DE LA « LAÏCITE »
Voici d’abord un article paru dans « Le Figaro » des 1&2 septembre 2001.
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« ALLEMAGNE A partir de lundi à
Berlin
Le Coran à l’Ecole
Les responsables politiques redoutent que l’on remette
en question la culture démocratique
Berlin :
Jean-Paul Picaper
Une brèche s'ouvre dans l’éducation jusqu'ici essentiellement chrétienne ou laïque des écoliers allemands. A partir de lundi, ta Fédération islamique aura le droit d’enseigner le Coran durant les cours d’instruction religieuse dans deux écoles primaires de Berlin : l’école Fichtelgebirge, à Kreuzberg et l’école Rudolf-Wissel, de Wedding. Il s’agit de deux établissements scolaires publics importants, situés dans des quartiers à forte densité d’immigrés. Ainsi en a décidé le tribunal administratif de Berlin sans tenir compte des objections du ministre régional chargé de 1 Education dans la capitale allemande : le sénateur Klaus Böger.
Membre du Parti
socialiste (SPD), politologue de formation, Böger estime que le Livre des
musulmans et surtout l’interprétation qui peut en être donnée heurtent
plusieurs principes fondamentaux de la Constitution allemande, on particulier
l’égalité des sexes. « Je regrette cette décision de justice qui ne
cadre pas avec notre politique scolaire », a réagi le sénateur on indiquant
que ses services étudiaient l’éventualité d'un nouveau recours en justice
contre cet arrêt. Toujours est-il qu'à partir de lundi les petits musulmans se
verront enseigner le Coran en arabe dans ces deux écoles. En grinçant des
dents, Klaus Böger a dû promettre aux juges de « mettre en place les
conditions techniques requises pour l'enseignement religieux de l’intéressée ».
« L'intéressée », c'est à dire la Fédération islamique, qui groupe vingt-cinq associations, entretient des contacts, selon un dossier des RG allemands, avec la communauté religieuse islamique Milli Görus. Considérée comme un creuset du fondamentalisme, Milli Görus compte 27000 adhérents on Allemagne, dont 4 200 à Berlin. En rupture évidente avec la loi allemande, elle propage la création on Allemagne d'un Etat islamique régi selon la charia. Mlli Görus oeuvre on faveur de l’autorisation de propager le parole du Prophète dans les écoles publiques. Jusqu’ici, l’Islam n’était enseigné que dans les mosquées.
Mais bientôt, la capitale allemande aura un très grand centre religieux. L’association islamique Mevlana a acquis un terrain dans l’arrondissement de Berlin-Kreuzberg pour y construire une grande mosquée de 3400 mètres carrés. De plus, les 250 adhérents du Hamas résidant en Allemagne ont pignon sur rue dans leur centre de culture et d’éducation islamique de Berlin.
La police souhaite
que le ministre de l’intérieur, Otto Schilly, fasse préciser le droit des
associations de façon à pouvoir faire interdire « celles qui propagent un
Etat dons I'Etat et empêchent l'intégration des étrangers résidant en
Allemagne ».
C'est au nom de la liberté du culte que ces organisations peuvent agir. Et c'est d’ailleurs selon ce principe que le tribunal a pris sa décision, arguant notamment qu'à Berlin l'instruction religieuse n'est pas obligatoire, à le différence des autres Länder allemands, et que les enfants n'y participeront que s'ils le souhaitent.
Les responsables politiques de Berlin redoutent que, parle biais de l’islam, on remette on question la culture démocratique inculquée dans les établissements scolaires allemands. Mais les juges qui se sont sans doute penchés sur le Livre saint musulman n'ont pas décelé un tel risque. Ils n'interviendraient que si cet enseignement « déviait dans sa totalité ou sur certains principes » par rapport aux objectifs de l’éducation officielle.
En février dernier déjà, le tribunal avait intimé l'ordre au sénateur Böger d'autoriser le Coran dans les écoles. Celui-ci avait freiné des quatre fers, estimant avoir un droit de regard sur le contenu des cours.
Les juges lui ont dénié ce droit, et la Fédération islamique lui réclame à ce titre l’équivalent de 700 000 F d’indemnités. »
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Et
le commentaire qu’il a inspiré (paru dans le B.T.A.G.) :
La contradiction laïciste et sa résolution
L’écrivain catholique Louis Veuillot écrivait que « la perfection d’une idée fausse est d’arriver à la contradiction ». Il est clair que c’est à ce point que nous en sommes arrivés avec la notion de laïcité, prise dans le sens qu’on lui donne dans nos démocraties occidentales.
L’Etat laïque ne reconnaît aucune religion en particulier, mais accorde néanmoins à chaque « citoyen » le droit de pratiquer celle de son choix. Il est possible que les athées et certains des catholiques « ouverts » qui défendent ce principe - imposé par des doctrinaires beaucoup moins naïfs - soient sincèrement convaincus de sa justesse indépassable. Que voulez-vous : certains disent que deux et deux font quatre, d’autres qu’ils font cinq et d’autres encore trois ; il n’y a donc pas de vérité. Ce sophisme fait que pour un athée, toutes les religions se valent et ne sont que des avatars de la superstition. Mais la « tolérance », vertu républicaine, exige de respecter les crédules dans leurs croyances, si bêtes soient-elles. Il est bien entendu que cette tolérance doit s’entendre dans des limites très strictes que l’on pourrait résumer par « immanence », mot signifiant « qui reste dedans ». La religion doit être immanente à la pensée de ses adeptes, sa pratique confinée aux lieux de culte, et ne doit avoir aucune incidence sur l’organisation de la société, sur ses lois. Car, c’est entendu, les lois doivent être « neutres », ... c’est à dires athées.
Une telle conception dénote une totale ignorance, non de la part des initiateurs, mais des propagandistes agissant en « désinformés-désinformateurs » qui la propagent, de ce qu’est la religion, composante ontologique de l’homme. Et même simplement de ce que sont les fondements d’une civilisation. Elle révèle un état de déracinement avancé, déracinement qui, comme l’a montré Hannah Arendt est un pré-requis nécessaire à l’installation d’un totalitarisme.
Mais voici que l’on découvre avec stupeur que les musulmans installés en grand nombre dans nos pays anciennement chrétiens, entendent bien, eux, et très logiquement, mettre leur religion en pratique dans leur vie quotidienne.
Comme la leur diffère de manière importante de celle des chrétiens, on voit bien l’incompatibilité foncière qu’il y a entre une législation chrétienne et une législation musulmane. Les chantres de la laïcité auraient-ils donc raison ? Non. Le penser, serait oublier que toute loi est sous-tendue par une conception de l’homme et de son agir. En l’occurrence, ce sont les conceptions de l’athéisme qui prévalent, avec la mort et le néant pour fin ultime de l’homme. Autre immanentisme. On ne peut y échapper : lorsqu’il gouverne, César a nécessairement une idée en tête. La loi est catholique, protestante, musulmane, juive ou matérialiste athée ; elle ne peut être neutre. Prétendre le contraire est une imposture. Telle est précisément l’imposture laïciste.
Cette imposture a été consolidée en confondant à tort le sens des mots « séparer » et « distinguer ». La distinction n’exclue pas des liens intimes, une communication, une concertation : dans un couple bien constitué, on distingue l’époux de l’épouse qui disposent chacun d’une large autonomie, mais au sein de l’entité couple les options fondamentales sont concertées et définies en vue d’un objectif commun. Dans un ménage séparé, tout lien est rompu. Contrairement à ce qu’affirme une argumentation fallacieuse, « l’alliance du Trône et de l’Autel » n’a jamais signifié, en Chrétienté, théocratie. Ceux qui seraient tentés de le croire, n’ont qu’à considérer l’âpreté des luttes entre papauté et monarchie qui ont marqué l’histoire ! Par contre, nos naïfs militants de la laïcité commencent à découvrir que cette théocratie, qu’ils redoutent à juste titre car porteuse de totalitarisme, est inscrite au coeur de l’Islam, longtemps accueilli par eux avec bienveillance et qui, lui, ne distingue pas le spirituel du temporel !
Mais, le laïcisme a trouvé la parade rhétorique à cette contradiction interne : ceux qui veulent mettre en pratique leur religion, la voir inspirer les lois, sont des « extrémistes », des « fondamentalistes », des « intégristes » (l’anticléricalisme virulent du XIXème siècle parlait de « fanatiques ») et sont jetés indistinctement en pâture à la vindicte populaire et au lynchage médiatique (pour l’instant). A l’instar du drogué, prêt à tout pour se procurer une dose toujours plus forte de narcotique, le matérialisme occidental, prosterné devant son sexe, son ventre et son bien-être, est affolé à la pensée d’être entravé dans sa jouissance. C’est pourquoi il lui faut impérativement éliminer les religions dogmatiques, vraie ou fausses. Les « modérés », c’est à dire les athées pratiques, seront momentanément conservés à titre de faire-valoir.
Catholix