LA TRADITION GNOSTIQUE EN
ANGLETERRE
Par
M. Étienne Couvert, in lecture et
tradition,[1]
n° 373-374, mars-avril 2008, pp. 6-31
1/ La gnose des Humanistes. Érasme et Thomas More.
2/ Le « cas » Shakespeare.
3/ La gnose des Utopistes :
a/ Bacon et la Nouvelle
Atlantide.
b/ Milton et Le
Paradis perdu.
4/ Les sources anglaises de la maçonnerie.
5/ La gnose des Romantiques : Blake, Byron, Shelley.
6/ La gnose contemporaine : Aldous Huxley.
7/ Bibliographie.
La gnose est entrée tardivement en Angleterre. Elle y a
été introduite par les Humanistes de la Renaissance au XVIe siècle seulement.
Nous avons déjà exposé les grandes thèses de cet humanisme renaissant et leurs
rapports avec la Gnose dans notre étude Gnose et Humanisme (Etienne
Couvert, La gnose contre la foi, chap. II, Éd. de Chiré, 1989).
Il est bien nécessaire de rappeler les orientations
majeures de cette gnose et son impact sur l'Angleterre.
Elle se caractérise par une exaltation de l'homme, une
recherche passionnée de son épanouissement dans la multiplicité des plaisirs
« qui assaisonnent la vie », selon Thomas More. Le refus absolu de
toute ascèse, de toute privation et de tout sacrifice. On veut bien imiter
Jésus dans ses vertus naturelles, mais on a rejeté tout un pan de l'Évangile
qui demande un dépassement de soi. La religion des Humanistes se ramène à la
sagesse antique, avec une notion toute païenne de la perfection et de la
noblesse.
On connaît les imprécations d'Érasme contre les moines :
« cette race d'hommes du plus bas étage, mal pétris de malice, aussi
noirs, aussi infects, aussi abjects que le scarabée. Leur noirceur effraie,
leur bourdonnement assourdit, leur odeur dégoûte ».
Mais en Angleterre ce mépris de la vie religieuse se
conjugue bien avec le respect des habitudes, des coutumes, des rites et des
traditions dans la vie familiale et mondaine, avec un souci de la
respectabilité dans les manières de se comporter. On conserve les cadres
sociaux et religieux, mais l'intelligence est déjà faussée et rêve d'un monde
où toutes ces barrières sociales et ces limitations seront volatilisées, un
monde de plaisirs sans contraintes, celui de l'Utopie. Thomas More fut condamné
au martyr par fidélité au caractère sacré du mariage, mais toute sa vie, il
aura rêvé d'un monde où le mariage n'existerait plus.
Une attitude bien britannique est celle de l'humour, qui
consiste à prendre les choses de la vie avec le sourire, une sorte d' ironie
moqueuse qui, appliquée aux principes religieux, à la doctrine morale, devient
corrosive. Elle fait perdre le goût de la vérité, la fermeté de la pensée, les
exigences et les nécessités de l'ordre. Elle dissout l'énergie du caractère et
laisse l'esprit désarmé devant les fauteurs d'hérésie et de révolte sociale ou
religieuse.
A cette ironie s'ajoute une sympathie bienveillante pour
les prêcheurs d'hérésies.
L'évêque Gardiner, un ami de Thomas More, écrit :
« Au moment où Robert Barnes fut accusé, je le
connaissais bien et je n'étais pas considéré comme son ennemi et pourtant, Dieu
merci, je n'ai jamais été bien disposé pour d'aussi étranges opinions que
celles que lui et d'autres commencèrent bientôt à proclamer follement. Mais,
comme il n'y avait pas alors de malice en eux et qu'ils avaient avec nous des
entretiens où l'on trouvait quelque saveur de science, j'étais familier avec
cette sorte de gens et j'étais alors attristé du sort de Barnes ».
Gardiner ajoute en marge : « Presque tous ceux qui sont devenus fameux
(comme protestants) ont été de mes relations particulières. J'ai aimé ces
hommes et j'ai toujours haï leurs méchantes opinions depuis le
commencement ».
Voilà ce que nous avons appelé « un état d'âme
humaniste ». Ces prêcheurs d'Hérésie sont bien sympathiques, mais pourquoi
donc soutiennent-ils des opinions si étranges ? des opinions monstrueuses ? Ils
sont savants, pleins de bonté ; ils ont une conversation si agréable ! Gardiner
écrit à son ami Somerset : « J'ai été aussi bien disposé que quiconque
envers le nom d'Érasme, mais je n'avais jamais étudié son livre jusqu'à présent
et maintenant je suis d'accord avec ceux qui ont dit : Érasme a pondu les œufs
et Luther les a couvés ». Les méchants ont été merveilleusement encouragés
par ce livre dans toutes les opinions monstrueuses qui se sont récemment manifestées.
L'amitié va peu à peu briser la résistance de Gardiner
qui finira par agréer les opinions « monstrueuses et si étranges ».
C'est ainsi que se font les Révolutions. Toute l'élite
intellectuelle et religieuse en Angleterre avait progressivement assimilé les
projets réformistes et elle était toute préparée à en assurer le succès bien
avant le Schisme. Les historiens ont pris l'habitude de nous raconter la
querelle d'Henri VIII avec Rome à propos de son divorce, présenté comme la
cause du Schisme. Si cette querelle fut l'occasion qui a favorisé la rupture,
celle-ci était déjà dans les esprits auparavant et n'a pas trouvé une
résistance énergique de la part du pays.
On peut comparer le cas de l'Angleterre avec celui de la
France à la même époque. C'est tout le pays qui s'est soulevé contre la
Réforme, avec une énergie farouche, après avoir assassiné deux rois, incapables
de rétablir l'ordre dans le royaume.
1/
La gnose des Humanistes
Cet "état d'esprit humaniste" se retrouve chez
Thomas More, dont toute la formation a été faussée par l'idéologie réformiste,
telle qu'on la retrouve dans son véritable testament : L'Utopie. Il se
manifeste déjà dans son attitude à l'égard des Protestants. De par sa fonction
de Chancelier, il doit les poursuivre, mais il le fait avec beaucoup de
ménagements et de douceur. Il favorise leur évasion, déclarant comprendre leur
désir de trouver un gîte plus convenable. Il lui arrive même de recueillir chez
lui, sous son toit, tel hérétique, comme Simon Grynoeus et de l'aider de sa bourse
et de ses conseils pour le soustraire à la police royale.
La formation première de Thomas lui est venue de son
admiration pour les humanistes italiens. En 1505, il publie une vie de Pic de
la Mirandole. Il le présente comme son modèle et lui demande d'exprimer les
propres mouvements de son esprit. Le monde est revêtu d'une nouvelle beauté à
l'aube de la Renaissance. Dans son œuvre subséquente, dans L'Utopie,
dans sa controverse avec Luther, dans son Dialogue du réconfort dans l'épreuve,
on retrouve cette exaltation d'un monde qui a retrouvé son harmonie et d'une
réduction finale du mal dans le bien, qui est la forme à peine modifiée du
retour à l'Unité Primordiale chantée par tous les gnostiques.
Or, Pic de la Mirandole a introduit chez les Humanistes
italiens les thèmes de la Kabbale juive et ceux-ci vont apparaître à sa suite
dans la littérature (Étienne Couvert, La Gnose contre la Foi, p.52).
More a lu Pétrarque et retenu son mépris de la
scolastique et son admiration pour Platon. Il a également lu Marsile Ficin de
Padoue. C'est là qu'il a trouvé cette identification de la Sagesse chrétienne
avec la Sagesse antique destinées à se rejoindre dans une manifestation unique
de l'âme, étincelle divine, déjà religieuse par sa nature, en se référant à l'Épître
aux Romains (ch. 1 à 8) et au Néoplatonisme.
More communie intensément à ces idées nouvelles. Il a été
initié par ses amis Th. Linaere et surtout John Colet.
Ce dernier que More a choisi comme ami et conseiller,
avait tout à fait l'étoffe d'un Luther. Il s'attacha au roi Henri VII Tudor qui
le nomma doyen de Saint-Paul à Londres, à 36 ans. C'était aux yeux d'Érasme ,
«une des grandes lumières du clergé». Il avait lu Platon et Plotin. Il avait
visité tous les hauts lieux de l'Humanisme en Italie. Peu conformiste,
convaincu qu'il fallait secouer la poussière de la vieille religion, il
s'installa en 1496 à Oxford, où il expliqua les épîtres de saint Paul selon une
exégèse intuitive qui provoqua de violentes controverses. Il critiquait
violemment les moines. En 1521, il faillit se rallier à Luther, mais Érasme
l'en dissuada.
C'est lui qui entraîna More contre la scolastique.
Faisant parler son héros auquel il s'identifiait : « Il ne laissa passer
aucun de ces captieux chausse-trappes de la scolastique. Il n'y avait rien
qu'il ne haïssait plus que cela. Ces subtilités, disait il, n'ont d'autre but
que d'humilier des personnes fort instruites mais ignorantes de ces
bagatelles ».
Les Humanistes avaient entrepris de multiplier les
traductions de la Bible en langues vulgaires, avec des variantes et des
interprétations nombreuses et divergentes. Auparavant l'Église ne reconnaissait
que la Vulgate de saint Jérôme, comme son texte officiel.
Au siècle précédent, Wiclef et ses disciples avaient
répandu dans le peuple des traductions qui remettaient en cause les traditions
théologiques, provoquant de multiples discussions et polémiques. Un concile
d'Oxford de 1402 défendit sous des peines très sévères, de répandre toute
traduction qui n'aurait pas d'abord été approuvée par un synode diocésain ou
par un concile provincial.
Tyndale publia à Worms en 1526 une traduction du Nouveau
Testament en 6.000 exemplaires qui ont rapidement passé en Angleterre. Les
notes de cette traduction étaient violemment anti-romaines et véhiculaient la pensée
de Luther.
Érasme avait publié à Londres son Éloge de la Folie.
Un jeune professeur de l'Université de Louvain, Martin Van Dorp, dès 1514,
écrivit à Érasme une protestation indignée :
« Il y a du fiel dans les boutades de la Folie
et ses sarcasmes jettent le discrédit sur la religion. Quant au Nouveau
Testament, celui que nous avons suffit depuis quinze siècles. A quoi bon le
changer ? Défions-nous de ces sources grecques empoisonnées sans doute par les
orthodoxes... S'il est vrai que l'on peut améliorer le texte de la Vulgate, que
restera-t-il de l'autorité de l'Écriture ? Entendu par là de l'autorité de tous
les raisonnements qui s'appuient sur l'une ou l'autre proposition de
l'Écriture. Or donc est-ce que tous ceux qui ont discuté sur le texte de la
Vulgate sont dans l'erreur ? Les conciles Généraux et leurs définitions
sont-ils menacés ? C'est tout l'édifice doctrinal de l'Église qui est ébranlé
par la base par ceux qui préconisent le retour aux textes natifs de
l'Écriture ». Le reproche était grave.
Van Dorp avait bien compris que cette passion subite pour
l'Écriture Sainte et cette vénération apparente pour le livre de la Bible
cachaient une volonté perverse de démolir la Tradition théologique et les
dogmes de l'Église Romaine.
Thomas More entreprit de voler au secours de son ami
Érasme. Il s'en prit sévèrement à la Constitution d'Oxford, désignée par lui
comme l'instrument du malheur et un moyen d'oppression contre la liberté. Les
évêques, dit-il, «craignent que des esprits insubordonnés retirent plus de mal
de ces traductions ». Cette crainte, More ne l'éprouve pas. Dans son Dialogue
concerning Tyndale, il ajoute : « Quelle que soit la malice ou la
folie de ceux qui font naître le mal d'une chose bonne et destinée au bien de
tous, il ne faudrait jamais pour cette seule raison abolir ce qui peut être si
profitable ». More s'indigne de la pusillanimité de certains chefs
religieux : « Car si l'abus d'une bonne chose doit être cause qu'elle soit
abolie et enlevée à ceux qui pourraient en user, le Christ eut mieux fait de ne
jamais naître ni d'apporter la foi dans le monde ». Qu'importe si les
hérésies ont toujours éclaté à propos des textes sacrés interprétés par des
esprits orgueilleux, trop confiants en leur propre savoir : «Si les choses
bonnes sont faites pour aller de l'avant, ne faut-il pas, de toute nécessité,
qu'on ose les abandonner aux risques de l'aventure ? »
Voilà un texte qui sonne étrangement aux oreilles
modernes accoutumées à entendre aujourd'hui les refrains de l'Église conciliaire
: Aller de l'avant - Ne pas avoir peur - Accepter les risques du monde moderne
- Savoir s'adapter aux nécessités d'aujourd'hui - Relever les défis - Oser
s'engager dans des voies nouvelles, etc .
L'Humanité est en marche vers sa Déification. Il nous
faut « prendre le train en marche », ne pas regarder en arrière ni
compter les dégâts et si l'enseignement de Jésus-Christ ne s'inscrit pas dans
ce processus, il sera rejeté. Telle est la religion des Humanistes et nommément
celle de Thomas More, comme il vient de nous le dire. Telle est aujourd'hui la
religion de l'Église conciliaire qui accepte encore le culte de Jésus-Christ
seulement au service du culte du Monde. Or, hélas ! pour eux tous, le Christ a
affirmé : « Je ne suis pas venu pour sauver le monde » et « Mon
royaume n'est pas de ce monde ».
Dans ce même Dialogue concerning Tyndale, More
continue de développer sa pensée sur la tradition vivante qui épouse avec
souplesse les aspects concrets de la vie. Il présente avec facilité les
questions de développement et de l'évolution des vérités révélées et des rites
: « Dieu ne livre pas ses secrets d'un seul coup, écrit-il. Selon les
âges, selon les temps, la vérité apparaît plus ou moins dévoilée par la Sagesse
et la Bonté divine. S'il s'agit des rites à observer, cette même prudence
providentielle permet aussi la variété, la mutation et le changement... Selon
qu'il plaît à sa Majesté de voir que telle chose est connue ou forte dans son
Église, Dieu tempère ses révélations et il les insinue dans les cœurs des
fidèles pour les amener à s'accorder sur les mêmes points ».
André Prévost, dans sa biographie de Thomas More, a
rapproché ces textes du discours prononcé par Jean XXIII, le 11 octobre 1962 à
l'ouverture du Concile Vatican II : « Autre est le dépôt de la Foi,
c'est-à-dire les vérités que renferment nos vénérables dogmes, autre est le
mode selon lequel ces vérités reçoivent la formulation qui permet d'exprimer le
même sens et la même idée. C'est à ce mode d'expression qu'il faudra apporter
une extrême attention et travailler avec persévérance ». C'est-à-dire
s'acharner à modifier les textes de la Foi en prétendant conserver le même
sens. CETTE PRETENTION EST UN MENSONGE ET UNE IMPOSTURE.
André Prévost présente Thomas More comme un moderniste
avant la lettre et un précurseur du Concile Vatican II. Il lui en fait gloire
d'ailleurs...
2/
Le « cas » Shakespeare
En 1598, on arrêta à Angoulême un magicien nommé
Beaumont. Il fut jugé à Paris et enfermé au château de Chinon. L'historien J.A.
de Thou raconte dans ses Mémoires, au livre VI, qu'il put assister, sans
être vu, à un interrogatoire du magicien : « La magie dont il faisait
profession était l'art de converser avec ces génies qui sont une portion de la
divinité... Les sages qui s'appliquent à faire le bien, commandent aux génies,
connaissent par leur commerce les secrets de la nature les plus cachés, ignorés
du reste des hommes et dont personne n'a jamais écrit, apprennent aux hommes à
connaître l'avenir, les moyens d'éviter les périls, de recouvrer ce qu'ils ont
perdu, de passer en un moment d'un lieu dans un autre... Il ajouta qu'il
conversait avec les esprits célestes, habitants de l'air, qui, bienfaisant de
leur nature, ne sont capables que de faire du bien... Que le monde était rempli
de sages qui faisaient profession de cette sublime philosophie, qu'il y en
avait en Espagne, à Tolède, à Cordoue, à Grenade et en beaucoup d'autres lieux,
qu'autrefois elle était célèbre en Allemagne, qu'en France et en Angleterre
elle s'y conservait dans certaines familles illustres, qu'on n'admettait à la
connaissance de ces mystères que des gens choisis de peur que par le commerce
des profanes, l'intelligence de ces grands secrets ne passât à la canaille et à
des gens indignes ».
On peut rapprocher ce témoignage d'un compte-rendu d'une
réunion secrète qui prépara le mouvement janséniste, quelque vingt ans plus
tard et que nous avons publié (Etienne Couvert : De la Gnose à l'Œcuménisme,
2°éd., p. 64 et sv). On y retrouve les même expressions : les connaissances,
l'ouvrage, les élus, les profanes. Il s'agit très exactement de réseaux
occultistes, c'est-à-dire gnostiques, qui fonctionnaient régulièrement dans
toute l'Europe.
En 1584, avait paru à Londres un ouvrage de Reginald Scot
intitulé : The Discovery of Witchecraft. L'auteur énumère, page 451, les
ouvrages qui étaient lus chez les magiciens : « Les enchanteurs ont encore
de nos jours des livres portant les noms d'Adam, Abel, de Tobie, d'Énoch,
lequel Énoch ils regardent comme le plus divin confrère en ces matières. Ils
ont aussi des livres qu'ils disent faits par Abraham, Aaron, Salomon. Ils ont
des livres de Zacharie, de Paul, d'Honorius, de Cyprien, de Jérôme, de Jérémie,
d'Albert et de Thomas et aussi des Anges Riziel, Hazael et Raphael ».
Retenons au passage quelques ouvrages gnostiques bien
connus aujourd'hui : le livre d'Adam, manuel de base des Sabéens ou Mandéens
que nous avons présenté avec précision (Etienne Couvert : La Gnose en
question, p. 174 : notice sur les Sabéens), le livre d'Abraham, manuel de
base des Zoroastriens (Etienne Couvert : La Gnose universelle, p. 64),
le livre d'Énoch que l'on a retrouvé dans les grottes de Qumran, l'Evangile de
Thomas, bien connu aujourd'hui et d'autres...
Par où l'on voit que les réseaux occultistes ont conservé
au cours des siècles les manuels des premiers gnostiques et sont restés fidèles
à la gnose primitive, celle de Simon le Magicien.
Revenons au témoignage de Beaumont. En Angleterre,
d'illustres familles ont conservé les traditions occultistes, par exemple celle
des comtes de Derby.
Abel Lefranc a démontré avec un luxe de preuves
remarquables que le nom de Shakespeare était le pseudonyme littéraire du comte
William Stanley, qui utilisa le patronyme d'un acteur de la troupe théâtrale
qu'il subventionnait. Ce comte avait parcouru l'Europe à la recherche des
réseaux de magiciens et d'occultistes dont il connaissait parfaitement les
agissements et ses pièces de théâtre étaient destinées à en diffuser la mode en
Angleterre.
Le maître des magiciens, à Londres, s'appelait John Dee.
Il se prétendait astronome, c'est-à-dire astrologue et alchimiste. Il vécut de
1527 à 1608. Il fut le conseiller intime de la reine Elisabeth qui le tenait en
haute estime et lui donna en 1595 le titre de « Wardenship » du
collège de Manchester, cher à la famille des Derby.
On a retrouvé le carnet de rendez-vous de John Dee. Il
contenait de nombreuses mentions du comte de Derby. Le père de William, Henri
Stanley, avait déjà noué des relations intimes avec le célèbre magicien. Son
fils, William, le rencontrait régulièrement entre 1595 et 1597. Par exemple, le
13 septembre 1595, John Dee dîne à Russel House avec le comte de Derby et deux
autres convives, dont un Allemand, Staltfeld. Le 20 janvier 1596, une rencontre
eut lieu chez Dee, avec William Stanley, Lady Gérard, sir Richard Molynox et sa
femme, Mr Haughten et d'autres.
Une partie notable de l'aristocratie anglaise s'adonnait
à l'occultisme et à la magie. Outre la famille de Stanley, le comte d'Oxford,
beau-père de William, Lord Sidney, sir Walter Raleigh, le comte d'Essex, de
Leicester, lord Burgley, lord Pembroke, le marquis de Northampton. Le château
de Russel House constituait comme une plaque tournante des réseaux occultistes
en relation avec ceux du continent.
A la mort d'Elisabeth, le roi Jacques 1er Stuart lui
succéda. Au cours d'un voyage qu'il entreprit pour épouser une princesse
danoise, il dut subir à l'aller et au retour plusieurs violentes tempêtes. Il
se crut victime d'un ensorcellement et, à son arrivée à Londres, il renouvela
et aggrava les lois contre les magiciens et les sorciers. Sans indulgence ni
faiblesse, il les poursuivit énergiquement dès le début de son règne. Il fit
brûler l'ouvrage de Reginald Scot dont nous avons parlé, mais il fut stupéfait
et indigné de devoir se heurter à la noblesse anglaise, toute gagnée à
l'occultisme. Il jugea nécessaire de se
justifier, en écrivant un ouvrage de Démonologie (Daemonologia, in form of a
dialogo divided into three books, written by the high and migthie Prince James
by the grave of Good King of England, Scotland... London, 1603).
« La terrible abondance à cette époque et dans ce
pays de ces détestables esclaves du diable, les sorciers et les enchanteurs,
écrit-il dans sa préface, m'a décidé, bien aimé lecteur, à terminer à la hâte
le traité que voici ».
Le comte William Stanley Shakespeare entreprit de
répondre au roi Jacques 1er et s'efforça de justifier les magiciens dans sa
dernière pièce de théâtre : La Tempête, qui ne fut jamais représentée en
public, au cours de son règne. Elle constitue son Testament. Le héros de cette
pièce, Prospéro, fait servir la magie au triomphe du bien et de la justice,
vise à légitimer l'emploi de cette magie et à en présenter l'apologie. Il
proteste contre la haine dont elle est l'objet. Voici un commentaire de cette
œuvre par F. V. Hugo[2],
qui résume bien toute la pensée de Shakespeare :
« Shakespeare ne rejeta pas la tradition de la Bible
et de la Légende, il les arbora. Il ne contesta pas le monde invisible, il le
réhabilita. Il ne nia pas la Puissance surnaturelle de l'homme, il la
sanctifia. Jacques 1er avait dit : Anathème aux esprits ; Shakespeare dit :
Gloire aux esprits. Shakespeare croyait profondément au mystère. Convaincu
qu'il y a un monde intermédiaire entre l'homme et Dieu, Shakespeare était invité,
par la logique même, à reconnaître l'existence de toutes les créatures dont le
Panthéisme de la Renaissance remplissait le monde. Il y a place dans l'infini
pour toutes les créatures de toutes les Théogonies !
« Shakespeare venge les fées des calomnies du
fanatisme papal ou puritain. Il restitue à ces tutélaires créatures la place
splendide que leur assignait dans l'ordre des êtres la vieille foi celtique.
Sur le théâtre de Shakespeare, les fées si longtemps méconnues redeviennent les
gardiennes charmantes de la Nature. La Tempête est le dénouement suprême
rêvé par Shakespeare au drame sanglant de la Genèse. C'est l'expiation du crime
primordial. Le pays où elle nous transporte est un terrain magique où l'arrêt
de la damnation est cassé par la clémence et où la réconciliation définitive se
fait par l'oubli fratricide. Et à la fin de la pièce, quand le poète attendri
jette Antonio dans les bras de Prospéro, il a fait pardonner Caïn par
Abel ». Nous avons souligné au cours de ce texte toutes les formules les
plus classiques de la gnose.
Tout le théâtre de Shakespeare est imprégné d'occultisme
et de magie : données sur l'astrologie dans Le Roi Lear, sur les
mouvements des astres, la musique des sphères, dans Le Marchand de Venise,
sur le rôle prépondérant attribué au soleil, qui cadre bien avec les théories
coperniciennes de l'époque, sur l'influence des comètes et des étoiles à
l'égard de la destinée humaine, sur le rôle de la sorcellerie dans Macbeth,
sur les mentions multiples des fées, démons, génies et spectres, présages et
prédictions que l'on rencontre un peu partout dans Le Songe, Le Roi
Lear, Hamlet, Jules César, Roméo et Juliette, etc...
« On peut dire en un sens que Shakespeare était
païen, explique Chesterton, en ce qu'il n'est jamais si grand que lorsqu'il
décrit les grands esprits enchaînés. Ses pièces les plus sérieuses sont un
Enfer ».
Non, M. Chesterton ! William Stanley-Shakespeare n'était
pas un païen, mais un satanique et c'est pour cela que ses personnages évoluent
dans un monde infernal. « Ce qui n'est pas un hasard, continue Chesterton,
c'est que, dans Shakespeare, le nombre des fous soit si grand. On dit qu'il les
mettait là pour éclaircir un peu le fond sombre de ses drames. Je pense plutôt
que c'était pour l'assombrir encore». Évidemment, quand on vit dans un Enfer,
on finit par devenir fou et c'est un juste retour des choses...
« Pour Hamlet, le Danemark est une prison, et pour
Shakespeare, c'est le monde qui en est une », précise Chesterton. En effet
tout le monologue d'Hamlet est un appel au suicide : Être ou ne pas être, telle
est la question !... Que non pas. Nous n'avons pas choisi notre existence, nous
l'avons reçue et si nous décidons de ne pas être, il ne nous reste plus que le
suicide : « Notre âme ne peut supporter les coups poignants de la fortune
cruelle ou s'armer contre un déluge de douleurs et, en les combattant, y mettre
un terme, poursuit Hamlet. Mourir, c'est dormir, rien de plus et par ce sommeil
nous mettons fin aux souffrances du cœur et aux mille douleurs léguées par la
nature à notre chair mortelle. Dormir... dormir, dormir !... »
Voilà le fond ultime de la pensée de William
Stanley-Shakespeare !
Enfin, Paul Arnold a publié une étude complète sur les formules
et expressions gnostiques et ésotériques répandues un peu partout dans le
théâtre de Shakespeare . Nous y renvoyons dans notre bibliographie.
3/
La gnose des Utopistes
a) Bacon et la Nouvelle Atlantide
Le jeune Francis Bacon vint étudier à Paris, à l'âge de
seize ans. Il suivit au Collège de France les enseignements de Ramus. En effet,
vers 1540, Pierre de la Ramée, connu sous le nom de Ramus, avait soutenu à
Poitiers une thèse contre l'omniprésence d'Aristote et avait été admis comme
maître ès arts. En 1543, il publia sa thèse sous le titre Aristotelœ
animadversiones. Il fut poursuivi par les docteurs de Sorbonne. Il avait
formé des disciples au Collège de Presle, mais en 1551, le cardinal de Lorraine
lui obtint une chaire de philosophie au Collège de France. Sous prétexte de
combattre la scolastique, Bacon a affirmé que toutes nos idées étaient fausses
et qu'il fallait refaire l'entendement. Il a ainsi miné la philosophie
chrétienne. Il a préparé un modèle d'Encyclopédie qui, sous l'apparence d'un
répertoire scientifique, n'est qu'un instrument à façonner les esprits. Il a
subordonné l'intelligence aux sens. Il a distingué deux âmes en l'homme, l'une
divine, le pneuma des gnostiques, l'autre matérielle qui suffit aux
besoins de la nature. Il a ainsi donné naissance aux écoles modernes du
sensualisme, du matérialisme et du positivisme. François Bacon, dans ses
écrits, n'a fait que reproduire l'enseignement de Ramus.
Revenu en Angleterre, Bacon devint Gardien du Grand Sceau
sous la reine Elisabeth, puis Sollicitor Général et Attorney Général ou
Chancelier sous le roi Jacques 1er qui l'anoblit sous le nom de Lord Verulam
Viscount St-Alban.
Son œuvre maîtresse, c'est La Nouvelle Atlantide,
conçue dans le prolongement de L'Utopie de Thomas More. Elle eut
plusieurs éditions, en 1627 et 1638. Son préfacier, W. Rawley la présente ainsi
:
« Sa Seigneurie pensait à composer dans cette fable
un corps de lois destinées à donner la forme idéale du meilleur état, à être
comme le meilleur mode d'une République (Commonwealth). Cette fable a été
inventée afin de permettre à Bacon de tracer le modèle, la description d'un
Collège Académique, institué pour l'interprétation de la Nature, pour la
production de grandes et merveilleuses œuvres en vue de faire du bien aux hommes.
La dite institution porte le nom de Maison de Salomon ou Collège du
travail des six jours. La fin que propose notre institution (Maison
ou Temple de Salomon) est la connaissance des causes, la notion secrète
des choses, l'élargissement des limites de l'empire humain, de façon à toucher
à toutes les choses possibles. Le gouverneur de l'Ile, assis dans sa chaire
présidentielle commence ainsi son introduction :
« Nous autres, insulaires de Ben-Salem, nous avons
ceci de particulier, grâce à notre situation solitaire, grâce au secret que
nous imposons à nos « voyageurs », grâce à la rare admission
« d'étrangers » (profanes) parmi nous, nous connaissons la plus
grande partie du monde habité et nous restons nous-mêmes inconnus... Je vais
vous révéler, pour l'amour de Dieu et des hommes, le véritable fondement de la
Maison de Salomon. Je vous exposerai le but, les procédés, je vous décrirai les
instruments dont nous nous servons. Je vous dirai les emplois assignés aux Fellows,
les ordonnances et les rites que nous observons ».
Comme pour son prédécesseur à la Chancellerie, Thomas
More, Francis Bacon poursuit ses recherches en vue d'institutionnaliser les
réseaux occultistes, déjà en œuvre comme nous l'avons vu. Un siècle plus tard
ce sera la création enfin de la Société maçonnique, comme nous le verrons
bientôt.
Mais voici un texte fondamental de la Nouvelle
Atlantide qui va nous donner la clé de toute la subversion actuelle.
« Je fis la connaissance d'un marchand de la ville.
Il s'appelait Joabin. C'était un juif circoncis. Dans Ben-Salem, qui les laisse
libres de pratiquer leur religion, ce qu'ils font d'autant mieux qu'ils sont
animés de toutes autres dispositions que ceux d'autres pays. Ces derniers
haïssent le nom du Christ et nourrissent un secret sentiment de vengeance
contre les peuples chrétiens. Les juifs de Ben-Salem, au contraire,
reconnaissent au Sauveur plusieurs attributs. Ils aiment extrêmement la nation
de Ben-Salem. Le Juif dont je vous parle voulait bien reconnaître que le Christ
est né d'une vierge, qu'il était plus qu'un homme. Il racontait comment Dieu en
avait fait le prince des Séraphim, gardien de son trône. Les Juifs de Ben-Salem
appellent aussi le Christ, la « Voie Lactée » et « l'Élie du
Messie ». Ils lui donnent d'autres grands noms. Bien que ces
qualifications en fassent un être inférieur à la Majesté divine, elles
diffèrent complètement du langage des Juifs étrangers à Ben-Salem. Quant à
cette île, Joabin ne tarissait pas d'éloges. Il aimait, conformément aux
traditions des Juifs de l'île, à croire que le peuple de Ben-Salem était de la
génération d'Abraham et descendait d'un autre de ses fils appelé Nachuram. Ils
croient qu'en vertu d'une secrète kabbale (« by a secret cabala »’),
Moïse est le véritable auteur des lois en vigueur dans l'île. Ils croient que
lorsque le Messie montera sur son trône à Jérusalem, le roi de Ben-Salem
s'assiéra au pied du Messie de la Kabbala, tandis que les autres rois se
tiendront à une grande distance ». Les Juifs cabbalistes ont très bien
compris qu'il n'était pas possible d'abattre le Christianisme en détruisant
toutes les églises et en massacrant tous les chrétiens. Il fallait donc
résorber le Christianisme dans le Judaïsme, préparer les chrétiens à vivre et
penser judaïquement, leur présenter le Christ comme un Ange, envoyé par Dieu
pour annoncer la venue du Vrai Messie d'Israël. En somme, les ramener à une
exégèse judéo-chrétienne, celle que nous avons développée dans une étude
précédente (Étienne Couvert : La Vérité sur les Manuscrits de la Mer Morte,
2° éd., p.82 et sv). et à la pratique des Judéo-chrétiens, considérés comme des
« Craignants-Dieu », des prosélytes, des « Gérim ».
C'est la raison d'être des Amitiés judéo-chrétiennes.
C'est l'explication de toute l'attitude actuelle du Vatican à l'égard du
Judaïsme. Les chrétiens doivent se préparer à reconnaître le futur Messie
d'Israël, lorsqu'il apparaîtra bientôt à Jérusalem et à l'adorer. Mais nous
savons qu'il s'agira de l'Antéchrist.
b) Milton et Le Paradis perdu
Milton était calviniste en 1640, mais, dès 1655, il
s'était complètement libéré de tous systèmes religieux. Nous savons qu'il
possédait l'hébreu et le yiddish, qu'il avait lu le Talmud et les
rabbins du Moyen Age. Il les a cités longuement dans ses pamphlets, dès 1642
dans son Apologie for Smectymnus.
Pour Milton, Dieu est le Tout. L'apparition des êtres
séparés correspond à un détachement, à une libération de Dieu. C'est ce qu'il
appelle le libre-arbitre, mais inscrit dans un système panthéiste et qui
constitue le point central du Paradis perdu et de son traité de Doctrine
chrétienne. Cette libération de Dieu ne peut s'accomplir que par un
« retrait de Dieu sur lui-même ». Thèse cabaliste bien connue. C'est
Dieu lui-même qui nous le dit :
« L'abîme est sans limite, parce que je suis celui qui
remplit l'infini et l'espace n'est pas vide. - Quoique je me retire, moi que
rien ne limite - et n'exerce pas ma force qui est libre - d'agir ou de ne pas
agir, la nécessité et le hasard – ne me touchent pas et ma volonté est ma
destinée » (I un ist cum scribed myself, retire - And put flot fovth my
goodness, wich is free - To act or not. Paradis perdu, VII, 170)
Dieu est l'infini immuable, inconnaissable et non
manifesté. C'est « l'En Sof », le « sans fin » du Zoar,
c'est aussi « Ayn », le « Néant », qui nous est donc
inconnaissable. Le fils de Dieu, c'est le fini, l'être exprimé et manifesté par
l'émanation. Nous sommes toujours dans la logique de la Cabale. Toutes les âmes
ne forment qu'une unité avec l'âme par excellence. Tous les êtres sont « On
first matter all ». Notre corps est fait de la substance divine ; la
matière des êtres est d'origine divine. La matière est « de Dieu et en
Dieu », elle contient en elle toutes les possibilités de la vie et de
l'intelligence. C'est d'elle que sortent tous les êtres, de sorte qu'il n'y a
aucune différence entre les choses inanimées et les animaux, entre les animaux
et les hommes, entre l'homme et les esprits, puisque tout est fait de la
substance de Dieu. Tout sort de la matière. Cette doctrine est à la fois panthéiste
et matérialiste.
Milton est un passionné, violemment révolté contre la
théologie, contre Dieu, contre tout ce qui est clergé et œuvre du clergé, pour
lesquels il manifeste un mépris insultant, une animosité personnelle et
orgueilleuse qui anime tous ses pamphlets.
Puisque Dieu est tout, il est aussi le Mal. Satan le
confirme : « Le fils de Dieu, je le suis aussi » (« The son of
Good I also am » (IV, 518). C'est Dieu qui élève à la gloire les bons et
rejette loin de lui les méchants, qui sont une partie de lui-même. Par où l'on
voit que le libre-arbitre prôné par Milton ne s'exerce pas à l'égard des biens
de la nature, mais à l'égard de Dieu. Nous sommes par notre émanation, libérés
de toute loi extérieure à nous-mêmes, puisque nous possédons en nous-mêmes la
vérité. Il faut abolir le Décalogue : « La loi mosaïque, écrit-il, toute
entière est abolie, nous sommes déliés de toute obligation au Décalogue, tout
autant que le reste de la loi ».
On obtient ainsi la justification de tous les instincts.
Cette liberté de toute religion (« La Liberté religieuse ») démontre
l'inanité des églises et des prêtres. « Chaque croyant a le droit
d'interpréter les Écritures lui-même puisqu'il a l'esprit pour guide et
l'Esprit du Christ est en lui ». Il faut donc chasser les prêtres des
Universités : « A dire vrai, il vaudrait bien mieux qu'il n y eut pas un
seul théologien dans les Universités et qu'il n'y eut plus de théologie d'École
venue des mêmes,ce cancer de la religion ».
D'où la Démocratie : « Les libres assemblées du
peuple sont de Dieu. Tous les rois doivent leur souveraineté au peuple
seulement et sont responsables devant lui ». Conséquence ultime du
Panthéisme puisque Dieu est Tout. Voilà la vraie logique de tous les systèmes
démocratiques...
Le Paradis perdu de Milton fut inscrit à l'Index par le
pape Benoît XIV. Milton écrivit encore une Logique d'après Ramus et une
vie de ce philosophe. Attaque dirigée contre les Université d'Oxford et de
Cambridge. Mais il est intéressant de noter l'influence considérable de Ramus
sur les écrivains anglais. Nous l'avons déjà vu à propos de Francis Bacon
(Etienne Couvert, La Gnose contre la Foi, p. 89).
On peut résumer ainsi la pensée de Milton :
1°) La théorie de la création par retrait, empruntée au Zoar.
2°) La conception d'un démiurge, distinct du Dieu
absolu,empruntée à toutes les Gnoses.
3°) Le libre-arbitre qui nous libère de la sujétion à
Dieu.
4°) Le caractère divin de la matière qui est la nature du
grand Tout et qui produit les formes de tous les êtres.
5°) L'idée qu'il n'y a donc pas de différence entre le
corps et l'âme.
4
/ Les sources anglaises de la maçonnerie
La Gnose, avons-nous dit, est apparue tardivement en
Angleterre avec les Humanistes de la Renaissance. Ils ont reçu leur inspiration
des écrivains italiens et français, Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Ramus
et d'autres. Ils ont ainsi pris contact avec les réseaux occultistes du
continent, comme nous l'avons vu.
Tous, ils ont rêvé d'un monde idéal, depuis l'île d'Utopie
jusqu'à l'île de Ben-Salem et le Paradis retrouvé. Un monde idéal, dont eux,
les Humanistes, resteraient les maîtres, regroupés dans une Société académique
et secrète qui leur donnerait le pouvoir universel dont ils rêvent. Il leur a
fallu deux siècles de projets élaborés avec peine avant d'arriver à la solution
de la Franc-Maçonnerie.
Robert Fludd (1574-1637), médecin à Londres, devint
célèbre en Angleterre, en prenant la défense des Rose-Croix. Dans ses ouvrages
intitulés : L'histoire du Macrocosme, publié en 1617 et Philosophie
mosaïque, publiée en 1638, puis à Londres en 1659, il enseigne la doctrine
de la Cabale. Ses références sont Hermès Trismégiste, le plus souvent cité,
Porphyre et Jamblique, Saint Augustin...
Fludd ne sait pas bien ce qu'est la Cabale. Il lui arrive
de prendre le Zoar ou le Bahia pour des rabbins.
Mais la doctrine, il l'a très bien assimilée. Dans
Philosophie mosaïque, il écrit : « Les rabbins les plus célèbres et les
cabalistes les plus profonds démontrent que les natures opposées procèdent
d'une seule cause éternelle, que Dieu est cette Unité pure et catholique qui
inclut et comprend en soi toute multiplicité ». Plus loin : « Dieu
est tout entier dans tout. C'est lui qui agit et sans intermédiaires en chaque
créature... Tout se fait d'une matière première qui est la substance de Dieu...
Dieu a envoyé son souffle sur le « Néant » et le « Vide » ;
par « Néant » et par « Vide », on entend une ombre sans vie
que même Moïse nommait « Terre vide »... L'Esprit de Dieu est dans le
Soleil, parce que le Soleil est la conservation particulière de l'Esprit divin
et la Substance divine dans son mode actif ». Plus loin : « Que la
Terre est la Mère de tous les corps et que les influences des étoiles sont
comme les spermes du ciel projetés dans la matière de la Terre ».
On s'excuse de répéter inlassablement de telles
élucubrations, reprises aux gnostiques des premiers siècles ; mais il faut
rappeler ici le culte du Soleil divinisé, le culte de la Terre Mère, la matière
divine de notre être... Les thèmes ressassés de toutes les Gnoses...
Un disciple de Fludd, Elias Ashmole (1617-1692) est admis
pour la première fois, en 1646, comme « maçon accepté » et affilié,
le 16 octobre 1648, à la petite loge de Warrington, dans le Lancaster. Première
tentative de Maçonnerie.
Après la révocation de l'Édit de Nantes, les protestants
français se réfugièrent surtout en Angleterre. Ils furent mal reçus par le roi
Charles II Stuart, mais, dès la Révolution de 1688 et l'avènement de Guillaume
d'Orange, ils vinrent en foules. Ils reçurent des pensions et des places dans
le nouveau gouvernement et furent alors tout dévoués au nouveau régime. Ils
formèrent un ensemble cohérent et solidaire. Ils se réunissaient régulièrement
à la « Taverne de l'Arc-en-ciel » et y créèrent une agence
internationale d'information. Dans leurs publications, ils exaltent
l'Angleterre dans sa littérature, ses sciences, sa philosophie.
« Que si jamais, disait César de Missy dans un
sermon, on nous a vu par troupes tristement assis auprès du fleuve d'une impure
Babylone, cette Babylone fut la France, notre marâtre patrie et non
l'Angleterre qui est pour nous une seconde patrie, digne de ce beau nom, une
Judée. une Jérusalem. une Sion. Heureux rivage que la Tamise arrose ! »
Toujours le même rêve d'un royaume messianique. Londres est la Jérusalem
provisoire dans l'attente du retour du Peuple élu dans la Terre Promise,
libérée par l'Angleterre.
A partir de ce moment, de 1690 à 1710, les publicistes
anglais inondent le continent de livres sociniens, arminiens, déistes, athées,
matérialistes, blasphématoires, magiques, mystiques, druidiques, égyptiens et
babyloniens. Tyndal écrit un «Christianisme aussi vieux que la Création »,
Toland un « Christianisme sans mystères ». John Toland prétend
rattacher le Christianisme à une religion plus essentielle et primitive. Il va
jusqu'à présenter un rituel et compose des prières qui semblent imiter celles
de la messe avec des invocations à la philosophie. Il prépare les rites de la
future société maçonnique.
Puis, c'est en 1717, la création de la Franc-Maçonnerie,
point d'aboutissement de tous les essais antérieurs. Elle va réunir en une
société universelle, les réseaux gnostiques et occultistes répandus un peu
partout en Europe. A partir de ce moment, l'histoire de la subversion
religieuse se confond avec celle des loges, bien connue des historiens. Nous
arrêtons là notre exposé.
5/
La gnose des Romantiques
Nous avons montré, dans une étude précédente (Etienne
Couvert, La Gnose contre la foi, chap. IV) que le mouvement romantique
au XIXe siècle fut une formidable explosion de la Gnose dans toute l'Europe.
L'Angleterre a connu, elle aussi, une telle littérature satanique et
blasphématoire. Ce ne sont que poings levés et tendus vers le ciel,
vociférations impies, outrances verbales, imprécations forcenées, railleries
atroces et furibondes...
Commençons par William Blake (1757-1827). Dès 1793, dans
son Mariage du ciel et de l'enfer, il rétablit l'instinct de la chair,
comme l'expression de l'énergie vitale. Il voit dans le prétendu péché
originel, la valeur fondamentale de la vie. Il affirme : « L'homme n'a pas
un corps distinct de son âme, l'énergie émane du corps et n'a pour bornes que
nos tabous chrétiens, que nous décorons du nom de raison ». La chasteté
est un crime contre la nature. Dans son poème intitulé Jérusalem :
« Lorsque Satan banda pour la première fois son arc,
il délivra les hommes du mythe du péché originel inventé par d'hypocrites
moralisateurs, par les faibles cherchant à asservir les forts par la ruse »
C'est toute la philosophie de Nietzsche. Dans son poème : L'Évangile éternel,
il écrit : « Tu es Homme, Dieu n 'est pas plus. Apprends à adorer ta
propre humanité ».
Blake fait souvent référence à Swedenborg. Pour lui, les démons
sont une catégorie d'anges qui président à l'énergie et à l'imagination.
Jésus-Christ est sa bête noire :
« La vision du Christ que tu vois réellement Est le
plus grand ennemi de ma vision ».
Il continue de dénoncer les prêtres comme les ennemis de tous
les hommes. La création est une ombre, une illusion, une plaisanterie du Tout
Puissant.
Lord Byron (1788-1824) a composé une geste sataniste.
Satan est un héros d'épopée digne d'admiration et un état d'âme à imiter. Avec
Manfred (1817), Don Juan (1818) et Caïn (1818), Byron a exercé une influence
considérable surtout le mouvement romantique.
Manfred est le désespéré qui se complaît dans sa propre
malédiction. Il défie Dieu, il défie l'Enfer, il est son propre bourreau. Il ne
se relâche pas même à l'instant suprême : « Ce n 'est pas à un être tel
que Toi que je vendrai mon âme. Arrive ! Je mourrai seul, comme j'ai vécu. Je
vous défie tous. Je ne partirai pas d'ici tant qu'il me restera un souffle pour
vous exprimer mon mépris ».
Dans Caïn, Lucifer est le personnage central du
poème. Il se dresse contre Dieu : « Dieu a vaincu, qu'il règne ! Nous
sommes des âmes qui osent regarder le Tout Puissant face à face dans son
éternité et lui dire que le Mal, son ouvrage. n'est pas un Bien» et plus loin :
« Je n 'ai rien, je ne veux rien avoir de commun avec lui ».
Caïn était un personnage sceptique et désillusionné,
souffrant de l'étrange disparité entre ses aspirations et sa condition
humiliante, toujours dressé contre le Créateur, responsable de l'injustice qui
règne dans le monde.
« Le serpent disait vrai. Il était l'arbre de la
Connaissance Il était l'Arbre de la Vie. La connaissance est bonne. La vie
également. Où est donc alors le Mal ? » (« The
snake spoke truth, it was the free of Knowledge. It was the tree of life ;
Knowledge is good, an life is good, and can both be evil ? »)
Et pour mettre ses actes en conformité avec ses paroles
et ses pensées, Byron s'est fait, en Italie, le complice des révolutionnaires.
Il s'est affilié aux Carbonari, chez qui il tint des grades importants. Il a
soutenu ses affidés dans leurs tentatives de révolte : « Nous allons nous
battre quelque peu le mois prochain, écrit-il. Si les Huns (c'est-à-dire les
Autrichiens) ne repassent le Pô et même s'ils le repassent. Je ne peux rien
dire de plus... » Une autre fois il triomphe : « Nous sommes ici à la
veille d'un beau tapage. Ils ont couvert les murs de la ville, cette nuit, avec
des inscriptions de ce genre : Vive la République ! Mort au Pape !... La police
a passé tout l'après-midi à la recherche des coupables, mais n'a pu mettre la
main encore sur eux. Ils ont du travailler la nuit entière, car les « Vive
la République » et les « Mort au Pape et aux prêtres » sont
innombrables et placardés sur tous les palais... »
Tout ceci se passait à Ravenne, mais ce qu'il ne savait
pas, c'est que la police autrichienne le surveillait journellement et suivait
pas à pas ses gestes. A son arrivée à Pise, on note : « Le célèbre poète ,
lord Byron, qui, s'il n 'avait pas la réputation d'être un fou, mériterait que
toute la police d'Europe fût à ses trousses a loué le palais... ». A,
propos d'un ouvrage sur Dante : « L'ouvrage n'est certainement pas conçu
dans un esprit favorable à notre gouvernement ni à aucun gouvernement italien.
Il semble destiné à éveiller les sentiments hostiles de la population qui ne le
sont déjà que trop. Byron fait de Dante son porte-parole et le prophète des
libertés démocratiques (Étienne Couvert, « La vérité sur Dante. Dante et
la Gnose », dans Lecture et Tradition, n°358, décembre 2006), comme si ces
libertés devaient être le salut de l'Italie ».
L'influence de Lord Byron sur le romantisme français a
été considérable. Toute une geste satanique française est tirée des poètes
anglais : Éloa, de Vigny , d'abord intitulé Satan, la Chute
d'un ange de Lamartine, la Fin de Satan de Victor Hugo.
« A toi Byron, chantre d'enfer et de néant »
s'écrie Jules Vavre. « Son génie vouait à l'enfer son luth divin »
dit Vigny. Lamartine , dans sa Méditation à l'Homme, dédiée à Byron,
écrit :
« Toi,
dont le monde ignore encore le vrai nom
Esprit
mystérieux, mortel, ange ou démon,
Qui
que tu sois, Byron, bon ou fatal génie,
J'aime
de tes concerts, la sauvage harmonie.
Les
cris du désespoir sont les plus doux concerts.
Le
mal est ton autel et l'homme est la victime.
Ton
œil, comme Satan, a mesuré l'abîme ;
Et
ton âme y plongeant loin du jour et de Dieu,
A
dit à l'espérance un éternel adieu ! »
Byron avait rencontré son ami Shelley, au cours d'un
voyage en Suisse. Ils avaient commencé des entretiens où ils communiaient dans
les mêmes sentiments. Shelley enseignait une gnose panthéiste, sorte d'extase
divine, de folle ivresse au contact de l'immense univers, dans lequel il ne
pouvait plus distinguer la cause de l'effet ni comprendre si Dieu était dans la
nature ou si la nature n'était pas Dieu en personne.
Shelley (1792-1822) avait été étudiant à Oxford, mais
après avoir écrit un ouvrage intitulé Nécessité de l'athéisme, il en fut
renvoyé, en 1812, à vingt ans à peine. Il mourut dix ans après au cours d'un
naufrage.
Le romancier Paul Bourget, dans sa jeunesse, avait été
fort attiré par l'Angleterre et sa littérature. Il y avait fait de longs
séjours. Mais, plus tard, après mûre réflexion, il comprit tout ce que cette
littérature avait de spécieux et de pervers. Voici comment il résume les poèmes
de Shelley : « A la première page des vers de Shelley, on pourrait écrire
cette phrase si souvent citée du subtil Amiel : Un paysage est un état d'âme.
La magie suprême de cette imagination, c'est qu'en effet tous les objets se
spiritualisent pour elle et s'humanisent, mais cette spiritualité n'est le
résultat ni d'un symbolisme, ni d'une comparaison. Shelley considère qu'il y a
entre notre âme et la nature, non pas une analogie, mais une identité. Une
pensée diffuse s'agite dans la moindre parcelle de cet immense univers et cette
pensée n'est pas différente de notre pensée. Une sensibilité obscure frémit
dans ce que nous appelons les choses et cette sensibilité ne dire de la notre
que par le degré. Lorsque nous comparons une émotion de notre cœur à un aspect
du monde visible, nous ne faisons que reconnaître l'unité secrète qui relie les
unes aux autres les diverses manifestations de la vie universelle.
«Après une lecture prolongée de cette poésie, un
déplacement singulier se produit dans la pensée. On cesse d'apercevoir les
hommes et les choses dans leur caractère individuel ; c'est une âme unique qui
se révèle, dont tous les êtres et toutes les choses traduisent l'éternelle
aspiration. C'est un vaste cœur de l'univers qui se manifeste en proie à un
infini désir qu'il ne parviendra jamais à satisfaire. C'est ce douloureux, cet
immense esprit qui est la réalité suprême et nous ne sommes, nous, que les
ombres d'un songe dans cette vie où tout n'est qu'apparence »
(« where nothing is, but all things seem - and we the shadows of the
dream »).
Nous avons souligné, au cours de ce texte, toutes les
expressions les plus classiques de la gnose panthéiste.
6/
La gnose contemporaine
A partir du XXe siècle, les écrivains gnostiques sont
légion en Angleterre. Il nous semble fastidieux d'énumérer des livres et
d'exposer des doctrines déjà bien connues de nos lecteurs.
Voici, par exemple le cas d'Aldous Huxley. Son œuvre
s'étale sur la première partie du siècle. Contrepoint en 1928, L'ange
et la fête en 1929. Mais dès 1930, Huxley subit sa crise de mysticisme,
comme beaucoup d'autres, c'est-à-dire qu'il passe à l'Occultisme et à la Gnose.
Il lit le pseudo-Denys, Joachim de Flore, Me Eckart et toute la kyrielle des
auteurs de la secte. On a, en 1936, La paix des profondeurs, L'Éternité
retrouvée et, enfin, son chef-d'oeuvre La Philosophie éternelle (The
Perennial philosophy) en 1946.
Huxley se tourne vers l'Asie, se passionne pour les
philosophies orientales et est tout étonné d'y retrouver les thèmes habituels
de toute Gnose : amour des hommes, non violence, oubli de son
« moi », recherche de l'anéantissement de la personne dans le
« Toi » absolu, le « Tuam » des Védas, l'océan sans rives
du divin.
« Tu » est identique à « cela » et le
« cela », selon la formule sanscrite « Tattwam asi »,
identique au « Toi » est identique à l'Absolu, le fondement éternel,
l'Atman de l'Hindouisme.
Le « Logos éternel », c'est le fondement
absolu, l'abîme qui absorbe, engloutit mon misérabilisme. Ce divin, dans lequel
l'homme doit se perdre, Huxley l'appelle « the Ground ».
La création n'est pas un acte libre et gratuit de Dieu,
c'est une « chute de l'Unité dans la Dualité » : le récit de la
Genèse, pour être adéquat à notre expérience doit être modifié. En premier
lieu, il faudrait rendre manifeste que la Création, c'est-à-dire le passage
incompréhensible de l'Un non manifesté à la multiplicité manifestée (en langage
clair, de Dieu au Monde) n'est pas seulement le prélude et la condition
nécessaire de la chute (« to some extent it is the fall »), en un
sens, c'est la Chute ! La création est donc le péché originel de Dieu. Il n'y a
de salut pour l'homme que dans l'évasion hors du temporel, la rentrée de la
multiplicité au sein de l'Unité. Ce que les gnostiques de tous les temps ont
appelé le retour à l'unité primordiale. Nous sommes donc dans un domaine bien
connu déjà. Huxley s'est contenté d'en renouveler les formules par un emprunt
aux expressions orientales.
Nous avons trouvé chez un autre philosophe anglais,
Witehaed, une définition de la Trinité gnostique tout à fait originale et
subtile. Le Père, pour les gnostiques, c'est la source de l'être sans existence
positive, c'est donc LA NATURE PRIMORDIALE, monde des essences et des désirs
impuissants.
Le Fils, c'est le Démiurgue, incarné dans le monde, c'est
LA NATURE CONSÉQUENTE. L'Ésprit correspond à LA NATURE SUBJECTIVE de Dieu qui
modifie la créativité divine en l'enrichissant.
Mais tout cela n'est que pur paradoxe, car le Dieu
créateur est en même temps une créature infinie dans sa virtualité, mais furie
dans sa perfection. Or cette activité est surabondante, en perpétuelle
mobilité, elle est l'actualisation du flux universel. Nous sommes toujours en
plein panthéisme.
Nous arrêtons là notre étude. Nous savons, en effet, que
nos lecteurs qui ont bien pénétré l'essence de la Gnose, sont capables par
eux-mêmes d'en déceler les manifestations chez tous les écrivains anglo-saxons
qui, aujourd'hui inondent le monde de leurs productions sataniques, depuis Da
Vinci Code jusqu'aux séries d'Harry Potter et au monde de Narnia...
où pullulent les sorciers, les magiciens et les démons...
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Il n'existe pas d'ouvrage d'ensemble sur le sujet. Nous
avons dû nous contenter de monographies. Signalons cependant un excellent
article de Marcel Signac : La revanche d'Érasme, paru dans Les Écrits
de Paris d'octobre 1969. Pierre Janelle : L'Angleterre catholique à la
veille du Schisme (Beauchesne, 1935).
Sur les Humanistes :
- G.K.Chesterton : Chaucer, traduit de, l'anglais
par Roland Bourdariat (N.R.F.Gallimard, 1957).
- André Prevost :
Thomas More et la crise de la pensée européenne (Mame, 1969). Ouvrage
essentiel. L'auteur montre bien que Thomas More fut un moderniste avant la
lettre et un précurseur du Concile Vatican II et rapproche sa pensée de celle
de Teilhard de Chardin.
- Emile Dennenghem : Thomas Morus et les Utopistes de
la Renaissance (Plon, 1927).
- André Merlaud : Thomas
More (Ed. SOS,
1973).
Sur Shakespeare :
- Abel Lefranc : Sous le masque de William Shakespeare
(2 volumes) (Payot, 1919). Ouvrage remarquable. L'auteur étudie avec minutie
les réseaux occultistes de cette époque.
- Jacques Boulenger : L'Affaire Shakespeare
(Champion, 1919).
- Paul Arnold : Clef
pour Shakespeare. Esotérisme de l'œuvre shakespearienne (Vrin,1977).
Sur les Utopistes :
- J. Vialatoux : La
cité de Hobbes, théorie de l'Etat totalitaire. Essai sur la conception
naturaliste de la Civilisation (Lecoffre-Gabalda, 1933), contient une
longue étude sur Francis Bacon.
- L. Hacault : La
Nouvelle Atlantide. Francis Bacon, kabbaliste, Rose Croix (Revue
Internationale des Sociétés Secrètes, mai 1912).
- Denis Saurat : Milton et le matérialisme chrétien en
Angleterre (Rieder, 1928).
- A. Geffroy : Étude sur les pamphlets politiques et
religieux de Milton (Desobry, 1848).
Sur les sources de la Maçonnerie :
- Bernard Fay : La Franc-Maçonnerie et la révolution
intellectuelle du XVIIIe siècle (Éd. de Cluny, 1942).
- Max Doumic : Le
Secret de la Franc-Maçonnerie (Librairie Académique Perrin, 1926)
s'intéresse surtout à son développement en Angleterre.
Sur les romantiques :
- Claudius Grillet : Le diable dans la littérature
duXIXe siècle (Ed. Vitte, 1935).
- G.K. Chesterton : William Blake (Nouvelle
Edition Oswald, 1982). Traduit de l'anglais par Francis Bourcier.
- Gilbert Martineau : Lord Byron. La malédiction du
Génie (Tallandier, 1984).
- Roger Boutet de Monvel : La vie de Lord Byron
(Plon, 1924).
- Paul Bourget : Études anglaises (Plon, 1906).
Sur les contemporains :
- Charles Moeller : Littérature du XXe siècle et
Christianisme. I : Le silence de Dieu (Casterman, 1947). Le chapitre sur
Aldous Huxley.
- Maurice Nedoncelle : La Philosophie religieuse en Grande-Bretagne
de 1850 à nos jours (Bloud et Gay, 1934).
FIN