« Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, de façon à la
faire parler et à faire tuer tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la
bête. Elle fit qu’à tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et
esclaves, on mit une marque sur la main droite et sur le front, et que nul ne
pût acheter ou vendre, s’il n’avait la marque du nom de la bête ou le nombre de
son nom.
C’est ici la sagesse ! Que celui qui a
de l’intelligence compte le nombre de la bête ; car c’est un nombre
d’homme et ce nombre est six cent soixante-six. » (Ap 13, 15-18)
« Séparés de moi, vous ne pouvez rien
faire. » (Jn 15, 5)
Qui n’a observé, depuis quelque temps, l’ubiquité sans précédent d’un petit drapeau tricolore comportant en son centre la découpe d’une Marianne les cheveux en catogan volant au vent de la liberté et souligné par l’inscription « LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE » ?
Il figure désormais partout, du moindre document administratif aux panneaux de travaux routiers. Cette présence massive est évidemment destinée à nous rappeler, de manière subliminale, par imprégnation, que ces trois mots flatteurs désignent des bienfaits que nous devons à notre régime et pour lesquels nous devons être prêts à payer le prix du sang.
Vraiment ?
Envisageons pour commencer le premier de ces mots. On ne peut en effet parler que de mots, puisque ces termes fortement polysémiques permettent toutes les équivoques. En vérité, il n’y a pas ici d’ambiguïté sur le sens que le propagandiste souhaite que nous accordions au mot de « liberté ». Il s’agit du sens le plus couramment entendu dans le public : « Être libre, c’est pouvoir faire ce que l’on veut. ».
Définition brutale qui est parfois nuancée en précisant que : « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres ». Sous cette dernière formulation, on retrouve alors pratiquement la définition « officielle » figurant dans l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 :
« La liberté
consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »
Elle ressortit donc à ce que la philosophie traditionnelle désigne par liberté d’action à côté de deux autres types de libertés : le libre arbitre et la liberté morale.
La vie n’est évidemment pas possible sans une certaine dose de liberté d’action : sans elle, comment se déplacer, travailler, manger, ... ?
Sauf à vouloir tromper – ce que nous excluons – en dissimulant secrètement sous un emballage aussi vendeur des significations que le lecteur moyen ne soupçonnerait pas, il convient de toujours préciser la nature de la liberté d’action dont on parle : liberté d’association, liberté d’entreprise, ...
La raison conçoit aisément que cette liberté d’action doit être réglée, mesurée, par autre chose de plus haut et qui transcende l’ensemble des individus. Seulement, la Révolution, incarnation de la révolte contre l’ordre voulu par Dieu, contre la loi naturelle, ne le conçoit pas du tout ainsi. Ses coryphées sont des fanatiques de cette seule liberté d’action, qui n’agit que pour et par elle-même.
C’est la liberté chantée par les sophistes[1] du XVIIIème siècle (Rousseau, Voltaire, ...) qui permet de retrouver « l’état de nature », seul capable de « rendre les hommes heureux » (supposés nativement bons mais « corrompus par la société », laquelle doit être détruite.)
«... dans cet état naturel dont jouissent les quadrupèdes indomptés, l'homme serait aussi heureux qu'eux... » [2]
Maurras la condense implacablement ainsi :
« La liberté du fou s’appelle folie, celle du sot, sottise, celle du bandit, banditisme, celle du traître, trahison, et ainsi de suite[3]. »
Pour retrouver cette liberté perdue, il s’agit donc de renverser les trônes (au sens large) et les autels, lesquels lui font obstacle. Cet objectif, partiellement atteint, est toujours d’actualité. La parousie consistera en la fusion universelle de toutes les nations dans une « Grande République », ce qui est l’objectif ultime des Loges[4]. Alors, la tour de Babel enfin reconstruite, les hommes devenus « libres et égaux » seront « heureux ».
Mais, dira t-on, il faut tenir compte de la limitation imposée : « ... sans nuire aux autres. » Une question fondamentale se pose alors : qui va dire les contours de « la liberté » ? Jean-Jacques Rousseau nous donne la réponse : c’est « la volonté générale » ; laquelle, comme on sait, ne coïncide qu’accidentellement avec la volonté de la majorité – ce qui serait d’ailleurs déjà une tyrannie, celle du nombre. Non, c’est le « peuple en soi », c’est-à-dire une infime minorité d’initiés inconnus du public[5]. Ainsi, décide t-on en loge qu’il faut « forcer d’être libres[6] » les « fanatiques » qui souhaitent éviter la concupiscence en leur imposant la pornographie publique. Parallèlement, on écrasera dans l’oeuf toute contestation par deux techniques éprouvées de contrôle de la pensée : la culpabilisation des timides et pharisiaïsation des orgueilleux : - « Je vous remercie mon Dieu de ne pas m’avoir fait comme ces intégristes rigides et fermés, moi je suis ouvert ... ». Des articles réguliers sur le sort des afghanes en régime Taliban par les hebdomadaires (sous contrôle) seront très efficaces. Des « esclaves » veulent-ils dormir la nuit dans nos villes ?! Qu’à cela ne tienne, il convient de les forcer d’être libres et de leur apprendre quelle est leur vraie volonté – car il l’ignorent – en leur imposant quelques bonnes « raves », au besoin en faisant réquisitionner par l’Etat des terrains privés[7], contre la volonté de leurs ci-devant propriétaires ...
De plus, il est facile de constater qu’une liberté de ce type est génératrice d’agressivité et de stress, puisqu’elle nous fait regarder les autres comme des trouble-fête, des rabat-joie, des ennemis même, qu’il faudra neutraliser, faire tomber « dans les poubelles de l’histoire » selon l’expression inoubliable de Trotsky.
Cette antinomie est parfaitement contraire aux principes naturels de vie dans une société organique, dont les fruits sont la paix et l’harmonie, ses membres jouant des rôles complémentaires et non concurrents..
En outre, une telle conception pousse l’Etat à un interventionnisme tatillon puisqu’on lui demandera à toute occasion et en tout domaine de poser les frontières. C’est le strict opposé de la subsidiarité et c’est la voie vers le totalitarisme, qui est le contrôle total par l’Etat .
Il s’agit d’une prérogative exclusive de l’homme : c’est la faculté, le pouvoir, qu’il possède, s’il le décide, de déterminer son agir autrement que sous l’effet de nécessités intérieures comme les réflexes ou les instincts. L’animal qui a faim et de la nourriture disponible, mange, s’il est en rut et a une femelle près de lui, il copule. Immanquablement. A l’inverse, l’homme peut, s’il le juge opportun et s’il en est capable, s’en abstenir. Mais l’homme moderne préfère souvent abandonner l’usage de son libre arbitre et se ravaler ainsi à la pure animalité. C’est cette dépossession volontaire qu’il appelle « liberté » mais qu’il devrait appeler aliénation, car, comme nous dit Jean Daujat[8] : « la personne qui se croit libre parce qu’elle fait tout ce qui lui plait n’est qu’un automate mené par l’état des ses nerfs et de ses glandes ».
Le libre arbitre signe la dignité unique de la personne humaine, qui est de relever d’elle-même, de sa propre juridiction, d’être sui juris. C’est de cette liberté là que l’on parle lorsque l’on dit que Dieu a voulu, en créant l’homme, qu’il soit libre, à son image. Mais, contrepartie redoutable : nous sommes responsables de nos actes[9] ! Ce n’est pas le cas de l’animal : le loup qui mange la brebis n’est responsable d’aucun crime : c’est dans sa nature de loup de manger des brebis. On ne peut lui reprocher. Il ne bénéficie pas du libre arbitre, il est uniquement soumis à ses instincts.
Le libre arbitre est souvent confondu avec une fausse notion de liberté appelée liberté de conscience et qui n’est en fait que l’égalité de statut donnée à la vérité et à l’erreur. L’école inculque dès l’enfance à tous les citoyens qu’il s’agit là de la plus grande conquête de l’homme.
Le libre arbitre n’est donc qu’un moyen, une possibilité, celle de décider « librement ». Toute la question est alors de savoir sur quels critères opérer les choix. Sur des critères moraux. Qu’est-ce à dire ?
Dans un entretien[10] intitulé « Dieu n’est pas dans les églises, mais sur les visages », le père Philippe Maillard, op. affirme : « Dieu a voulu faire de nous des hommes libres. Ainsi sommes-nous des gens partagés entre le bien et le mal. ». Cette réponse laisse à penser que l’usage de notre libre arbitre va s’opérer sous la forme d’un choix entre « le bien » et « le mal ».
Mais en observant nos comportements, il est clair que, hors les cas de satanisme avéré, que nous écartons ici, les hommes ne recherchent pas le mal en tant que tel mais acceptent plutôt la contrepartie mauvaise d’une satisfaction, d’un assouvissement, dont la recherche est leur motivation première : on ne boit pas pour avoir la cirrhose, mais pour jouir du goût du vin. Il en résulte qu’il est erroné de raisonner en termes d’alternative entre le bien ou le mal mais qu’il convient de le faire en termes de comparaison de biens.
Apparaît alors immédiatement la nécessité de disposer de critères de comparaison, d’échelles de valeurs de ces biens.
La réponse la plus couramment répandue à cet égard dans le public contemporain est exclusivement le recours « à sa conscience » [11]. Hélas, cette conscience, qui est une manifestation du « moi » enfermé en lui-même, immanent, ne pourra nous fournir une réponse objective, et l’on voit que l’on retombe, en dépit d’un vocable flatteur, dans le domaine de la liberté d’action livrée à elle-même.
D’ailleurs, on sait bien que cette fameuse conscience est malléable, et qu’il est toujours possible de trouver une justification à ses actes : il suffit d’y mettre le temps et de s’attacher à obtenir l’approbation d’une majorité. Par exemple, il est facile de constater – quelle que soit notre opinion personnelle – que l’avortement faisait l’objet d’une vive réprobation quasi-unanime jusque dans les années cinquante alors que c’est l’inverse qui prévaut actuellement. A quelques décennies de distance, le verdict de la conscience s’est tout bonnement inversé !
On voit donc, et ceci d’un strict point de vue logique – insistons sur ce fait -, qu’une saine notion de liberté ne peut se définir sans préciser un système éthique de référence, un jeu de « valeurs » qui soit extérieur à l’individu, de manière à être valable pour tous. Il importe ici au plus haut point de bien comprendre que, sauf à nier le réel – i.e. s’adonner à l’idéologie -, l’homme authentique, c’est-à-dire qui ne s’est pas dépouillé de ce qui le distingue de l’animal, à savoir sa raison, n’a pas le choix entre plusieurs systèmes de référence. En effet, la philosophie traditionnelle, ou réaliste, nous enseigne que l’objet propre de la morale est l’étude de la conformité des actes humains avec la fin dernière de l’homme, qui est la béatitude en Dieu.
D’où la nécessité pour l’homme révolté de commencer par clamer que Dieu n’existe pas et que partant, tout notre discours est frappé de caducité. Mais Dieu existe indépendamment de ses dénégations : cela se démontre[12].
Prenons l’exemple d’un mari tenté par l’adultère. Il a le choix entre deux biens : le plaisir sexuel attendu de la relation extraconjugale, qui est un petit bien (mais une forme de bien quand même ...), et l’harmonie de son foyer[13], qui est un grand bien[14]. La raison veut que son choix s’opère pour le plus grand bien. Pour le connaître, il va devoir se référer au minimum à la loi naturelle[15], et, mieux encore, aux enseignements de l’Eglise, Mater et Magistra. Dans le cas présent, il optera donc clairement pour la fidélité.
On peut comparer cette décision à celle qui aurait éclos d’un « examen de conscience » plus ou moins rapide : certains auraient assurément tranché en sens inverse, accompagnant tout au plus leur décision de quelques précautions pratiques destinées à garder leur acte plus ou moins secret.
Si l’on se limite à « la loi non écrite[16] », la possibilité que nous avons de connaître ce plus grand bien est un secours que nous devons aux innombrables générations qui nous ont précédés et qui ont patiemment accumulé les enseignements de la sagesse et nous les ont transmis. Si l’on se hausse au niveau de la morale chrétienne, nous le devons à Notre Seigneur et aux Pères de l’Eglise qui, au cours des siècles, se sont attachés, sous la conduite du Saint Esprit, à en interpréter les enseignements. C’est alors la vertu théologale de charité (la plus grande de toutes) qui nous guidera. Ce pouvoir (un savoir est un pouvoir) que nous avons est bel et bien une liberté ; c’est l’une des composantes de notre liberté morale.
Mais, le bon choix étant fait, aurons-nous la capacité de l’opérer ? en aurons-nous la force ? autrement-dit, serons-nous libres d’exécuter notre décision ? Je suis libre de construire une maison, mais si je n’ai pas assez d’argent pour le faire, ma liberté est illusoire !
Cette capacité à obtenir ce plus grand bien est l’autre volet de la liberté morale.
D’où la définition de la liberté morale :
La liberté morale
est la capacité à connaître, puis à atteindre, le plus grand bien.
·
Tout ce qui interdit d'y accéder, comme
l'ignorance, la passion, la pression du court terme, le manque de moyens, la
faiblesse, ... est une limitation de cette liberté.[17]
· Cette liberté n’est pas donnée sans effort, on y accède plus ou moins complètement après une préparation, un travail d’apprentissage. De plus, elle est en grande partie un don qui nous a été transmis gratuitement. Donc, en appelant simplement « liberté » la liberté morale qui, au fond, est la vraie liberté et qui peut s’exercer même si la liberté d’action est fortement entravée[18] :
Les hommes ne naissent pas libres, ils le deviennent.
« La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. Elle n’est pas à la racine, mais aux fleurs et aux fruits. » (Charles Maurras.[19])
Par l’acquisition, toujours remise en chantier et jamais achevée, des vertus cardinales, ... comme l’enseignent les catéchismes traditionnels et comme cela devrait être transmis[20] par ses parents et ses maîtres : justice, prudence, force et tempérance. Ces vertus permettent d’appliquer la loi naturelle sur la base d’un entraînement à connaître le réel, ce qui est.
La conséquence peut-être la plus dramatique et grosse de désastres à venir de la désinformation organisée massivement depuis plus de deux siècles sur la notion de liberté se situe dans le domaine de l’éducation de nos enfants. Il faut bien réaliser que l’homme livré à lui-même est absolument capable de faire n’importe quoi, notamment le pire.
Nous imaginant à tort que « la liberté » est innée, et que « c’est tout de même bien à eux de savoir ce qu’ils ont à faire ! », et à eux de savoir (par magie !) comment ils doivent se comporter dans la vie en toutes circonstances, nous ne leur transmettons presque plus rien. Le faire tant soit-peu est considéré comme « une atteinte à leur liberté. » Mais tout à l’inverse, nous les livrons sans défense aux dangers de la vie, à commencer aux ennemis que nous portons tous en nous-même (paresse, ...) sans parler de ceux qui les attendent dans la rue !
Les couples[21] se font (et se défont) au gré des affinités momentanées, sur le critère de la seule attirance physique le plus souvent. C’est normal, non instruits de la vie, les « jeunes » ne disposent que du seul thermomètre de la sensibilité, d’autant qu’ils peuvent observer à loisir beaucoup d’adultes d’âge avancé adopter les comportements les plus désordonnés, en fait calqués sur les leurs.
Le sort des enfants, s’il y en a, est alors remis dans les mains du hasard. Heureusement, l’instinct maternel évite le pire dans les cas les plus pénibles.
Dire à ses enfants que la finalité du mariage ne consiste pas en la gestion d’une communauté (plus ou moins fugace) d’intérêts égoïstes, notamment sensibles (recherche de la volupté) mais dans le développement harmonieux du foyer familial[22] et qu’ils doivent de ce fait rechercher un conjoint capable d’assumer, la vie durant, ses responsabilités, c’est impossible, pensez-donc : et leur liberté alors !
Et devant le spectacle de cette pauvre humanité à la dérive, quel est notre comportement, surtout lorsque notre confort en est affecté ? Nous multiplions les invectives[23].
Double
méprise : nous projetons sur eux les conséquences de nos propres erreurs
alors qu’ils en sont déjà victimes.
Le phénomène de non-éducation est la cause profonde de la délinquance actuelle et aucune répression ne pourra l’endiguer durablement : on n’éteint pas un incendie dû au gaz, sans, au préalable... couper le gaz. Aux dernières nouvelles, il est plutôt question d’en augmenter le débit...
Tout mettre en oeuvre avec assiduité pour fabriquer à l’échelle
mondiale des « sauvageons » et ... s’indigner qu’ils le soient. Telle
est la grande contradiction de notre monde éclairé et libéré.
Henri Verlhac
Appendice : la Loi naturelle.
« Nous tirerons le juste de l'observation de la nature »
Aristote
« Pour discerner la bonne loi de la mauvaise, nous
n'avons pas d'autre critère que la nature »
Cicéron.
L'ordre naturel est l'ordre
des choses de la réalité, tout ce qui est conforme à la nature des choses, et
en particulier à la nature de l'homme. Il ne faut oublier en aucun cas que
cette nature est, par la faute de nos premiers parents (péché originel), déchue.
L’homme est blessé : il capable du mal. L’erreur des sophistes du XVIII°
(Voltaire, Rousseau, ...), aujourd’hui universellement répandue, consiste à
nier le péché originel, i.e. à croire qu’il suffit de laisser les hommes se
comporter selon leurs penchants naturels, comme de « bons
sauvages », sans contraintes, pour que la société (qu’ils chargent de tous
les maux, comme si elle n’était pas l’émanation des hommes !) redevienne
bonne. L’ordre naturel des choses au sens où nous l’entendons ici tient
compte de la chute, et ne doit en aucun cas être confondu avec la fiction
rousseauiste, fruit du délire imaginatif et qui offense la réalité, ce que
chacun peut aisément constater : l’homme est enclin au mensonge, à la
tromperie, ...
La loi naturelle est
la loi morale (naturelle) que l'homme tire des exigences de sa nature (déchue)
et de la nature des choses en général.
Le droit naturel est
expression juridique de la loi naturelle.
L’existence de lois non écrites ayant préséance sur les lois des hommes
(lois positives) est admise par les Grecs anciens. Ainsi en témoignent les
propos que Sophocle prête à Antigone, qui avait bravé l'interdit du roi Créon
de ne pas donner de sépulture à Polynice : « Je n'ai pas pensé que des
décrets avaient un tel pouvoir qu'ils puissent autoriser un mortel à fouler au
pied les lois non écrites et immuables des dieux ». Il est clair que
ce que depuis le XVIII° siècle on appelle « les Droits de l’Homme »
en est l’exact contraire.
L’élaboration de la loi naturelle n’a pas été une mince affaire.
Le long travail des philosophes - travail toujours à
reprendre, à poursuivre et à compléter au fur et à mesure de l'évolution des
circonstances – a permis d’arriver, comme chez Aristote, à un savoir qui n'est
pas pour autant absolument exempt d’erreurs. La connaissance de la loi
naturelle, comme les autres connaissances humaines, se développe en effet
progressivement et par tâtonnement. L'application de la loi naturelle a permis
aux nations païennes d'atteindre une certaine grandeur comme le montrent l’éclat
des civilisations grecque et latine.
La Loi mosaïque, ou Décalogue, constitue dans ses commandements 4 à 10,
la partie de la loi naturelle appelée « loi non écrite » et
connaissable par les païens. Mais elle donne la primauté à Dieu dans les trois
premiers commandements. Et cette place est justifiée : qu’on les supprime
et tout s’écroule : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis »
nous dit Dostoïevski.
Sans
l’abolir, le christianisme, a ordonné le Décalogue à l’amour, offrant
ainsi aux hommes le moyen de l’accomplir sans qu’il soit perçu comme un joug.
La charité (agaph) est au-dessus de la loi de justice, mais ne
l'abolit pas : là où la loi naturelle (la justice) n'est pas respectée, il
n'y a pas de charité véritable.
***
[1] Cf. « Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme » de l’abbé Barruel, Hambourg 1798-99, réédité plusieurs fois. DPF, BP 1 - 86190 Chiré en Montreuil.
[2] Voltaire ; cité par A. Frament dans un article sur l’autorité des parents (revue de l’A.F.S. n° 161).
[3] Charles Maurras, « Mes idées politiques », Fayard.
[4] Il convient de lire impérativement à cet égard, le livre des professeurs J-C. Lozac’hmeur et Bernaz de Karer « De la Ré-volution », éditions sainte Jeanne d’Arc, « Les Guillots », 18260 Villegenon.
[5] Cf. les deux ouvrages de l’historien Augustin Cochin (mort en 1916) : « Les sociétés de pensée » et « La Révolution et la libre-pensée » publiés par Plon après la première guerre mondiale. (Ces livres ont fait l’objet de diverses rééditions : à rechercher chez les bouquinistes ou sur des sites comme livre-rare-book.com)
[6] Expression impérissable due à Rousseau, qui a inventé le totalitarisme en même temps que la démocratie moderne : « [...] Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose qu’on le forcera d’être libre ; [...] » (in Du contrat social, Livre I, Ch. 7)
[7] Comme cela a été fait dans les environs de Rennes en 2002.
[8] In « Physique moderne et philosophie traditionnelle », Téqui, 1983, note p. 107.
[9] devant les hommes, et c’est la justice terrestre, indispensable à la bonne économie de la cité. Mais aussi devant Dieu, et c’est la justice divine, qui sanctionne l’offense à l’ordre voulu par Lui. La première contribue à la seconde, puisque l’ordre naturel qu’elle participe à créer favorise l’épanouissement des vertus surnaturelles.
[10] in « Le Courrier français » du 26/10/2001.
[11] C’est à peu de choses près « le libre examen » de Luther.
[12] Aristote, malgré des connaissances scientifiques erronées qui était celles de son temps, l’a démontré, probablement pour la première fois dans l’histoire de l’humanité trois siècles et demi avant notre ère (Métaphysique, chapitre L.) On en trouvera des exposés rédigées en langage actuel dans tous les traités de philosophie réaliste, notamment dans le « Traité de philosophie » en 4 volumes de Régis Jolivet, Editions E. Vitte, Lyon, 1939. Nous ne disons pas que ces démonstrations (philosophiques s’entend), ramenées à 5 grands types par saint Thomas d’Aquin, sont accessibles à tous les esprits. Pour les comprendre, il est indispensable d’assimiler en profondeur un certain nombre de notions abstraites, ce exige une ascèse importante, du temps, de la continuité dans l’effort. Pour un premier contact, on pourra consulter le petit livre du physicien Claude Paulot, ancien élève du Pr. Jean Daujat à l’E.N.S. de la rue d’Ulm intitulé « Science et Création » et édité par Pierre Téqui. Il y expose très (trop ?) simplement la preuve dite « par la contingence ».
Il ne faut absolument pas confondre l’existence, l’unicité et les premiers attributs de Dieu (théodicée ou théologie naturelle), toutes choses qui relèvent de la philosophie et donc des seules forces naturelles de la raison, avec la Révélation chrétienne, qui relève de la foi. La confusion, qui est la règle, est le fruit amer de la diffusion pendant un siècle par l’Ecole Laïque de la sophistique kantienne et de l’apostasie post-conciliaire qui diffuse l’immanentisme et autres doctrines hautement hérétiques condamnées à l’aube du vingtième siècle par saint Pie X dans l’Encyclique « Pascendi ». Des évêques en arrivent en 2003 à écrire en toute impunité « qu’il ne savent pas si Dieu existe » (Mgr. Dufour, évêque de Limoges, homélies des confirmations, in "Le Courrier français", édition de Limoges du 25/07/2003, p.4).
Or la simple théodicée permet à l’homme, même s’il n’a pas la foi, de connaître sa fin, qui est Dieu et d’ordonner ses actes en conséquence. C’est pourquoi la morale, dans ses traits essentiels, relève bien de la philosophie (la vraie s’entend) et qu’il n’y en a pas deux possibles.
[13] C’est à dessin, et pour être compris du plus grand nombre, que nous omettons l’offense grave à Dieu (« péché mortel ») que constitue l’adultère, et qui dépasse en gravité les dommages terrestres (famille, ...).
[14] Ces deux biens sont de nature différente, et un développement serait utile mais il sortirait du cadre de ce court exposé.
[15] Cf. appendice et traités de philosophie morale traditionnels. Précisons qu’il n’y a pas de connaissance objective possible du bien et du mal sans connaissance de la finalité ultime des actes humains.
[16] cf. appendice.
[17] Par exemple, nous sommes parfois volontairement blessants, voire agressifs avec nos proches. S’agirait-il, contrairement à ce que nous avons affirmé, d’une volonté délibérée de faire le mal en tant que tel, le mal comme motivation première ? Non. C’est le signe, non de l’usage d’une prétendue liberté (de blesser quelqu’un), mais tout au contraire d’un manque de liberté, d’un manque de moyen (self-contrôle insuffisant) ou d’une carence de formation (trouver la juste réponse sous forme de meilleur bien) à une situation de détresse que nous subissons et que nous projetons contre autrui (et qui n’en est d’ailleurs peut-être pas responsable.)
[18] jusqu’à un certain point évidemment : n’ayant plus la possibilité même de penser, un prisonnier subissant des sévices permanents ne dispose plus d’aucune liberté d’aucune sorte. Mais, témoigner de sa foi ou d’une fidélité jusqu’à la mort – c’est sens du mot « martyre » – est un parfait exemple d’exercice de sa liberté morale dans un contexte de privation de toute liberté d’action.
[19] op. cit.
[20] Transmission et tradition ont des sens voisins et la même racine.
[21] ne parlons même pas de mariage !
[22] « [...] le mariage comme institution naturelle, en vertu de la volonté du Créateur, a pour fin première et intime non le perfectionnement personnel des époux, mais la procréation et l’éducation de la nouvelle vie. Les autres fins, tout en étant également voulues par la nature, ne se trouvent pas sur le même rang que la première ; et encore moins lui sont-elles supérieures, mais essentiellement subordonnées. [...] », Pie XII, Allocutions aux sages-femmes, 29 octobre 1951.
[23] La théologie chrétienne traditionnelle – et c’était sa grandeur indicible - séparait nettement, selon l’enseignement de NSJC le péché (qu’il fallait haïr), du pécheur (qu’il fallait aimer). En supprimant le péché (enfin, le mot, ...), la théologie nouvelle a engendré deux nouveaux paradigmes : « le c.. » et, dans sa version extrême, « le sal... », qui sont en quelque sorte des composés péché-pécheur, la notion de péché étant redéfinie à la lumière des Droits de l’Homme (sans Dieu). Il est politiquement correct et hautement gratifiant de railler les uns et d’abhorrer les autres. Une presse spécialisée a évidemment occupé le créneau.