LE MARIAGE CATHOLIQUE

 

Abbé Jean Viollet

 

 

 

I. LE MARIAGE

1. — La vocation au mariage

Parmi les vocations auxquelles les hommes sont appelés par la Providence, le mariage est l’une des plus nobles et des plus élevées. Par le mariage, l’homme et la femme deviennent les collaborateurs de Dieu dans la procréation des enfants ; ils sont appelés à se sanctifier mutuellement ; ils reçoivent, en même temps, la mission de former, par l’éducation, le cœur, l’intelligence et la volonté des enfants qui leur sont confiés, jusqu’au jour où ceux-ci sont enfin capables de se conduire par eux-mêmes.

 

2. — Elle repose sur l’amour.

Parce que Dieu est amour et qu’il a créé le monde par amour, il n’a pas voulu que les enfants naissent autrement que par l’amour que l’homme et la femme se vouent l’un à l’autre pour la vie entière.

C’est pourquoi l’amour doit être considéré avec un respect religieux. N’est-il pas consacré par un sacrement : le sacrement du mariage ?

 

3. — Elle demande une longue préparation.

Dès lors l’homme et la femme doivent se préparer longuement à l’avance, pendant leurs années d’adolescence, à la sublime vocation qui va faire d’eux les collaborateurs des œuvres divines.
Pour s’y préparer, le jeune homme devra garder son corps dans la chasteté, apprendre à respecter la femme, acquérir les qualités sur lesquelles pourra se reposer en toute confiance le cœur de celle-ci.

La jeune fille devra être réservée, veiller à la garde de son cœur, ne pas chercher des émotions sentimentales sans lendemain, mais s’habituer à des missions de dévouement et de générosité en commençant par sa propre famille.

 

4. — Ce que doit être l’amour.

L’amour n’est pas une satisfaction des sens ; pas plus qu’un rêve romanesque. Il est un sentiment fort et profond, le don généreux et durable d’un seul homme à une seule femme et d’une seule femme à un seul homme. Il exige que chacun donne à l’autre le meilleur de soi, s’applique à lutter contre les défauts qui font obstacle à l’harmonie conjugale, conquiert les qualités et les vertus qui enrichissent l’amour et lui donnent toute sa valeur morale et spirituelle.

Le véritable amour ne se confond pas, comme le croient trop souvent les jeunes, avec une béatitude sans mélange. Il est fait de joies et de peines, d’épanouissement et de sacrifices. Ceux qui prétendent n’en prendre que les joies, le tuent par avance ; alors que ceux qui en acceptent les charges et les soucis le garantissent contre les égoïsmes de la passion et les difficultés de la vie.

 

5. — Origine de l’amour

L’amour conjugal n’est pas une invention humaine. Il est voulu de Dieu. C’est le détourner de son but naturel que de n’y chercher que la satisfaction des désirs passionnels, sans se soucier de donner la vie à des enfants et de se consacrer ensemble à leur éducation avec le meilleur de soi-même.

 

 

II. LA PRÉPARATION AU MARIAGE

 

1. — La valeur de l’amour dépend de la valeur des âmes.

S’il y a tant de mariages qui ne réussissent pas, c’est qu’ils n’ont pas été préparés et que ceux qui se sont unis n’en avaient pas compris les exigences morales et spirituelles.
C’est un préjugé courant que l’amour naît et disparaît sans qu’on sache comment et sans qu’il y ait la faute de personne.

La vérité est toute autre. Si l’apparition de l’amour est toujours le résultat d’une rencontre fortuite ou préparée, sa durée et sa profondeur dépendent de la valeur des âmes et de la manière dont elles se seront préparées à aimer.

 

2. — Les erreurs des jeunes gens

Ce n’est pas, pour un jeune homme, se préparer à aimer que de multiplier les plaisirs sensuels au cours de son adolescence. Ces faux plaisirs que l’on prétend justifier par l’odieux proverbe : « il faut que jeunesse se passe », développent des habitudes de jouissance égoïste et sans responsabilité qui auront pour résultat de diminuer le respect dû à la femme et à soi-même. En donnant libre cours aux instincts inférieurs, les adolescents diminuent d’autant les délicatesses du cœur et les pouvoirs de la volonté.

Se préparer à aimer, c’est apprendre à se respecter soi-même et à se faire respecter par l’autre sexe ; c’est forger sa volonté en vue des obligations futures ; c’est aimer par avance celle qui est encore inconnue, par une fidélité anticipée ; c’est conquérir les qualités de courage, de loyauté, de maîtrise de soi et de dévouement sur lesquelles s’appuiera un jour le cœur de la femme.

 

3. — Les erreurs des jeunes filles

Pour la jeune fille, se préparer à aimer, c’est habituer son cœur à toutes les délicatesses du dévouement. Ce n’est pas apprendre à aimer que de provoquer et de troubler le sexe fort par tous les jeux de la coquetterie ; multiplier, par le flirt, les fausses émotions de la sensibilité : rêver à des passions amoureuses irréalisables. Le cœur ne vit que par le don de soi. Or pour apprendre à se donner, la jeune fille devra s’exercer au dévouement sous toutes ses formes. Celle qui n’aura pas su s’oublier au cours de son adolescence, ne saura pas s’oublier dans la vie familiale.

 

4. — L’amour est un enrichissement mutuel.

L’amour ne vit qu’autant qu’il est un enrichissement mutuel de l’homme par la femme et de la femme par l’homme. Beaucoup de mariages échouent parce que ceux qui se sont épousés ne possédaient pas les qualités qui auraient enrichi et épanoui l’âme de leur conjoint.

 

5. — Comment on s’y prépare.

C’est pourquoi jeunes gens et jeunes filles doivent s’appliquer à développer au maximum, pendant leurs années d’adolescence, les qualités propres à leur sexe.

L’homme doit se forger une personnalité forte et courageuse, un jugement droit, une conscience loyale ; conquérir les qualités qui donneront à la femme le sentiment qu’elle peut s’abandonner avec confiance à la droiture et à la générosité de son mari.

La femme doit développer en elle toutes les délicatesses du cœur ; conquérir les qualités de maîtresse de maison et se montrer apte à tous les actes qui rendent le foyer aimable et attrayant.
L’un et l’autre devraient se préparer à bien élever leurs enfants en se dévouant, pendant leur adolescence, aux œuvres de formation de la jeunesse.

 


III. LE CHOIX

 

1. — Du choix dépend tout l’avenir.

Le choix de l’époux et de l’épouse est d’une importance primordiale, car il ne faut pas oublier qu’il engage définitivement l’avenir. De lui dépend le bonheur ou le malheur du futur foyer, la vie morale et spirituelle de la famille.

 

2. — Ne pas confondre les qualités physiques avec les qualités morales.

Le choix peut être faussé de bien des manières. D’abord parce que l’on se préoccupe davantage des qualités physiques que des qualités morales. Le plaisir que l’on escompte en présence d’une « belle personne » enlève à l’esprit sa liberté d’examen et de jugement ; il empêche de voir la personne telle qu’elle est, avec ses qualités et ses défauts ; il nous porte à oublier que les satisfactions des sens sont variables et inconstantes et que le bonheur réside bien davantage dans l’union des cœurs et des volontés soucieuses d’un même idéal moral.

 

3. —La situation ne remplacera jamais l’amour.

Les considérations d’argent, les vanités sociales ne sont pas moins dangereuses quand il s’agit de se lier pour toujours. S’il convient de ne pas faire fi des problèmes d’argent et de situation quand il s’agit de fonder un foyer, les époux se prépareraient les pires désillusions s’ils se décidaient au mariage pour satisfaire de simples vanités sociales ou par goût de l’argent sans se préoccuper de mettre au premier plan les considérations morales, ciment de l’amour conjugal.


4. — Mettre au premier plan la valeur morale de la personne.

Si l’attrait physique doit avoir sa part dans le choix d’un conjoint, la valeur morale de la personne doit toujours être placée au premier plan. C’est pourquoi des renseignements sérieux et sûrs devront toujours précéder la décision finale.

 

5. — Nécessité d’une enquête approfondie

Il est nécessaire que les parents ou, à leur défaut, des personnes de toute confiance, aident leurs enfants à se renseigner sur les antécédents des candidats et de leur famille au point de vue moral et religieux. Ils ne doivent pas négliger la question santé. Nul n’a le droit dans une question d’où dépendent de futures existences d’agir sans s’être entouré de toutes les garanties possibles et sans s’être assuré des aptitudes morales et physiques de la personne à la création d’une famille saine.
Il n’est pas rare que des personnes, sans scrupules, désirant se faire épouser déguisent plus ou moins leurs vrais sentiments.

 

6. — La famille. Le milieu social

Encore que l’on n’épouse pas la famille et le milieu social de la personne choisie, ce serait agir avec la plus grande imprudence que de se décider au mariage sans s’être assuré au préalable que les habitudes de son milieu et son éducation ne seront pas de nature à provoquer des conflits et des incompréhensions.

 

7. —Les harmonies secondaires

Mais si la bonne entente exige avant tout la compréhension mutuelle, il est des harmonies secondaires qu’il serait dangereux de négliger. La différence du milieu social, de l’éducation reçue, la disproportion des fortunes sont autant d’éléments qui peuvent provoquer des gênes et des malentendus qui troubleront l’aisance des rapports quotidiens. Ce serait une erreur psychologique de croire que l’amour se suffit à lui-même et que les détails de la vie ne peuvent exercer sur lui aucune influence en bien ou mal.

 

8. — L’harmonie exige un idéal commun.

L’une des conditions essentielles à la bonne harmonie conjugale est la communauté de l’idéal moral et des convictions religieuses. Avant de s’engager dans les liens du mariage, les intéressés devraient toujours s’assurer qu’il y a concordance dans leur manière d’envisager les grands problèmes de la vie. Jamais ne pourront s’accorder ceux qui envisagent la vie comme un amusement et ceux qui la considèrent comme une vocation ; ceux qui ne partagent pas les mêmes principes de morale conjugale ; ceux qui ont des convictions religieuses et ceux qui n’en ont pas. Si les époux ne veulent pas se préparer des désaccords tragiques et des souffrances sans issue, il leur faut, avant même le mariage, s’être mis d’accord sur les grandes directives à donner à leur idéal conjugal et familial.

Une même direction morale est le fondement le plus sûr de la bonne entente conjugale. S’aimer, c’est orienter ensemble le présent vers un idéal dont on cherche, en commun, la réalisation.

 

9. — Cet idéal est particulièrement nécessaire quand il s’agit d’élever les enfants.

Le problème de la concordance des convictions morales et des croyances religieuses prend toute son importance quand il s’agit de l’éducation des enfants et de l’influence à exercer sur leur conscience. Quelles divisions dramatiques quand chacun des époux prétend faire passer dans l’âme de l’enfant des convictions contraires à celles de son conjoint.

 

10. — Les caractères

Malgré les préjugés courants, nous croyons que le mariage entre personnes de caractère différent, voire opposé n’est pas toujours à dé-conseiller. Il n’est pas rare que des caractères différents soient complémentaires et s’harmonisent dans la mesure même où ils ont besoin l’un de l’autre.

 

11. — Mariage de cœur ou mariage de raison

Faut-il opposer les mariages de « cœur » et les mariages de « raison » ? Assurément non, car ce serait laisser entendre que le cœur a le droit d’être déraisonnable et que la raison peut décider indépendamment des sentiments. Les mariages présentant les plus grandes chances de réussite sont ceux dans lesquels le cœur et la raison se sont harmonieusement compris et entendus.
Le mariage n’est pas une loterie, mais un acte libre, dans lequel, après avoir prié Dieu et examiné toutes les circonstances, la volonté se décide en pleine connaissance de cause.

 


IV. LES LOIS DE L’AMOUR CONJUGAL


1. — Y a-t-il une morale de la vie conjugale ?

C’est un préjugé courant de croire qu’après avoir reçu le sacrement de mariage, les époux ont le droit de se comporter comme bon leur semble et qu’ils ne sont soumis à aucune obligation morale spéciale.

 

2. — Les responsabilités de l’union conjugale

C’est une erreur d’autant plus grave que, de tous les actes humains, l’amour est l’un de ceux qui implique le plus de responsabilités personnelles et sociales. Si tous les actes humains relèvent de la loi morale, comment celui-ci pourrait-il faire exception ? N’est-ce pas de la manière dont nous nous comportons en face de l’amour que dépend le bonheur ou le malheur des autres ? Et n’est-ce pas au sein de l’union conjugale que les puissances génératrices prennent toute leur signification morale en bien ou en mal ?

 

3. — Les lois du mariage. La fidélité

Quelles sont donc les lois de l’amour conjugal ? La première est celle de la fidélité. Ceux qui prétendraient qu’ils sont en droit de concilier l’amour et l’infidélité, donneraient par là-même la preuve qu’ils n’aiment pas sincèrement. C’est pour assurer la sincérité du don que se font l’un à l’autre l’homme et la femme que le mariage est déclaré indissoluble. Cette indissolubilité aidera les conjoints à triompher des vicissitudes, des souffrances et des tentations de la vie. Fidélité et indissolubilité sont intimement liés.

La fidélité est non seulement possible, mais relativement facile, pour les conjoints qui pendant leur adolescence ont vécu chastement, pour ceux qui ont des convictions religieuses et s’appliquent, au cours de leur amour, à écarter occasions de faiblesse, à dominer les égoïsmes de la nature, à détruire en eux les défauts susceptibles de compromettre la bonne harmonie conjugale.

 

4. — L’infidélité ne rompt pas le lien conjugal.

Ce n’est pas à dire que les passions humaines n’auront pas pour conséquence de provoquer parfois l’infidélité de l’un ou de l’autre des époux. L’infidélité, quoi qu’en pensent les partisans du divorce, n’implique aucunement le droit pour l’époux lésé de rompre ses promesses. La faute de l’un des conjoints n’autorise pas l’autre à commettre une faute semblable en brisant le lien qu’il avait librement consenti en se mariant.

 

5. — Condamnation du divorce

Le divorce est donc en opposition formelle avec les lois de l’union conjugale. Le fait qu’il est accepté par la loi civile ne change en rien son caractère d’immoralité. Le législateur ne peut changer à son gré les lois morales qui doivent normalement présider aux promesses mutuelles des époux dans le mariage.

 

6. — La loi d’unité

A la loi de fidélité et d’indissolubilité vient s’ajouter celle de l’unité du lien conjugal, à savoir que le mariage n’est concevable qu’entre un seul homme et une seule femme. Le remariage entre divorcés n’est qu’une polygamie déguisée.

 

7. — L’union conjugale et la procréation des enfants

Nous abordons par là le difficile problème de chasteté conjugale, c’est-à-dire des règles morales qui doivent présider à l’union des époux.

Il suffit que nous considérions le plan de Dieu en dehors de toute idée préconçue, pour conclure que l’union des sexes a pour but principal premier la continuation de l’espèce.

Encore qu’il y ait entre l’homme et la femme des éléments d’union spirituelle sur lesquels nous aurons à revenir, il ne faut pas perdre de vue que la première conséquence du don qu’ils font l’un à l’autre, non seulement de leur cœur mais de leur corps, doit être l’acceptation loyale des conséquences qui en résultent naturellement, à savoir la conception éventuelle des enfants.

 

8. — Les enfants doivent naître au sein de la famille.

Jamais dans la pensée de Dieu les enfants ne devraient naître d’une aventure passagère. Les malheureux qui naissent dans ces conditions sont les victimes de l’égoïsme humain. C’est une union sincère et durable qui doit présider à la naissance et à l’éducation des enfants. C’est pourquoi l’institution du mariage se confond avec celle de la famille.

Mais, au sein même de la vie conjugale, se posent certains problèmes que les époux doivent regarder avec sincérité s’ils veulent que Dieu bénisse leur foyer et s’ils sont décidés à éviter les fautes qui les écarteraient de la vie et de la perfection chrétiennes.

 

9. — La tempérance

Ils ne doivent pas oublier qu’un danger les menace, celui de développer les plaisirs sexuels aux dépens du dévouement généreux et désintéressé. C’est pourquoi dès le début du mariage, ils devront s’appliquer à pratiquer la vertu de tempérance. Un grand nombre d’époux cessent de s’aimer après quelques années de mariage parce qu’ils se sont procuré le maximum de plaisirs et ont négligé de développer entre eux les qualités désintéressées qui donnent à l’amour toute sa valeur morale et spirituelle. Pour vivre et se développer, l’amour a besoin de lutter contre les égoïsmes de la nature et très spéciale-ment contre les égoïsmes de la chair.

 

10. — L’amour est le don de soi.

Les joies de l’union conjugale sont légitimes et peuvent puissamment contribuer à entretenir la bonne harmonie des époux, mais à condition qu’elles soient conformes au plan divin, c’est--à-dire qu’elles puissent servir, si Dieu le veut, à donner la vie à des enfants. L’amour s’oriente naturellement vers le don, d’abord le don des époux l’un à l’autre, puis par ce don, celui des deux époux ensemble aux enfants qui leur seront confiés.

 

11. — Le nombre des enfants

Pour peu que les époux aient compris la grandeur de leur vocation familiale, ils multiplieront généreusement le nombre de leurs enfants, autant que le leur permettront la santé de la femme et les conditions matérielles de l’existence. Ils se garderont des prétextes plus ou moins égoïstes trop souvent invoqués par ceux qui limitent sans raison majeure le nombre de leurs enfants.
Mais si désireux qu’ils soient d’élever une famille nombreuse, ils se trouveront peut-être un jour en face de telles difficultés que se posera pour eux inéluctablement la question de la limitation du nombre de leurs enfants.

 

12. — La perfection conjugale et la chasteté

Cette limitation, si elle est appuyée sur des raisons valables, pose, pour les époux, le difficile problème de leurs relations conjugales.

Ils savent que la morale réprouve les unions conjugales frauduleuses. Dès lors ils s’appliquent à les éviter et, pour se fortifier, contre leur propre faiblesse, ils cherchent dans la prière et la pratique des sacrements les secours qui leur sont nécessaires. Pour éviter que la continence ne nuise à leur bonne harmonie conjugale et à leur équilibre moral, ils multiplient l’un vis-à-vis de l’autre les attentions et les délicatesses du cœur et cherchent ensemble un dérivatif aux exigences de la chair dans un plus grand dévouement vis-à-vis de leurs enfants et de leur éducation. Gardant d’ailleurs le droit de se donner l’un à l’autre des marques de tendresse en veillant à ce que celles-ci tendent davantage à l’union des cœurs qu’à celle des corps, ils ne se troublent pas si ces tendresses ont provoqué involontairement quelque excitation d’ordre sexuel, ces excitations n’ayant pas été cherchées et voulues pour elles-mêmes. D’ailleurs ils se confieront loyalement à un directeur de conscience éclairé et s’aideront mutuellement à mettre ses avis en pratique.

N’étant pas parfaits et la pratique de la loi conjugale exigeant de longs et difficiles efforts, ils ne se laisseront pas décourager par des faiblesses toujours possibles. Ils les avoueront humblement et continueront les efforts qui les mèneront peu à peu vers un état meilleur et plus parfait. L’Église, qui continue la miséricorde de Jésus-Christ, garde pour le pécheur de bonne volonté la plus grande indulgence pourvu que celui-ci reconnaisse humblement ses faiblesses et s’efforce d’en triompher .[1]

 

 

V. LE MARIAGE DES CHRÉTIENS N’EST PAS UN SIMPLE CONTRAT, IL EST UN SACREMENT.


1. — Le mariage n’est pas un contrat ordinaire.

Notons tout d’abord que le mariage, considéré indépendamment du sacrement, n’est pas un contrat semblable aux autres contrats. Alors que les contrats ordinaires peuvent être révoqués par le consentement des parties contractantes, le mariage implique un engagement définitif que rien ne pourra briser, sinon la mort de l’un des conjoints. C’est qu’en effet, par le mariage, l’homme et la femme se vouent et se consacrent ensemble à une institution qui les dépasse et qui les lie tout à la fois : l’institution familiale. La société familiale repose sur le don mutuel qu’ils se sont faits l’un à l’autre devant Dieu et c’est pourquoi ce don a une valeur sacrée et définitive.

 

2. — Il est un sacrement.

Pour les chrétiens, sacrement et contrat sont une seule et même chose. Du fait que l’homme et la femme prennent Dieu à témoin en se don-nant librement l’un à l’autre, ils se confèrent mutuellement le sacrement de mariage. Le prêtre n’est là que pour bénir les époux, assister comme témoin, au nom de l’Église aux promesses qu’ils se font pour constater si elles sont sincères et libres et s’ils sont dans les conditions requises pour recevoir les grâces du sacrement.

 

3. — La loi n’a aucun pouvoir sur le mariage. Elle est tenue de protéger la famille.

La loi civile, malgré ses prétentions, n’a aucun pouvoir direct sur le lien conjugal, lequel dépend uniquement de la libre volonté des contractants. Ce n’est donc pas l’officier civil qui marie les conjoints, mais eux-mêmes qui restent seuls responsables de leur détermination.
L’officier d’état civil, le maire dans l’occurrence, se contente de constater l’existence et la validité du contrat afin d’en tirer les conséquences qui en résultent, notamment en ce qui concerne les biens des époux, leur situation juridique et celle des enfants. Ayant constaté le mariage, la société civile est tenue de protéger la société familiale qui vient de se fonder et d’intervenir au cas où il y aurait lieu de suppléer aux défaillances et aux abus toujours possibles des parents.

C’est donc par un excès de pouvoir que la société civile s’est arrogé le droit de faire et de défaire les mariages. Le divorce et le mariage des divorcés sont en contradiction flagrante avec les exigences du contrat sur lequel repose la société familiale.

 

4. — Les mariages nuls

Est-ce à dire que tous les mariages soient valides ? Non, il y a des cas où il y a seulement apparence de mariage. Dans ce cas le mariage est nul de plein droit et l’Église en prononçant ces nullités de mariage ne détruit pas un lien existant, elle se contente de constater que les conditions nécessaires pour que le lien soit valable n’existaient pas.

 

5. — Quelques conditions de validité du mariage

Voici quelques-unes des conditions nécessaires à la validité d’un mariage : la liberté morale des contractants au moment de l’engagement ; la certitude qu’il n’y a pas eu erreur sur l’identité de la personne épousée ; le pouvoir d’accomplir normalement l’acte conjugal ; l’absence de liens de parenté à un degré proche ; l’accomplissement des formalités requises par le droit canon comme la présence de témoins, etc.

 

6. —La déclaration de nullité n’est pas un divorce déguisé.

On le voit, la déclaration de nullité d’un mariage par l’Église n’a aucun rapport avec le divorce prononcé par un magistrat civil. Par le divorce, l’État prétend briser une union légitime et autoriser les intéressés à se remarier. L’Église se contente de déclarer qu’un prétendu mariage n’a jamais existé.

Les procès en nullités doivent être engagés devant l’officialité du diocèse. Il n’est demandé aucun frais aux époux indigents.

 

7. — Les grâces du sacrement de mariage

Parce qu’il est un sacrement, institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, le mariage confère aux époux des grâces spéciales qui leur permettront, s’ils sont fidèles, d’accomplir leur vocation d’une manière parfaite et sanctifiante.

Mais pour que la grâce du sacrement soit agissante, pour qu’elle produise tous ses fruits, au cours de l’évolution de la vocation familiale, il faut que les conjoints soient sincèrement croyants, et s’appliquent à pratiquer aussi parfaitement que possible les engagements et les obligations qu’ils ont contractées en se mariant.

 

8. — Quand elles seront données ? Quand elles seront refusées ?

Si par un mensonge implicite, les époux recevaient le sacrement de mariage avec de mauvaises intentions, comme, par exemple, celle de recourir au divorce en cas de mésentente, ou de se refuser au devoir de la procréation, non seulement ils n’en recevraient pas les grâces, mais ils commettraient un sacrilège.

Mais pour peu que les époux entrent dans le mariage en état de grâce, après une confession sincère et avec la bonne volonté d’y remplir leurs devoirs aussi parfaitement que possible en gardant l’union des cœurs, en veillant à la bonne éducation des enfants et en observant les lois de la chasteté conjugale, ils sont en droit d’attendre des grâces du sacrement toutes les forces et toutes les lumières qui leur seront nécessaires au cours de leur vie conjugale.

 

 

VI. DROITS ET DEVOIRS RÉCIPROQUES DES ÉPOUX


1. — L’entraide conjugale

Le mariage confère aux époux, comme nous l’avons vu, un droit réciproque sur leurs corps ; il implique l’obligation de s’entraider moralement et matériellement tout le long de la vie conjugale.

 

2. — Ensemble ils sont responsables de l’éducation des enfants.

Tous les deux sont responsables, au même titre, de l’éducation des enfants. Ils sont donc tenus de s’entendre chaque fois qu’il y aura lieu de prendre des déterminations au sujet de cette éducation.

 

3. — Les droits et les devoirs de l’autorité maritale

Encore que le père soit constitué, par Dieu, chef suprême de la famille, son autorité n’est moralement légitime qu’autant qu’elle s’exerce selon les lois de la morale et pour le bien commun des membres de la société familiale. Il est responsable devant Dieu des abus qu’il pourrait commettre à ce sujet.

 

4. — La femme possède la primauté de l’amour.

Si les qualités masculines confèrent au mari la primauté du commandement ; les qualités féminines confèrent à la femme la primauté de l’amour. L’amour tempère ce que le commandement pourrait avoir d’excessif et le commandement tempère les faiblesses possibles du sentiment.

 

5. — L’amour résout les difficultés.

Toutes difficultés au sujet du rôle réciproque des époux tendent à disparaître dans la mesure même où ils se portent respect et amour mutuels. Leur volonté, leur intelligence et leur cœur collaborent sans heurt à la bonne harmonie du foyer. Les problèmes sont résolus d’un commun accord, chacun s’appliquant à reconnaître le bien-fondé des avis et des réflexions de l’autre.
Cette harmonie exige un grand détachement de soi et l’unique souci de contribuer au bien général de la famille.

 

 

VII. LA BONNE ENTENTE CONJUGALE


1. — Sur terre, l’amour est un enfantement jamais achevé.

Sur terre l’amour n’est jamais pleinement réalisé ; il est un enfantement, mêlé de joies et de souffrances et ne peut progresser que grâce à la bonne volonté réciproque des époux.

 

2. — Les obstacles à l’harmonie

Si les premières joies de l’amour peuvent donner l’illusion d’un amour total et définitif, les réalités de la vie en commun ont tôt fait de faire apparaître des divergences de caractère et d’éducation, des habitudes et des défauts qui gênent l’harmonie conjugale et prouvent qu’il faudra le plus souvent de longs et pénibles efforts d’adaptation pour réaliser la fusion des personnes morales et faire passer l’amour des régions superficielles de la sensibilité jusqu’aux profondeurs de l’âme et de la volonté.

 

3. — L’amour s’entretient par la générosité des efforts.

Ceux qui s’arrêtent aux joies de l’amour sans en accepter les obligations morales, les verront peu à peu s’évanouir et laisser au cœur un goût d’amertume et d’insuffisance. L’amour ne grandit et ne satisfait les aspirations intimes du cœur qu’autant qu’il est le soutien des efforts que doivent faire quotidiennement les époux pour se corriger de leurs défauts, se mieux adapter l’un à l’autre, se dévouer ensemble à leur vocation familiale.

 

4. — Alternance de la joie et de la souffrance

L’amour implique comme une alternance de la joie et de la souffrance. Nous en avons une première preuve dans le fait que les joies de l’union conjugale se transforment normalement en un enfantement douloureux pour la mère et dans l’obligation pour le père de respecter pour un temps par la continence celle qui vient de mettre au monde un enfant. Et il en sera toujours ainsi : la joie de la paternité sera suivie des soucis de l’éducation ; mais les soucis de l’éducation prépareront à leur tour la fierté de voir grandir les qualités et les vertus des enfants auxquels on aura consacré le meilleur de soi.

Ceux-là se trompent étrangement qui croient pouvoir séparer l’amour des dévouements qui le doivent porter à se dépasser constamment lui-même.

C’est pourquoi il importe de préciser quelles sont les conditions grâce auxquelles les époux parviendront à s’aimer tous les jours davantage.

 

5. — Les erreurs de l’adolescence compromettent l’harmonie conjugale.

Nous ne nous étendrons pas sur les conséquences désastreuses que peuvent avoir sur la bonne entente des époux les mauvaises habitudes de la jeunesse. Comment le jeune homme qui s’est « amusé » risque de ne voir dans sa femme qu’un jouet et de ne rien comprendre aux aspirations généreuses et délicates du cœur féminin ? Comment la jeune fille qui, par vanité ou coquetterie, a joué avec son cœur et celui des autres ne saura pas garder un amour fort et persévérant, et ne verra dans son mari qu’un naïf, qu’avec un peu d’habileté on peut conduire à sa guise.

 

6. — Comment se prépare l’harmonie conjugale.

Pour préparer les harmonies futures, il faut que l’homme se soit habitué, dès l’adolescence, à respecter la femme et à fuir celles dont la légèreté ou l’inconduite risquent de fausser son idéal féminin ; que la jeune fille se soit appliquée à garder dans une chaste réserve, les charmes de son corps et les délicatesses de son cœur. Combien n’ont jamais su se comprendre au cours de leur vie conjugale parce que la vraie conception des rapports entre l’homme et la femme avait été faussée pendant leurs années d’adolescence.

 

7. — Maris, comprenez vos femmes. Femmes, comprenez vos maris.

L’intelligence psychologique d’un sexe par l’autre est un élément essentiel de la bonne entente conjugale. Le mari doit faire effort pour comprendre le caractère, la nature et les aspirations du cœur féminin et réciproquement. Cette compréhension mutuelle n’est d’ailleurs jamais achevée et doit s’adapter à tous les incidents de la vie en commun. Les époux ne s’épanouissent dans leurs rapports mutuels que dans la mesure où ils se sentent compris par leur conjoint.

 

8. — Confiance et confidences

La bonne entente ne peut subsister sans la confiance, laquelle implique que les époux auront l’un vis-à-vis de l’autre la plus entière franchise. La défiance mutuelle tue l’épanouissement des sentiments et pour l’éviter, il faut que la vie de chacun des époux puisse être étalée au grand jour. S’ils se dissimulent leurs démarches, leurs relations, l’emploi de l’argent et en général ce qui constitue la trame de l’existence quotidienne, ils préparent inconsciemment la séparation des vies et par conséquent des cœurs. Encore faut-il que la vie conjugale ne supprime pas les libertés et les indépendances nécessaires.

 

9. — Attentions et prévenances

C’est une grave erreur que de cesser, une fois marié, les attentions et les prévenances qui avaient donné tant de charme au temps des fiançailles. L’harmonie conjugale exige que les époux continuent tout le long de leur vie commune les efforts pour se plaire. Les négligences sur ce point risquent de faire naître l’indifférence.

 

10. — Il n’est aucun défaut qui ne nuise à l’harmonie conjugale.

Il ne faut jamais oublier qu’il n’est pas un défaut qui ne nuise à la bonne entente conjugale. Mensonge, paresse, jalousie, amour-propre, à plus forte raison égoïsme sous toutes ses formes, sont autant d’obstacles à l’harmonie des cœurs et des caractères.

C’est ne rien comprendre aux exigences de l’amour que de déclarer à son conjoint qu’il doit vous accepter tel que vous êtes. Un amour sincère implique que l’on se change tous les jours par amour de l’autre et que l’on s’efforce de corriger tout ce qui dans le caractère, risque de nuire à l’harmonie.

 

11. — Aucune vertu qui ne lui soit nécessaire.

L’amour ne peut vivre sans la vertu, je serais tenté de dire, sans toutes les vertus. Ce qui le préserve de la corruption, c’est une volonté sincère de perfection.

Pour s’aider mutuellement à bien vivre, les époux partagent leurs joies, leurs soucis et leurs peines. Ils s’entraident à devenir meilleurs tant pour leur propre bien spirituel que pour celui de leurs enfants.

 

 

VIII. PATERNITÉ ET MATERNITÉ


1. — L’amour vient de Dieu. Il est pour donner la vie.

C’est parce que Dieu est amour et qu’il a créé le monde par amour qu’il a déposé entre l’homme et la femme l’étincelle d’amour de laquelle devront naître les enfants.

Comme l’amour divin, l’amour conjugal doit être créateur, rédempteur et sanctificateur.

 

2. —L’amour est créateur.

Il est créateur puisque c’est par lui que sont conçues les créatures que Dieu veut appeler à la vie et que c’est lui qui va avoir à pourvoir aux besoins temporels et spirituels de l’enfant.

 

3. — Il est rédempteur.

Il est rédempteur puisque l’homme et la femme, par amour l’un de l’autre et par amour de leurs enfants, doivent offrir leurs joies, leurs travaux et leurs peines pour le salut commun de la famille.

 

4. — Il est sanctificateur.

Il est sanctificateur puisque l’époux doit se sanctifier par amour de l’épouse, l’épouse par amour de l’époux et tous les deux ensemble par amour de l’âme de leurs enfants.

 

5. — L’enfant

Le don que se font mutuellement de leur corps l’homme et la femme est un principe de vie et ne doit jamais être détourné de son but naturel : l’enfant. La venue de l’enfant transforme les époux en deux êtres nouveaux, animés d’un sentiment commun qui les élève au-dessus d’eux-mêmes, le sentiment de la paternité et de la maternité.

 

6. —Responsabilités nouvelles

Ensemble le père et la mère se sentent liés par une responsabilité immense, la protection et l’éducation du petit être sans force et sans lumière qui leur est confié. Tous deux se sentent appelés à le rendre aussi parfait que possible. Ils savent que l’enfant se nourrira des exemples qu’il aura sous les yeux et cette perspective les oblige à se perfectionner eux-mêmes.

Ils ont à former un cœur et une intelligence d’homme et de chrétien, et pour ce faire, ils ne vivront plus leur vie morale pour eux-mêmes, mais pour parfaire celle dont ils ont maintenant la responsabilité.

 

7. — Le bien de l’enfant exige la bonne entente des époux.

Ils veilleront à ne plus avoir entre eux la moindre mésintelligence et la moindre division parce qu’ils savent que celles-ci fausseraient la formation du petit être faible et sans défense qui leur est confié.

Ils comprennent que l’enfant a besoin de la double affection du père et de la mère et que cette affection ne vaut qu’autant qu’elle se concilie dans un sentiment unique : l’union pour le bien moral et spirituel de celui auquel ils vont dorénavant se consacrer.

Par la paternité et la maternité l’amour conjugal s’élève et se transfigure.

 

8. — Tentation

Mais que les époux ne se laissent pas tenter par une sorte d’égoïsme à trois, goûter les joies de la paternité mais les réduire au minimum. L’amour dès lors se replierait sur lui-même et se dépouillerait de la vie spirituelle vers laquelle il tend.

 

9. — L’amour ne vit que par le don.

L’amour ne se conserve et ne s’approfondit qu’en se donnant. C’est pourquoi les époux chrétiens multiplient le don d’eux-mêmes en multipliant le nombre de leurs enfants.
Ils acceptent par avance les travaux et les peines qui accompagnent l’éducation d’une nombreuse famille. Mais ils savent que les bénédictions de Dieu sont réservées à ceux qui les ont généreusement acceptés.

Les époux qui savent d’une façon certaine qu’ils ne pourront pas avoir d’enfants peuvent cependant user très légitimement de leurs devoirs conjugaux en vue de réaliser les autres fins du mariage, et pour favoriser la bonne entente conjugale.

 

 

IX. LES ENFANTS ET LEUR ÉDUCATION


1. —Le but de l’éducation

Le but premier du mariage ce sont les enfants. Non simplement les enfants conçus et mis au monde, mais les enfants élevés, c’est-à-dire conduits et dirigés par leurs parents vers la perfection humaine et chrétienne.

Les enfants ne sont la gloire et la consolation de leurs parents que s’ils ont été formés à l’amour du bien et à la fuite du mal.

 

2. — Ne pas se tromper sur le but à atteindre.

Que le père et la mère définissent ensemble le but à atteindre et se mettent d’accord sur ce qu’il convient d’appeler le bonheur de l’enfant.

Ni la santé, ni la fortune, ni l’absence de sacrifices ne constituent le vrai bonheur, mais le goût du bien, l’acceptation des peines de la vie, la volonté d’aimer Dieu et son prochain. Faire le bonheur de l’enfant, c’est lui apprendre à aimer les biens qui ne périssent pas et à ne se servir des autres que dans la mesure où ils sont utiles à la vocation.

Bien des parents ont fait le malheur de leurs enfants parce qu’ils s’étaient trompés, au point de départ, sur la notion du vrai et du faux bonheur.

 

3. — Les méthodes d’éducation varient avec les différentes conceptions de la vie.
Il va de soi que les méthodes d’éducation varient jusqu’à la contradiction suivant la conception que les éducateurs se font de la vie et de ses buts. Les méthodes ne sont pas les mêmes suivant que l’on croit ou que l’on ne croit pas en Dieu ; que l’on se représente la vie comme un ensemble de devoirs réciproques des hommes les uns vis-à-vis des autres, ou comme un champ de bataille où tous les moyens sont bons pour réussir. Il importe donc que les parents se définissent à eux-mêmes et devant Dieu l’idéal qu’ils s’efforceront de déposer au cœur de leurs enfants.

 

4. — L’éducation exige la perfection des parents.

L’éducation est avant tout une respiration : la respiration par l’âme de l’enfant et l’âme des adultes. Si l’âme des parents est riche de vie morale et spirituelle, les enfants se nourrissent quotidiennement de la richesse spirituelle de leurs parents. Par contre les meilleures méthodes d’éducation n’obtiendront aucun résultat durable si elles ne sont accompagnées des exemples qui forment et entraînent les volontés.

 

5. — La confiance

L’éducation n’est point un système compliqué de commandements, de permissions et de défenses. Si les commandements doivent jouer leur rôle, surtout au cours des premières années, ils ne remplaceront jamais la confiance seule capable d’éveiller chez l’enfant l’amour du bien qu’on désire lui inculquer.

La confiance n’implique pas l’abdication de l’autorité, bien au contraire. L’enfant gâté n’est pas un enfant confiant. La sévérité pourvu qu’elle soit tempérée par la tendresse ne gêne pas la confiance, à condition que l’enfant ait le sentiment qu’on ne l’a jamais trompé, qu’on s’est appliqué à l’aider en toutes circonstances et qu’on lui a donné les encouragements dont sa faiblesse ne peut se passer.

 

6. —L’enfant doit collaborer à sa propre éducation morale.

Le problème de l’éducation consiste à faire passer du dehors, c’est-à-dire de l’âme des parents, au-dedans, c’est-à-dire dans le cœur et la volonté des enfants, le bien qu’il faut pratiquer. Tant que l’éducateur n’est pas parvenu à faire dire sincèrement à l’enfant « je veux », il n’a pratiquement rien fait. Il faut que l’enfant collabore à sa propre éducation.

 

 

X. CONCLUSION

 

Le mariage est une œuvre divine.

L’union des époux doit contribuer à augmenter leur vie morale et spirituelle et préparer celle des enfants.

L’amour a été donné aux époux pour qu’ils collaborent, en s’aimant, à l’œuvre de Dieu, créateur et providence.

Il leur confie sa puissance pour qu’ils sub-viennent aux besoins matériels et spirituels de l’enfant ; son autorité, avec le pouvoir de punir et de récompenser, pour l’aider à fuir le mal et à pratiquer le bien.

Parce que les époux sont imparfaits et qu’ils sont souvent tentés par des fautes et des faiblesses qui contredisent leur vocation, ils ont besoin de s’appuyer sur Jésus-Christ tant pour obtenir le pardon de leurs fautes que pour être secourus par sa grâce, très particulièrement par sa présence eucharistique.

Ils invoqueront spécialement le Saint-Esprit qui leur apprendra à s’aimer et à aimer leurs enfants conformément à la volonté divine.

 

 

FIN

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[1] Il est des méthodes naturelles qui permettent de déterminer avec plus ou moins de certitudes la période de fécondité et d’infécondité de la femme. Ces méthodes pourraient permettre d’éviter à volonté les conceptions indésirables. Jusqu’à quel point l’emploi de ces méthodes est-il légitime ? Il ne l’est certainement pas, quand cette méthode est employée par les époux dans une intention égoïste alors qu’ils pourraient normalement augmenter le nombre de leurs enfants. Mais lors même qu’elle serait employée légitimement, c’est-à-dire pour une raison grave, santé de la femme, difficultés économiques, danger de désunion ou d’écart de conduite, les époux ne doivent jamais perdre de vue que son emploi risque de multiplier les égoïsmes charnels aux dépens de générosités du cœur. Dès lors les époux qui désirent élever leur amour mutuel vers une spiritualité toujours plus haute, n’emploieront cette méthode que pour éviter un plus grand mal et s’efforceront de la remplacer par des efforts tous les jours plus généreux dans le sens de la continence.