GALILEE : la légende et la vérité
"La gloire de Galilée repose surtout sur des
découvertes qu’il n’a jamais faites et sur des exploits qu’il n’a jamais
accomplis. Contrairement aux affirmations de nombreux manuels, même récents,
d’histoire des sciences, Galilée n’a pas inventé le télescope. Ni le
microscope. Ni le thermomètre. Ni l’horloge à balancier. Il n’a pas découvert
la loi d’inertie ; ni les taches du soleil. Il n’a apporté aucune contribution à
l’astronomie théorique. Il n’a pas laissé tomber de poids du haut de la tour de
Pise ; et il n’a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n’a pas été
torturé par l’Inquisition, ni excommunié, il n’a pas dit "Eppur si
muove" ; il n’a pas été un martyr de la science."
Arthur Koestler, Prix Nobel, in « Les
somnanbules »(1963)
I –
L’héliocentrisme : un débat scientifique... jusqu’à Galilée.
Au IIIe siècle av. J.C., Aristarque de Samos
propose dans ses grandes lignes le système héliocentrique : la terre et les
autres planètes tournent autour du soleil, la terre tourne également sur
elle-même et l’inclinaison de son axe est à l’origine des saisons.
C’est cependant Ptolémée (IIe siècle ap. J.C.)
et le système géocentrique qui s’imposent très largement jusqu’au XVIIe
siècle. La terre, immobile, est physiquement le centre du monde ; les planètes,
y compris le soleil, tournent autour d’elle en décrivant des
« épicycles » et des « excentriques ». Pour tenir compte
des observations astronomiques qui se font de plus en plus précises, le système
gagne en complexité au cours des siècles. A l’époque de Galilée, le mouvement
de la terre est encore décrit au quart de degré près, ce qui rend la théorie
géocentrique toujours très crédible mais non infaillible.
Ainsi au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin, en
avance de trois siècles sur Copernic, écrit : "En astronomie, on pose
l’hypothèse des épicycles et des excentriques, parce que, cette hypothèse faite,
les apparences sensibles des mouvements célestes peuvent être sauvegardées ;
mais ce n’est pas une raison suffisamment probante, car elles pourraient être
sauvegardées par une autre hypothèse".
Copernic (1473-1543), chanoine polonais, est très connu
pour son ouvrage De revolutionibus orbium coeslestium. Sans être
l’initiateur de la théorie héliocentrique, il la perfectionne par des arguments
scientifiques, tout en réfutant le géocentrisme. Toutefois, Copernic n’apporte
pas de preuve véritable à sa théorie, encore très imparfaite, et ses idées ont
du mal à s’imposer. Mais elles soulèvent un grand intérêt et sont accueillies
favorablement par l’Église catholique : ainsi le cardinal Schoenberg incite
Copernic à écrire son ouvrage, paru en 1543. Le pape Paul III en accepte la
dédicace.
Il faut ensuite rendre justice à Johan Kepler
(1571-1630). Vrai scientifique, il fera toujours preuve, dans ses calculs, de
cette rigueur dont manqua Galilée. Il établit, à la suite des remarquables
observations de Tycho Brahé (1546-1601), les fondements de la mécanique
céleste, condensés dans les trois fameuses lois qui portent son nom et sont
encore exactes aujourd’hui:
- "Chaque planète se meut autour du soleil dans une orbite plane et le rayon vecteur mené du soleil à la planète décrit des aires égales en des temps égaux." (1609)
- "La courbe décrite par chaque planète est une
ellipse dont le soleil occupe l’un des foyers." (1609)
- "Les carrés des temps des révolutions des planètes sont
entre eux comme les cubes de leurs distances moyennes au soleil." (1618)
Il formule le premier la loi photométrique ; il précise le
concept de force à distance et l’applique correctement pour expliquer le
phénomène des marées. Il pressent la loi de gravitation universelle et ouvre
ainsi la voie à Halley, Hooke et Newton.
Galilée ignore volontairement et discrédite l’œuvre de
Kepler, qui "ne vaut même pas un pour cent de mes pensées". Moyennant
quoi, Galilée occupe, dans l’esprit de nombreux scientifiques, la place
d’honneur qui n’est due qu’à Kepler.
Remarquons bien qu’avec Kepler et Newton, la théorie du
double mouvement de la terre devient hautement probable, mais non absolument
certaine. Les preuves expérimentales directes, et donc irréfutables, n’arrivent
que plus tard. En 1721, Bradley met en évidence le phénomène appelé
"aberration des étoiles fixes", qui prouve la rotation de la terre
autour du soleil. Et en 1851, Foucault montre avec son célèbre pendule
que la terre tourne bien sur elle-même.
Nous allons voir que Galilée n’apportait, quant à lui, aucune preuve décisive en faveur de ses idées.
II - Qui est réellement Galilée ?
Galilée a participé à l’édification de la mécanique et de
l’astronomie, mais la légende a largement exagéré sa contribution. Il est loin
de mériter le titre de "fonda" que lui décernait Jean-Paul II en
1979. Son apport fut essentiellement expérimental.
En astronomie, il observe plus précisément la surface de la lune, les taches du soleil, les phases de Vénus. Il découvre les satellites de Jupiter et plusieurs étoiles de la Voie lactée.
En mécanique, il est l’un des premiers à utiliser la
méthode expérimentale. Par exemple, il ne se pose pas la question de savoir
pourquoi les corps tombent, mais comment ils tombent, et il recourt à
l’expérience pour vérifier ses hypothèses.
On nous présente habituellement Galilée comme un génial
héros de la science, persécuté par l’Église mais, en vérité, la correspondance
et les ouvrages de Galilée témoignent objectivement d’un esprit frondeur et
orgueilleux, souvent éloigné du véritable esprit scientifique.
Galilée,
un scientifique de mauvaise foi ?
On aurait aimé qu’il applique sa méthode expérimentale et
qu’il confronte ses convictions cosmographiques aux minutieuses observations de
Tycho-Brahé montrant en particulier que les trajectoires des corps célestes ne
sont pas des cercles. Mais notre homme tint mordicus toute sa vie au vieux
postulat aristotélicien selon lequel les corps célestes étant parfaits, ils ne
peuvent avoir qu’une trajectoire circulaire. Ce qui lui fit nier l’existence
des comètes, décrites pourtant par Tycho-Brahé et, à sa suite, par le père
Grassi (trois comètes observées en 1618). Galilée n’y vit, lui, que des
"prétendues observations", des "fausses planètes à Tycho",
allant jusqu’à affirmer qu’il s’agissait de simples phénomènes météorologiques
! (Il Saggiatore, 1623).
Galilée,
un scientifique sans scrupules ?
Galilée s’attribua la découverte des taches solaires. Or
ces taches avaient été observées à l’œil nu dès le IVe siècle av.
J.C., et à la lunette par Scheiner en 1611, soit deux ans avant Galilée. Au
père Grassi qui s’insurgeait contre cette falsification, il n’hésita pas à
écrire : "Vous n’y pouvez rien, Monsieur Grassi, il a été donné à moi seul
de découvrir tous les nouveaux phénomènes du ciel et rien aux autres. Telle est
la vérité que ni la malice ni l’envie ne peuvent étouffer" (Il
Saggiatore). D’ailleurs avec le Dialogue (1632), il régla
définitivement leur compte à ses adversaires : "ceux-ci sont des pygmées
mentaux", des "idiots stupides", "à peine dignes du nom
d’êtres humains" !
III - Le premier procès (1616).
Galileo Galilei naît à Pise en 1564. Il y enseigne les
mathématiques de 1589 à 1592, puis à Padoue de 1592 à 1610, avec en outre l’astronomie
et en particulier le système de Ptolémée. Mais pendant cette période, il passe
aux idées coperniciennes, peut-être sous l’influence d’astronomes comme
Wurteisen ou Mästlin, le maître de Kepler. En 1609, s’étant fait construire une
lunette astronomique, dont l’invention était récente (fin du XVIe en
Hollande), il réalise les nombreuses observations que nous avons déjà évoquées,
et les rassemble dans Sidereus Nuncius qui paraît en 1610. Ce livre
reçoit un accueil chaleureux et le rend célèbre. Il se rend à Rome en mars 1611
où plusieurs prélats se font expliquer ses résultats. Encouragé par ses
découvertes et sa célébrité, Galilée n’hésite pas à les désigner comme des
preuves de la théorie copernicienne.
Le débat ne tarde pas à s’animer, car il a en face de lui
les partisans inconditionnels d’Aristote, les péripatéticiens, très puissants
dans les universités.
Méconnaissant les principes formulés par saint Augustin et
saint Thomas d’Aquin, les péripatéticiens avaient fini par considérer - à tort -
que la physique d’Aristote, sa philosophie et la théologie formaient un tout, à
tel point que les passages de la Bible concernant les phénomènes de la nature
devaient s’interpréter selon la physique d’Aristote et le système de Ptolémée.
Or Galilée, par ses expériences sur la chute des corps et ses observations sur
l’irrégularité de la surface lunaire, avait ouvert une première brèche dans la
physique du Maître ; et voilà qu’il militait avec grand fracas pour les idées
coperniciennes.
Les hostilités sont déclarées dès la fin de 1611 par les
péripatéticiens. On accuse Galilée de se mettre en contradiction avec la Sainte
Écriture. Par là-même, on fait glisser le débat du terrain scientifique (quel
système, celui de Ptolémée ou celui de Copernic s’accorde le mieux avec
l’expérience ?), au terrain exégétique (quelle est l’interprétation à donner
aux passages de la Bible ayant trait à la constitution de l’univers ?). Entre
autres, le chapitre X du Livre de Josué laisse à penser que la terre est
immobile et que le soleil tourne autour.
Mais la Bible n’est pas un livre scientifique : pour ce qui
concerne les phénomènes de la nature et l’agencement de l’univers, l’Écriture
Sainte s’exprime selon le langage usité de l’époque, comme tout le monde en
parle, c’est-à-dire d’après les apparences
Nous pouvons remarquer que, même actuellement, à l’heure
des sondes interplanétaires, les plus grands savants parlent de lever et de
coucher du soleil, sans s’encombrer de considération scientifique ! La Bible
est écrite selon ce mode pour les expressions touchant les phénomènes de la
nature ; elle n’a pas la rigueur d’un ouvrage scientifique et elle ne juge ni
ne préjuge de ces questions.
Mais en exégèse, si les textes peuvent revêtir un sens
littéral, également appelé historique, ou être pris au sens métaphorique, on
doit s’en tenir au premier sens tant qu’il n’y a pas de raison suffisante pour
les entendre au deuxième sens. A l’époque de Galilée, l’interprétation au sens
propre de passages comme celui du livre de Josué semblait très naturelle et en
accord avec les données du temps. Le système de Ptolémée était encore très
performant (précision au quart de degré près des positions des astres), et le
système de Copernic non suffisamment prouvé. L’Église n’avait donc aucune bonne
raison de passer au sens imagé.
Galilée fait plus que rentrer dans le jeu des
péripatéticiens, qui mêlent théorie scientifique et exégèse : malgré les
conseils de ses amis qui l’invitent à s’en tenir au seul débat scientifique, il
mène une campagne active en faveur de ses idées et de son interprétation de la
Bible, avec le manque de modération qui le caractérise.
Le débat s’échauffe, et début 1616, le carme Foscarini et
l’augustin Zunica publient coup sur coup deux écrits cherchant à prouver le
système héliocentrique par la Bible. Quant à Galilée, il somme l’Église de se
prononcer sur la question.
Devant la confusion des idées, la Congrégation du
Saint-Office intervient dès février 1616 : le système de Copernic est-il
suffisamment prouvé pour qu’il faille abandonner le sens littéral de certains
passages et passer au sens imagé ? Aussi les juges se penchent-ils sur les
preuves fournies par Galilée en faveur du mouvement de la terre. Celui-ci vient
justement de rédiger en janvier 1616 un petit traité sur la question, où il
expose ses arguments.
Selon lui, le phénomène des marées résulte de la
composition de la rotation de la terre sur elle-même et de sa rotation autour
du soleil. Mais si tel était le cas, on n’observerait qu’une marée complète par
jour, alors qu’en réalité il y en a deux ! En outre la théorie de Galilée est
en retrait sur le savoir de l’époque : les marées sont dues à l’action combinée
du soleil et de la lune. Bède le Vénérable et après lui Kepler l’ont fort bien
expliqué. Aussi Galilée ne convainc personne et la conclusion du procès va de
soi : le système copernicien n’étant pas prouvé, il n’y a aucune raison de
passer au sens métaphorique dans l’interprétation des passages de la Bible
concernés. Le faire serait bien imprudent, à la fois sur le plan scientifique
et sur le plan exégétique. Pour cette raison, le Saint-Office met le De
revolutionibus de Copernic à l’Index jusqu’à correction.
Notons que Galilée n’est pas cité.
Simplement, le cardinal Bellarmin le convoque fin février
et lui demande par un monitum (avertissement) de ne plus présenter ou
enseigner la théorie copernicienne que sous la forme d’une hypothèse. Galilée
accepte et retourne à Florence pour continuer ses travaux, non sans avoir été
reçu avec bienveillance par le pape Paul V. Celui-ci l’assure de sa protection,
et lui fait délivrer en mai 1616 une attestation pour démentir les méchantes
rumeurs que font courir sur lui les péripatéticiens, dépités qu’il n’y ait pas
eu une condamnation personnelle de Galilée. En 1620, ce même pape autorise à
nouveau la lecture du De revolutionibus, les corrections - minimes - une
fois faites.
IV - Du premier au second procès (1616-1633).
Les choses en restent là jusqu’à l’accession du cardinal
Maffeo Barberini au Souverain Pontificat sous le nom d’Urbain VIII, en août
1623. C’est un admirateur de Galilée. En 1611, le cardinal Barberini a
accueilli Galilée à Rome pour se faire expliquer ses découvertes et, en 1613,
l’a encouragé à écrire sa Lettre concernant les taches solaires,
laquelle présente favorablement le mouvement de la terre. En 1620, donc après
le procès de 1616, il compose même une ode en faveur de Galilée L’Adulatio
Perniciosa. En octobre 1623, pape depuis quelques semaines il accepte la
dédicace de Il Saggiatore.
Nous avons encore le témoignage de Galilée sur une entrevue
avec Urbain VIII en 1624 : "Sa Sainteté m’a accordé de très grands
honneurs, et j’ai eu avec elle, jusqu’à six fois, de longues conversations.
Hier, elle m’a promis une pension pour mon fils ; trois jours auparavant,
j’avais reçu en présent un beau tableau, deux médailles, une d’or et une
d’argent." Urbain VIII est probablement favorable aux idées
coperniciennes, mais contrairement à Galilée, son attitude reste scientifique ;
et il demandera toujours qu’en attendant de véritables preuves, on ne parle du
mouvement de la terre qu’en terme d’hypothèse.
Galilée voit dans ce nouveau pape l’occasion rêvée de faire
progresser ses idées et lever l’interdiction de 1616. Il commence dès 1624 un
ouvrage de fond sur les divers systèmes astronomiques et y travaille pendant
six ans. Ce sera le couronnement et le triomphe de ses idées, aussi
cherche-t-il à obtenir l’imprimatur (bien que ce ne soit pas nécessaire
pour les ouvrages scientifiques), en vue de couper court à toute attaque de ses
adversaires, puisque son ouvrage aurait l’aval du Pape. Notre savant arrive à
Rome en mai 1630. Il y présente son Dialogue sur le flux et le reflux de la
mer à Urbain VIII, lequel approuve le projet de Galilée mais lui conseille
sagement de présenter les différents systèmes astronomiques comme des
hypothèses, conformément au monitum de 1616, et de changer le titre
initial.
En effet, Galilée ne démord pas de sa fausse théorie sur
les marées. Le pape, qui estime Galilée, ne souhaite pas qu’il fasse figurer
dans son livre des arguments aussi peu convaincants. L’entêté Galilée ne
tiendra pas compte de cet avis mais change néanmoins le titre initial pour Dialogue
sur les deux principaux systèmes du monde : de Ptolémée et de Copernic.
Ce qu’Urbain VIII ne sait pas encore, c’est que le Dialogue
est un plaidoyer appuyé de la théorie copernicienne. Dans ce livre, trois
personnages discutent sur la physique d’Aristote, le système de Ptolémée et
celui de Copernic... ainsi que sur la théorie des marées. Galilée se devine
sous les traits de Salviati, académicien des Lincéi, où l’on militait contre
l’enseignement d’Aristote. Galilée en était depuis 1611. Le deuxième, Sagredo,
est ouvert et favorable aux idées de Salviati. Le troisième, Simplicio, est
caricatural : il représente les adversaires de Galilée. Comme son nom
l’indique, c’est un simplet qui multiplie les questions idiotes. Plus d’un
remarquera que Galilée place dans la bouche de Simplicio les arguments mêmes du
Pape concernant le manque de preuve du système de Copernic.
En outre, le livre est écrit en italien pour toucher un
large public et non plus seulement les spécialistes (le latin était la langue
scientifique). Obtenir l’autorisation pour un ouvrage contrevenant à l’ordre de
1616, et plus polémique que scientifique, relevait de la gageure. Mais Galilée
réussit à déjouer la vigilance de Mgr Riccardi, Maître du Sacré Palais et
chargé d’examiner le Dialogue : celui-ci n’a connaissance que de la
préface et de la conclusion où l’astronome ne dévoile pas ses intentions
véritables ! Le mathématicien Charles commentera fort justement : quelque grand
que fût son but, il y marchait par des sentiers tortueux et indignes.
"Lisez la préface de son Dialogue : il s’y déguise jusqu’à se
prétendre ennemi de Copernic." L’autorisation est délivrée en juillet
1631, et le livre parait en février 1632. Dès le premier coup d’oeil, chacun
peut voir que les ordres de 1616 ont été transgressés. "Je l’ai traité
mieux qu’il ne m’a traité, car il m’a trompé" confie Urbain VIII à Niccolini,
ambassadeur de Toscane au Vatican et protecteur de Galilée. Le Pape peut
accepter de voir tourner en dérision les propres arguments qu’il a opposés à
Galilée par l’intermédiaire de Simplicio, mais ce qu’il ne peut pas laisser
passer, c’est le manque de probité dont Galilée a fait preuve pour autoriser
son ouvrage, ajouté à la transgression du monitum de Bellarmin.
Une troisième raison le pousse à agir rapidement :
longtemps attendu, car Galilée est un personnage "médiatique", le Dialogue
a été dès sa parution un succès et a déchaîné la fureur de ses adversaires.
L’Église avait réussi, par les mesures prises en 1616, à calmer le débat
cosmographique et à le rétablir dans ses limites scientifiques, et voilà qu’il
reprend avec encore plus de polémique par la témérité de Galilée. En outre, la
confusion entre science et exégèse, entretenue dans l’ouvrage et dangereuse
pour la foi, nécessite une mise au point plus sévère qu’en 1616. Pourtant là
encore, Urbain VIII se montre bienveillant et confie à une commission de
théologiens la mission d’examiner le Dialogue, avec l’espoir d’éviter à
Galilée de comparaître devant le Saint-Office. Tel n’est pas l’avis de la
commission : Galilée est allé trop loin et doit passer en procès.
V - Le procès de 1633.
Après avoir vainement essayé de fléchir le Saint-Office,
Galilée arrive à Rome en février 1633. Il y subit quatre interrogatoires entre
avril et juin.
Si Galilée avait reconnu devant ses juges les faits qui lui
étaient reprochés, les choses en seraient restées là. Comme celui de Copernic,
son livre aurait été mis temporairement à l’Index, jusqu’à correction. Mais au
contraire, Galilée tient tête et étonne ses juges par sa mauvaise foi : il
soutient, sous serment, qu’il ne croit pas à la théorie copernicienne, dont il
prouve la fausseté dans le Dialogue ! Il s’en tient à ces protestations durant
tout le procès, et même devant le Pape qui préside la dernière séance, le 16
juin. L’évidente tromperie de Galilée ne dupe pas ses juges. Ceux-ci rendent le
jugement le 22 juin. Les deux griefs retenus sont la transgression de l’ordre
de 1616, et l’obtention de l’autorisation de diffuser son ouvrage par
tromperie. Ce qui vaut à notre homme la récitation des psaumes de la pénitence
une fois par semaine pendant trois ans, la détention en prison à la discrétion
du Saint-Office, l’abjuration solennelle de ses erreurs, et l’interdiction du Dialogue
qui sera mis à l’Index en août 1634.
Cependant la mansuétude du Pape à l’égard de Galilée ne faiblit
pas. Dès son arrivée à Rome pour le procès, Galilée bénéficie de conditions
matérielles confortables et demeure chez son ami Niccolini à l’ambassade de
Toscane, alors qu’il aurait dû séjourner dans une prison du Saint-Office comme
tout accusé. Il est autorisé à faire réciter les psaumes de la pénitence par sa
fille, religieuse carmélite. Il n’ira jamais en prison, car Urbain VIII lui
permet de retourner dans le palais de Niccolini, puis à Sienne dans celui de
l’archevêque Piccolimini, autre ami dévoué. A la fin de 1633, Galilée obtient
la permission de se retirer dans sa villa d’Arcetri, près de Florence. Il y
passe les dernières années de sa vie, très entouré, recevant ses disciples et
ses amis, et continuant ses travaux de mathématiques jusqu’à sa mort en 1642.
Quant à l’acte d’abjuration, Galilée ne le lit et signe qu’en présence de ses juges, pour ne pas réjouir ses ennemis. Il y déclare détester ses erreurs et ne pas croire à la théorie copernicienne : c’était somme toute ce qu’il n’a jamais cessé de dire à ses juges au cours du procès. La légende a monté de toutes pièces l’épilogue du procès où Galilée, aussitôt après la signature de l’acte d’abjuration, tape du pied et s’écrie : "Eppur si muove !" Galilée ne pouvait pas agir de la sorte sans aggraver son cas et ses sanctions.
Bibliographie non exhaustive :
- Arthur Koestler, Les
Somnambules, Calmann-Lévy, 1961, même si cet ouvrage apporte des
informations intéressantes sur la question de Galilée, nous émettons néanmoins
de graves réserves à son sujet.
- Philippe Decourt, Les Vérités
indésirables, Archives Internationales Claude Bernard - 1989.
-
Jacques Lermigeaux, Revue L’Écritoire n° 3, 4 et 5, 1991.
Source :
DICI. (Agence de presse de la FSSPX)