Marcel de Corte, « De la Dissociété »

Editions Rémi Perrin.

 

Extraits :

 

p. 22 et 23 :

 

« […] La personne ne pourrait jamais par elle-même entrer en relation réelle, profonde, ontologique, avec la personne du prochain sans la grâce dispensée par l’unique Médiateur : c’est d’abord parce qu’elle communie avec la prochain en qui Dieu est présent, comme il est présent en elle-même, et que son être et celui du prochain se rejoignent ainsi en Dieu. Nous ne pouvons surnaturellement aimer notre prochain que si nous aimons Dieu et que si Dieu nous aime. Du moi au toi l’abîme est infranchissable si Dieu lui-même ne vient le combler. C’est le sens exact du commandement : « Tu aimera ton prochain comme toi-même ». Aimer surnaturellement le prochain, c’est aimer sa relation surnaturelle à Dieu qui le constitue et c’est l’aimer du coup comme soi-même dont l’être est relié surnaturellement à Dieu. […] »

 

 

p. 70 et 71 :

 

« […] Il n'y a plus d'ordre du clergé, mais il est remplacé par sa parodie : l'intelligentia contemporaine pour laquelle la vérité n'est pas dans la correspondance de la pensée au réel, moins invisible, mais dans la conformité de la pensée avec elle-même et avec sa pure subjectivité. Cette classe aspire à la domination de la planète par la manipulation des esprits affaiblis par leur déracinement hors du terreau social qui les nourrissait et maintenus en une sorte de caricature de vie grâce au martèlement des recyclages scolaires et des mass-media. « Nous savons provoquer les conditions qui amèneront beaucoup d'individus, écrit Carl Rogers, à déclarer vraies des informations contraires au témoignage de leur sens et, par des méthodes sélectives, former un groupe de gens qui céderont à ces pressions conformistes. Nous savons modifier dans une direction déterminée les opinions d'un individu sans que celui-ci se doute jamais des stimuli qui ont provoqué ce changement ». Ce n'est pas seulement la littérature qui a recueilli l'héritage de la religion, ce n'est pas seulement l'écrivain qui est devenu prêtre, comme le pensait à la fin de la première guerre mondiale Jean Rivière, c'est l'ensemble même de tous ceux qui écrivent, parlent, utilisent les différents langages humains : poètes, romanciers, journalistes, savants, hommes de lettres, artistes divers, speakers, cinéastes, télémonteurs, etc... acharnés à détruire le passé et à construire prétendument l'avenir, selon la prophétie de Hugo:

 

Toute l'ancienne histoire, affreuse et déformée,

 sur l'horizon désert fuit comme une fumée

 Les temps sont venus..

 

Et qui ajoute: « L’idéal moderne a son type dans l'art et son moyen dans la science. C'est par la science que se réalisera l'oeuvre auguste des poètes. On refera l’Éden par A + B ». Ce nouveau clergé ne se charge plus de relier les hommes à la Transcendance, mais à leur propre immanence envahie par les constructions utopiques de l'imagination. Il les mène alors aveuglément là où veulent les mener ses maîtres. […] »

 

Retour à la page d’accueil