bourse et les placements financiers, la gastronomie, sans oublier le sexe évidemment : on est ouvert ou on ne l’est pas !

Tentez-vous de discuter, faits à l’appui, avec un tel affidé ? C’est peine perdue : les réalités vérifiables que vous exciperez seront ravalées au niveau de « clés de lecture » auxquelles votre contradicteur opposera les siennes, non moins légitimes à ses yeux.

 

On a coutume de parler aussi d’un « message » et d’un « code » selon lequel déchiffrer ce message. La notion de « lecture » a supplanté celle de connaissance de la chose, substituant la pluralité possible de lectures à la force contraignante de la connaissance univoque. Un message identique peut être lu (dit-on) selon des clés différentes en sorte que s’il est orthodoxe, il peut être déchiffré selon la clé hétérodoxe, et s’il est hétérodoxe, il peut être déchiffré selon la clé orthodoxe

 

constate amèrement Romano Amério dans Iota unum (Nouvelles Éditions Latines, 1987).

 

En vérité, notre distingué lecteur aura été totalement aliéné, mis sous contrôle à son insu, emmené par la barbichette là où la Révolution voulait l’emmener. Pour quel moyen ? Toujours le même, celui qui est exposé dans Le corbeau et le renard,  ou encore en Gn 3, la flatterie, une flatterie adaptée à son profil d’orgueilleux à prétentions intellectuelles.

 

* Last, but not least, ne pas oublier dans la réception des horreurs relatées par les médias qu’il est archaïque de commettre soi-même quelque atrocité et de l’imputer à l’ennemi. Il est de loin préférable de la faire perpétrer par l’ennemi lui-même : la nature humaine déchue possède les ressources nécessaires !

L’hebdomadaire Marianne[30], qui en connaît un rayon sur le sujet, honore ses lecteurs d’une leçon d’Art Royal : « Le propre du parti terroriste est de fabriquer des monstres pour mieux les liquider ensuite. » Pour parvenir à ce résultat, on peut procéder de deux façons : sélectionner et développer, notamment en le finançant, un individu ou un mouvement possédant les caractéristiques requises ou encore augmenter la probabilité pour que de tels groupes ou individus émergent spontanément par une excitation médiatique adaptée de large diffusion. Les manipulateurs ont alors beau jeu de venir « libérer » les populations qui en sont victimes et de clouer au pilori les nigauds qui tomberont dans les chausse-trappes placés tout à côté, mais à côté, de la réalité.

 

Puisse le lecteur, pour échapper à ce piège cruel, méditer ce verset du psaume 42° : ab homine iniquo et doloso erue me, et bien comprendre que cet homme inique et pervers dont le psalmiste demande au Seigneur d’être délivré, n’est pas uniquement l’ennemi extérieur, mais aussi, et avant tout, l’ennemi intérieur, sans la collaboration duquel le premier serait impuissant. 

 

 

 

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