PRINCIPE DU MOTEUR DE LA REVOLUTION

par FAOUDEL.

Ce texte a paru dans La Gazette Royale ( Château de Bonnezeau 49380 THOUARCÉ.  uclf@worldonline.fr ), qui nous a autorisé à le mettre en ligne. Précisons que le site Contra Impetum Fluminis n’est en aucune façon lié ce mouvement.

 

 

 

Jean-Luc Chabot, dans son "Que sais-je ?" sur le nationalisme distingue deux types de sociétés :

•   La société hétéronome qui trouve sa justification, sa légitimité hors d'elle-même, dans la divinité; C'était le cas de l'ancienne France où Jésus-Christ était le vrai Roi et le roi, son lieutenant. Nous appellerons cette société : la cité de Dieu

•   La société autonome qui trouve sa justification, sa légitimité, en elle-même et plus précisément dans l'homme. C'est le cas des sociétés issues des trois idéologies révolutionnaires de 1789 : le libéralisme, le nationalisme et le socialisme. Nous appellerons la société autonome : la cité de l'homme-dieu.

Essentiellement, l'objet du combat entre ces deux cités, est une conception radicalement opposée de ce qu'est l'être humain.

Pour le chrétien :

•   Il existe une seule nature humaine à travers les âges. De la lecture des textes bibliques en passant par ceux de l'antiquité jusqu'à l'époque contemporaine, on constate que l'homme ne change pas : il se pose toujours les mêmes questions, éprouve les mêmes sentiments, il est toujours le siège des mêmes mauvais penchants.

•   La morale naturelle est une science fondée sur l'observation du comportement humain. Son principe part du constat que l'homme est un animal social et politique. Cette science étudie la hiérarchie dans les actes humains pour parvenir au bonheur maximum.

•   L'intelligence de l'homme a été obscurcie par le péché originel, et à cause de ses passions il est souvent tenté de justifier ses actes mauvais contre la morale naturelle. Pour l'aider à se repérer, Dieu, son créateur, grâce à la révélation, lui a fait cadeau des dix commandements résumés dans le commandement d'amour de Dieu et du prochain.

•   En tant que créateur, Dieu est la source du pouvoir : "Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu." Saint Paul.

•   Dieu est le principe et la fin de toute chose : "Au commencement était le Verbe" Saint Jean.

Pour le révolutionnaire :

•   Il n'existe pas de nature humaine, l'homme évolue continuellement à travers les âges vers quelque chose de supérieur. C'est la théorie de l'évolutionnisme, le mythe du progrès de l'humanité. Mais vers quoi l'homme peut-il progresser, si ce n'est vers une sorte d'état angélique puis divin ?

•   Il ne saurait y avoir de morale fixe. Mieux ! l'homme moderne estime superbement qu'il est parvenu à la phase "adulte" de son évolution, il doit donc s'affranchir de cette morale d'un autre âge, élaborée par l'esprit archaïque, frustre et masochiste de nos ancêtres.

•   L'évolution est inéluctable, c'est le fameux "sens de l'histoire. La Révolution permet d'accélérer la prise de conscience par l'humanité de sa grande destinée. L'homme en marche vers la divinité peut enfin décider pour lui-même, il est la source du pouvoir. Il prend d'ailleurs comme modèle un illustre précurseur : "Satan, premier révolutionnaire" Proudhon (théoricien socialiste)

La Révolution se présente à elle-même comme un mouvement permanent et éternel : "Au commencement était l'action" selon la parole célèbre du démon Méphistophélès dans le "Faust" du franc-maçon Goethe.

Mgr Gaume résume ainsi la doctrine révolutionnaire : "Je suis la haine de tout ordre que l'homme n'a pas établi et dans lequel il n 'estpas roi et dieu tout ensemble ".

Si la Révolution n'est pas naturelle, comment expliquer sa pérennité depuis deux siècles ? Comment se fait-il que le nombre de partisans de la cité de l'homme-dieu ne cesse d'augmenter ? Quelle est la source, le moteur du mouvement révolutionnaire de conversion des esprits ?

I LE MOTEUR DE LA REVOLUTION

1.1 Fonctionnement d'un moteur

La physique nous apprend que les moteurs fonctionnent grâce à deux paramètres :

1. une différence de potentiel (ou de pôle), c'est la ddp

2. un courant (ou débit)

Donnons quelques exemples :

•   un moteur électrique fonctionne grâce à une tension (ou différence de potentiels électriques : pôles plus et moins) et à un courant qui passe d'un pôle à l'autre.

•   un moteur thermique[1] fonctionne grâce à une différence de potentiels thermiques (source chaude, source froide) et à un courant thermique qui passe de la source chaude à la source froide.

•   un moulin à eau fonctionne grâce à une dénivellation (ou différence de potentiel d'altitude : le haut et le bas) et à un courant d'eau qui passe du haut vers le bas.

Il en va ainsi pour la Révolution qui est un mouvement d'idées.

Le moteur révolutionnaire fonctionne grâce à une différence de potentiels dans l'ordre des idées : THESE : ANTITHESE, et au courant d'opinions qui passe de la thèse à l'antithèse, de la Cité de Dieu à la cité de l'homme-dieu.

1.2 La ddp révolutionnaire : la haine

Le révolutionnaire qui veut hâter l'évolution de l'homme se heurte d'abord à l'inertie de la nature humaine. Pour "changer les mentalités", "faire bouger la société", susciter le mouvement, l'astuce consiste à créer des déséquilibres, des antagonismes (ddp) entre les personnes, en développant l'égoïsme des forts et la jalousie des faibles. Il s'agit de placer les individus dans une attitude mentale de révolte avec un argument moteur : INEGALITE = INJUSTICE. A cet effet, on cherche à mettre de la haine dans les différences qui existent naturellement entre les personnes (différences d'âge, de sexe, de classe, de sagesse...)

Alors que dans une société saine, ces inégalités naturelles sont sources d'échanges et de richesses pour tout le monde, dans la société révolutionnaire, elles deviennent des facteurs d'oppositions, de luttes, de ddp thèse/antithèse. La haine, la jalousie, l'égoïsme de part et d'autre, creusent les différences jusqu'à les rendre insupportables. Alors la révolte éclate et conduit la plupart du temps à une égalité imposée et artificielle dans laquelle persiste l'état de haine. En effet, à juste titre, l'autre est toujours suspecté de vouloir reprendre sa place naturelle. Souvenons-nous de cette fameuse phrase du philosophe Marcuse : "Il n'y a pas de doute qu'un mouvement révolutionnaire donne naissance à une haine sans laquelle aucune libération n 'est possible. Rien n 'est plus révoltant que le commandement d'amour : Ne hais point ton ennemi. "

On peut illustrer ce propos à partir des trois idéologies révolutionnaires :

Le socialisme oppose la classe prolétarienne déifiée à la classe bourgeoise de façon à aboutir à la dictature mondiale du prolétariat où est censée régner l'égalité. En fait, on sait ce qu'il en est : une élite non naturelle (la nomenklatura) opprime la cité.

Le nationalisme oppose la nation déifiée aux autres peuples. Les révolutions nationalistes conduisent toujours à la guerre expansionniste. Ex : la Révolution française déclare la guerre à l'Europe, il en va de même pour les révolutions de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste... A l'intérieur de la nation règne une égalité particulière : l'uniformité. On combat les minorités et les identités régionales car elles sont considérées comme facteurs de divisions.

Le libéralisme oppose les individus-dieux entre eux. Chaque personne est libre absolument, l'individualisme triomphe : l'autre est celui qui vient limiter notre liberté. Il faut donc s'affranchir de son autorité naturelle que son égoïsme peut rendre odieuse. Des conflits artificiels sont ainsi créés entre homme et femme, parents et enfants, enseignant et élèves, prêtre et fidèles, patrons et ouvriers. Quand on perd de vue le bien commun, la hiérarchie n'est plus justifiée, ce qui amène à la revendication de l'égalité absolue.

1.3 Le support du courant révolutionnaire : le suffrage universel.

L'expérience montre qu'établir de façon trop affichée, trop brutale ou trop autoritaire la cité de l'homme-dieu, aboutit à une panne du courant de conversion des esprits à la Révolution :

- échec de la Convention dans sa tentative d'imposer le culte de la déesse Raison,

- échec des révolutions socialistes avec leur matérialisme scientifique,

- échec des révolutions nationalistes quand la guerre tourne à leur désavantage.

La démocratie libérale, parce qu'elle contourne ces problèmes, se révèle être un moteur révolutionnaire bien plus performant que les idéologies nationalistes et socialistes :

•   Pour ne pas effaroucher l'opinion, elle s'attaque à l'ordre naturel par petites étapes successives. Par exemple, le divorce, l'avortement, le "mariage" des homosexuels ne seront pas légalisés en même temps (cela paraîtrait louche) mais petit à petit...

•   Pour parer toute contestation, grâce au vote, elle laisse croire aux personnes qu'elles ont elles-mêmes souhaité ces changements. Il suffit pour cela de travailler les esprits en suscitant des ddp, puis d'invoquer les mythes de la volonté générale, du sens de l'histoire, du progrès de l'humanité.

•   Pour détourner les attentions du véritable enjeu (la cité de l'homme-dieu contre la Cité de Dieu), elle crée une opposition artificielle, la ddp DROITE/GAUCHE dans laquelle :

- elle occupe la place centrale, celle de l'arbitre,

- elle place ses idéologies concurrentes (socialisme et nationalisme) ainsi que les formes bâtardes : social démocratie, libéral nationalisme, national socialisme...

A cause de leurs oppositions apparentes, on oublie ainsi que ces idéologies ont toutes pour finalité l'homme-dieu, et la Cité de Dieu perd ses combattants dans des batailles électorales qui ne les concernent pas.

Ainsi la démocratie, grâce au suffrage universel et à la ddp DROITE/GAUCHE, entretient un courant permanent de conversion des esprits à la Révolution : le moteur tourne, tourne, tourne.

 

II L'EPOUVANTABLE PIEGE DU SUFFRAGE UNIVERSEL

2.1 La démocratie est une religion

Nous allons démontrer que la supériorité de la démocratie libérale, par rapport aux deux autres idéologies, tient à ce que sa finalité (la cité de l'homme-dieu) se réalise dans son fonctionnement même.

Par le suffrage universel, indépendamment de l'âge, de la compétence, de la sagesse, tout individu est appelé à se prononcer sur la destinée de la Cité, en élisant des hommes qu'il ne connaît pas, et qui représentent des idéologies dont il ignore tout. Par référendum, on lui demande son avis sur ce qui relève de la morale naturelle (avortement) ou de décider du sort de ce qui ne lui appartient pas comme la disparition du pays dans l'Europe.

Aucune référence morale n'est reconnue à priori, aucun ordre naturel ne sert de point de repère. En bon disciple du démocrate et sophiste grec Protagoras, le votant finit par penser que "l'homme est la mesure de toute chose". Peu à peu, à son insu, par la pratique même du vote, il s'accoutume à l'idée qu'il est lui-même la source de la vérité, qu'il peut décider de ce qui est le bien et le mal.

Or, ce privilège ne revient-il pas à l'Auteur de toutes choses, à Dieu Lui-même ? De fait, objectivement, le votant se substitue à Dieu, il est l'homme-dieu. Souvenons-nous de la chute d'Adam : "Le serpent répliqua : le jour où vous mangerez de ce fruit, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal". Le péché originel fut le péché d'orgueil de l'homme qui voulait être maître du bien et du mal, qui refusait sa nature humaine.

S'attribuer une compétence que l'on ne possède pas, n'est-ce pas là la définition même de l'orgueil ? A chaque fois qu'il vote pour ou contre quelque chose qui ne relève pas de sa compétence, le citoyen commet donc un acte d'orgueil. De cette façon, chaque votant constitue une pierre d'orgueil qui sert à l'édification d'une gigantesque tour d'orgueil : LA DEMOCRATIE UNIVERSELLE, LA TOUR DE BABEL, LA TOUR DE L'HOMME-DIEU[2].

La démocratie est donc la religion de l'homme :

•    Elle a son dogme : le dogme de la volonté générale comme source du pouvoir. A l'instar de J-M. Le Pen, elle clame : "Depuis que le pouvoir ne se fonde plus en Dieu mais dans le peuple, c 'est lui qui doit faire l'objet de toutes nos considérations." (Entretien avec JMLP, Aspects de la France du jeudi 10 octobre 1991)

•    Elle a son credo : la déclaration universelle des droits de l'homme.

•    Elle a sa liturgie : la grand-messe de l'élection.

2.2 La solution suicide : Le parti catholique

La tentation est quelquefois grande de vouloir prendre la démocratie à son propre piège, mais l'histoire nous montre que jamais aucune tentative n'a abouti, même avec des conditions favorables.

Souvenons-nous de cette funeste affaire du Ralliement de l'Eglise à la République en 1892. La France d'alors est catholique dans son immense majorité et pourtant, le pays est dirigé par la IIIè République violemment antichrétienne. L'élite catholique est monarchiste. Aussi le pape Léon XIII fait-il le calcul suivant : l'Eglise n'est tributaire d'aucun type de gouvernement (monarchie, aristocratie, république). Donc, si on oblige moralement les catholiques à voter, il est mathématique que leurs élus seront majoritaires et la République deviendra chrétienne.

De fait, après le ralliement, tous les catéchismes font du vote un devoir du chrétien. On connaît la suite : en 1893 le nombre des députés catholiques passe en effet à deux cents, mais six mois plus tard, il retombe à 97. Aucun ministère n'est concédé aux ralliés et les lois antireligieuses reprennent de plus belle.[3]

Plus d'un siècle après, le bilan est accablant : la France est toujours révolutionnaire ; le parti catholique s'est évanoui dans la nature et on trouve des députés qui se prétendent "chrétiens" dans tous les partis de l'échiquier politique. Ils en ont épousé les idéologies respectives ; les catholiques en France sont devenus minoritaires.

Quelles sont les raisons de ce désastre ? Pourquoi le parti catholique soutenu par le pape, avec un rapport de forces extrêmement avantageux, a-t-il échoué ? A la lumière de l'étude précédente, nous donnerons deux réponses liées :

•    Créer un parti chrétien qui utilise les règles du jeu du système démocratique, rend à ce dernier l'éminent service d'apporter la contradiction, de susciter une nouvelle ddp. Cela engendre de nouvelles possibilités de mouvement d'idées. Grâce au vote chrétien, le moteur révolutionnaire se trouve alimenté par une nouvelle source de courant d'opinions.

•   A la manière de Léon XIII, il serait dangereux de ne considérer dans la démocratie qu'un mode de gouvernement. Nous avons vu qu'elle était essentiellement une religion, celle de l'homme-dieu. Comprenons bien que le révolutionnaire se moque éperdument pour qui l'on vote, pourvu que l'on vote. L'important est de pratiquer (praxis) cet acte d'orgueil. Il sait qu'ainsi s'opérera dans les âmes une transformation intérieure[4] à la manière de celle produite par un rite. Par le suffrage universel, le membre du parti catholique est conduit à adopter l'attitude mentale du révolutionnaire qui n'a d'autre maître que lui-même. Il pratique l'acte révolutionnaire tout en prétendant lutter contre la Révolution. Alors, à son insu, il agit comme un homme-dieu et il perd la foi.

N'oublions jamais que l'on finit toujours par penser comme on agit, c'est d'ailleurs en cela que réside l'extraordinaire importance du rituel religieux.

Pour illustrer notre propos, nous donnerons deux exemples significatifs :

1.   Se félicitant du taux participation record au référendum sur le traité de Maastricht, alors que le "oui" n'avait remporté qu'un tout petit 51 %, le quotidien OUEST-FRANCE annonçait en première page : "UNE GRANDE VICTOIRE POUR LA DEMOCRATIE".

2.   Dans le "COURRIER DE L'OUEST" du 8 janvier 1988, le grand-maître du Grand-Orient, Jean-Robert Ragache, titrait ainsi son article : "UN SEUL MOT D'ORDRE POUR L'ELECTION PRESIDENTIELLE : VOTER !"

 

III COMMENT ARRETER LE MOTEUR REVOLUTIONNAIRE ?

3.1 Dire la vérité et dénoncer l'imposture de l'homme-dieu

Il importe en premier lieu de rétablir les choses à leur juste place :

•    Reconnaître notre condition de créature entièrement dépendante de Dieu.

•   Accepter notre nature d'homme (animal social et politique) et essayer d'agir conformément à ce qu'elle réclame. C'est la condition pour accéder au bonheur maximum en ce monde et éternel dans l'autre. A cet effet, notre idéal doit être le respect des dix commandements et du commandement d'amour de Dieu et du prochain.

•    Dénoncer cette imposture qui fait de l'homme le maître du bien et du mal.

Dans la Cité de Dieu, à cause du péché originel, il y a toujours des fautes contre nature (et donc contre les commandements de Dieu) mais elles sont reconnues comme telles et regrettées. Dans la cité révolutionnaire, afin de donner libre cours à ses passions désordonnées et contre-nature, pour se donner bonne conscience, l'homme décide qu'il n'y a plus de péché. Il est à la fois juge et partie, sa morale est subjective et non plus objective (c'est bien pratique !). Or, le plus grand des péchés n'est pas tant d'aller contre une loi de Dieu, mais de dire que cette loi n'existe pas, car à partir de là, tout est permis..

• Dire la vérité haut et fort, sans concession : la vérité est une, on ne peut pas en prendre et en laisser à notre guise, nous n'en sommes pas maîtres[5]. Or, dans le jeu démocratique, il faut faire nombre si l'on veut faire entendre sa voix. Aussi le chrétien entre-t-il dans le parti dont il juge l'idéologie la plus acceptable. Pour ne pas heurter ses nouveaux amis, il est conduit à faire des concessions, à taire certains points de la doctrine qui ne sont pas dans l'air du temps ; d'ailleurs il finit par oublier ces détails gênants. Il est remarquable que tous les partis comptent des catholiques parmi leurs membres, mais aucun n'affiche la doctrine du Christ-Roi dans son programme. On en déduit que ces chrétiens engagés ont honte d'une partie de la vérité révélée et qu'ils l'ont censurée. Par là, ils se rendent en quelque sorte maîtres de la vérité, ils savent mieux que Notre-Seigneur ce qui est bon pour nous : ils sont donc devenus, eux aussi des hommes-dieux.

3.2  Pour réduire la DDP : Mettre de l'amour dans les différences

Si notre devoir exige de demeurer intransigeants avec les idées, il comporte aussi d'être indulgent avec les personnes et d'accepter les inégalités naturelles qui proviennent de ce que nous sommes limités : nous avons tous des défauts, des infirmités mais aussi des expériences, des compétences et un passé différents.

L'Evangile nous dit "Heureux les artisans de paix" : à l'inverse du révolutionnaire et conformément au commandement du Christ, le chrétien mettra de l'amour dans les différences naturelles et apaisera les tensions sociales.

Il ne s'agit pas de faire disparaître les inégalités naturelles, et ceci précisément parce qu'elles sont dans notre nature. En effet, c'est grâce à ces inégalités que la vie sociale est possible. Tout au long de notre vie nous avons besoin des autres : dans l'enfance et l'adolescence pour notre éducation, à l'âge adulte car nous n'avons pas toutes les compétences, au soir de notre vie car nous sommes diminués.

Ainsi c'est l'amour du prochain qui donne son bonheur, sa prospérité, sa richesse à la société. Contrairement à ce que prétendent les "chrétiens révolutionnaires", Notre-Seigneur n'est jamais venu abolir les inégalités, Il affirme sa royauté et sa supériorité hiérarchique tout en donnant l'exemple à suivre : "Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et Maître, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres " Jean, XIII, 14.

Le devoir du chrétien est donc de servir ses frères dans l'amour du Christ, chacun à son niveau. De cette façon, il oeuvre pour le bien commun qui consiste dans la concorde harmonieuse entre les personnes, il réalise ainsi la Cité de Dieu.

3.3  Pour tarir le courant : Cesser de voter

Depuis deux cents ans les partisans de la Cité de Dieu s'épuisent dans les combats démocratiques et leur nombre ne cesse de diminuer. Nous en avons analysé la raison ; la règle du jeu démocratique est truquée, elle est la machine à perdre les chrétiens. La pratique (praxis) du vote, sans les compétences requises, constitue un acte d'orgueil qui aboutit à une usurpation de la place du Bon Dieu et à l'acceptation des idéologies.

Voter, c'est reconnaître la règle du jeu, la loi du nombre. C'est donc reconnaître la validité de la condamnation du Christ par la foule. Le Juste, le Doux, l'Innocent est mort par plébiscite, par la pression démocratique, parce que Dieu n'était pas à la hauteur des misérables ambitions des prêtres et des pharisiens. Ce qui est ignoble, ce n'est pas seulement le résultat du choix populaire, la condamnation de Dieu mais c'est surtout le fait que ce choix ait été accordé au peuple. C'est d'ailleurs en cela que réside le crime du très libéral Pilate.

Mais de nos jours, ne sommes-nous pas confrontés à la même situation ?

Par exemple, quand un pays organise un référendum sur l'avortement, voici ce que l'on entend parmi les catholiques conscients du caractère monstrueux de cette consultation électorale[6] : "Je sais que voter dans cette situation est intrinsèquement mauvais mais si je peux grâce à ça sauver des vies..." Résultat : de toute façon le "oui" sera voté, sinon la Révolution répétera l'opération jusqu'à ce que le "oui" passe, et ce sera définitif car on n'arrête pas le "sens de l'histoire". Et nos bons catholiques de se lamenter et de lever les bras ..."

Cette attitude est criminelle : ce n'est pas contre l'avortement qu'il faut se battre, c'est contre les institutions politiques qui permettent que de tels choix soient possibles. Le devoir civique du citoyen chrétien n'est pas de voter mais de travailler de toutes ses forces à promouvoir une institution politique qui respecte l'ordre naturel.

La reconstruction de la Cité de Dieu passe par l'affaiblissement de la cité de l'homme-dieu, donc par le refus des règles du jeu démocratique.

Cessons de voter et le courant qui alimente le moteur révolutionnaire tarira, la Révolution tombera en panne et sera vaincue.

En France, une institution politique ayant pour idéal la Cité de dieu a déjà existé : c'est la monarchie légitime. Elle est dépositaire de l'unique doctrine politique naturelle antérieure aux idéologies de 1789.

La constitution de l'ancienne France était fondée sur deux principes inséparables :

•   Une légitimité naturelle : afin de réaliser le bien commun, l'unité harmonieuse, on choisit le gouvernement d'un seul ; ce qui est "un" réalise plus l'unité que ce qui est multiple. Le roi n'est pas désigné par les hommes mais par sa naissance, ce qui évite les querelles de succession et préserve l'unité.

•   Une légitimité surnaturelle : ce successeur ne devient vraiment roi qu'avec le sacre où il reconnaît devant son peuple la suzeraineté de Jésus-Christ Roi de France et où il reçoit les grâces nécessaires pour gouverner en conformité avec les lois de Dieu et de l'Eglise.

 

FAOUDEL

BIBLIOGRAPHIE : "Notre Charge Apostolique" Saint Pie X, Lettre sur le Sillon.

 

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[1] Remarque : la modélisation mathématique du moteur thermique est due au physicien révolutionnaire Carnot.

[2] Remarquons bien que le vote n'est pas condamnable en lui-même : il est parfaitement légitime de voter lors d'élections professionnelles, de municipales dans une petite ville, etc. Nous le répétons : ce qui est visé ici, c'est le vote pour quelque chose qui ne relève pas de notre compétence.

[3] Léon XIII lui-même reconnut publiquement devant six cents pèlerins français, le 21 avril 1903 : "La France reviendra aux traditions de Saint Louis ou elle périra dans la honte et la ruine ". Un an plus tôt, il aurait déclaré "Eh bien ! puisqu'ils sont inconvertissables, il n'y a plus qu'une chose à faire : les renverser ! " cité par "Le Bloc Catholique" juillet 1914, p. 251. Benoît XV répondit à Mgr Marty qui lui demandait de lever les équivoques sur la conduite politique des français à l'égard de la République : "La base de l'action catholique reste toujours le terrain religieux. PAS DE RALLIEMENT. Sous Léon XIII, il parut nécessaire de dissiper certains préjugés tendant à établir l'incompatibilité du catholicisme et de la forme républicaine. La démonstration a été suffisamment faite. Il N'Y A PAS A Y REVENIR. Le crime inexpiable de la république, c'est l'assassinat des âmes". Lettre du pape Benoît XV à Mgr Marty parue dans le Bulletin catholique de Montauban, le 8 mai 1915.

[4] "Le serpent séducteur symbolise un instinct particulier .. dont le propre est de faire éprouver à l'individu le besoin de s'élever dans l'échelle des êtres. Cet aiguillon secret est le promoteur de tous les progrès." Oswald Wirth"La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes" Tome I p.92, édition Dervy-Livres, Paris 86.

[5]  "Les grands conflits d'idées qui agitent à l'heure actuelle la société moderne et qui s'étendent jusqu'aux derniers secteurs de la vie économique exigent des esprits solides et irréductibles. Les autres, ceux qui doutent, ceux qui restent dans l'ambiguïté ou l'incertitude doivent se résigner à échouer et à succomber, quelle que soit par ailleurs l'intelligence dont ils peuvent être dotés. " Pie XII, Allocution "Quale anniversario" du 10 juin 1945.

[6] L'avortement est contre-nature, que le peuple soit pour ou contre.