UNE TENTATIVE DE DEFINITION DE LA GNOSE

 

Si on recherche une parenté existant entre les erreurs graves qui ont couru et qui courent parmi les hommes, erreurs contraires à la loi naturelle ou à la doctrine catholique, on constate que pour nombre d’entre elles cette parenté existe . On constate que ces erreurs ont en commun des sources, des résurgences, des caractères, des relents, des réseaux et des moyens de propagation.

Est-ce si étonnant que cela ? Les erreurs humaines fondamentales ne seraient-elles pas un écho de l’usurpation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Ne seraient-elles pas une réalisation analogue de cette tentative de conquête : la conquête d’une science antérieure à la distinction du bien et du mal, d’une science source et maîtresse de cette distinction, d’une science qui s’affranchit de l’ordre créé par Dieu ? N’est-ce pas cela la gnose, premier analogué de toutes les erreurs humaines ?

Affirmer cette analogie entre les erreurs que nous évoquons, n’est en rien affirmer une identité : dans l’analogie, la raison commune est essentiellement différenciée (simpliciter diversa, secundum quid una). Ces erreurs gardent leur nature propre et leur contenu distinctif  ; les remèdes à apporter à chacune d’entre elles sont spécifiques ; les réfutations qu’on doit leur opposer sont différentes.

Si l’on veut poursuivre l’analyse, on peut remarquer, avec le R.P. Calmel[1], qu’une des raisons de la séduction de l’islam est qu’il satisfait le besoin naturel d’adoration, sans exiger la conversion du cœur. Voilà qui caractérise bien la gnose (et les multiples erreurs qui entrent dans son unité analogique) : elle est une science qui répond (prétend répondre) aux interrogations fondamentales des hommes, mais une science sans soumission à l’ordre créé, une science sans conversion, une science qui divinise, vieil orgueil de la révolte du paradis terrestre. La gnose est la volonté de trouver une science fondamentale qui élève au dessus de la condition commune tout en dispensant de la conversion du cœur : une science qui flatte l’appétit de divinité et qui abrite la perversion du cœur.

 

Abbé Hervé Belmont

hbelmont@club-internet.fr

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[1] « Le grand intérêt de la lettre du P. de Foucauld à Henri de Castries en date du 15 juillet 1901 est de montrer que l’adoration des Mahométans est en elle-même (car nous ne saurions préjuger des cas individuels) beaucoup plus ritualiste que mystique, n’exigeant pas la conversion de l’âme, la purification intérieure. Ce n’est pas, de soi, l’adoration en esprit et en vérité que le Sauveur révélait à la Samaritaine. Une des raisons du succès de l’Islam c’est de répondre aux besoins religieux de l’homme, à sa tendance à adorer le Dieu Unique et Souverain, et cependant de ne point toucher aux passions désordonnées. » Itinéraires n°55 page 55.