La vie intérieure
Mihi
vivere Christus est.
Le Christ est ma vie.
(Ph,
1, 23)
Pour montrer tout d'abord l'importance du mystère du Christ pour chacun de nous, à quelque degré de vie intérieure que nous nous soyons, fussions-nous à un degré infime, voyons ce qu'il faut entendre par la vie intérieure au sens le plus général de cette expression, puis en un sens plus déterminé et plus profond.
***
La
conversation intime de chacun avec soi‑même et notre vouloir foncier
Ces
mots de « vie intérieure » évoquent tout de suite l'idée d'un recueillement
plus ou moins profond qui parait inaccessible à la plupart des gens qui vivent
dans le monde, occupés de leurs affaires, dont ils cherchent à se distraire de
temps à autre par les divertissements à leur portée.
Il y a, dans cette manière assez courante de voir, du vrai et du faux. La vie intérieure, comme l'expression l'indique, suppose un certain recueillement en Dieu, mais ce recueillement n'est pas aussi inaccessible qu'il paraît au premier abord.
Il faut d'abord remarquer que tout homme, bon ou mauvais, a, à certaines heures du jour, une conversation intérieure plus ou moins profonde avec lui‑même, dès qu'il se trouve seul, et même assez souvent au milieu du bruit d'une grande ville. L'ouvrier qui revient le soir de son travail dans un tramway, lorsqu'il ne cause pas, ne plaisante pas avec ses compagnons, paraît souvent soucieux : il a une conversation intérieure avec lui‑même. A quoi pense-t‑il ? Peut‑être à ceci que, dans huit jours, il n'aura plus de travail : comment fera‑t‑il pour nourrir sa femme et ses enfants ? Sa conversation intérieure avec lui‑même change suivant qu'il est jeune, d'âge mûr ou déjà vieux. Jeune, il pense à l'avenir ; vieux, il porte en lui l'expérience accumulée d'une soixantaine d'années, et cette expérience tend à se traduire en un jugement global, qui est le jugement de cet homme sur la vie ; jugement fort différent suivant que sa vie a été bonne ou mauvaise, suivant que lui‑même est chrétien ou. ne l'est pas.
***
La
vie intérieure est une forme élevée de cette conversation, de chacun avec soi‑même,
lorsque celle‑ci devient, une conversation
avec Dieu.
Il y a en effet dans l'entretien, intime de
chacun avec soi-même non seulement la vie des sens, celle de l'imagination, de
la mémoire sensible et des émotions de la sensibilité, qui existent déjà chez
l'animal, il y a encore une certaine vie de l'esprit, de l'intelligence, qui
porte son jugement sur l’existence, et un acte plus ou moins latent de la
volonté, faite pour aimer et vouloir le bien. Il y a dans cet état intérieur un
certain amour foncier, un certain vouloir profond qui n'est pas le même
chez tous les hommes[1].
Suivant
que ce vouloir est rectifié ou non, qu'il
est bon ou mauvais, l'homme juge tout différemment de la fin dernière à
poursuivre. Tous cherchent le bonheur ; mais les uns le cherchent là où il est,
dans le vrai bien ; les autres là où il n'est pas, dans les satisfactions de la
sensualité ou de l'orgueil. Et suivant que la volonté profonde est bien ou mal
disposée, on juge tout différemment de la fin dernière[2].
Beaucoup,
sans vouloir se l'avouer, s'aiment eux‑mêmes par‑dessus tout et
font plus ou moins consciemment tout converger vers eux, comme s'ils étaient le
centre de tout. Ils ont avec cela, et comme à côté, un certain amour souvent
inefficace de leur famille et de leur patrie. On ne dit pas qu'ils ont une vie
intérieure : car leur conversation intérieure avec eux‑mêmes est plutôt
de la mort ; au lieu de les élever, elle les abaisse. Selon l'Evangile, ces
âmes sont dans un état de mort spirituelle ou de péché mortel. Le vouloir foncier en elles est détourné
du véritable bien, du Souverain Bien, principe de tous les autres ; ce qu'ils
cherchent surtout ce n'est pas la vérité, et le vrai bien de l'homme, de leur
famille, de leurs enfants, de leur patrie, c'est la délectation plus ou moins
durable et l'argent utile pour se la procurer. Ils vivent, dit la philosophie
chrétienne, de la recherche du bien délectable et de l'utile, sans s'élever à
vouloir vraiment le bien honnête conçu
par la droite raison comme l'objet de la vertu.
Leur
vouloir foncier va à la mort, et non pas à la vie ; ils n'ont pas de vie
intérieure, ce qu'ils trouvent au fond d'eux‑mêmes, c’est la mort et
c'est pourquoi ils cherchent à se fuir
eux‑mêmes, à s'extérioriser soit dans l'étude, la science, l’art,
l'activité sociale et politique, ou à vivre de la vie de l'imagination et des
sens et à oublier leur triste jugement
sur l'existence, qui les conduirait au découragement et au pessimisme. Pascal
dit à ce sujet que l'homme qui veut se fuir lui‑même, en se livrant par
exemple à la chasse, préfère la poursuite du lièvre au lièvre lui‑même,
et en vient, dans un ordre plus élevé, à préférer
la recherche de la vérité à la vérité.
Il lui faut toujours du nouveau. C'est l'inverse de la contemplation
immobile de la vérité obtenue. Cet homme cherche à se fuir, pour éviter la
lassitude, le vide, le découragement. Mais
quelquefois l'heure du découragement devient, par la grâce de Dieu, celle de
la conversion. La chose est arrivée plusieurs fois : tel désespéré,
avant de se donner la mort, se rappelle le nom de Dieu, l'invoque et,
entrevoyant la grandeur du mystère du Christ et notre rédemption, se convertit
et se donne désormais pleinement au service de Dieu et au salut des âmes.
Sans
en arriver là, de temps en temps passe dans l'âme en état de péché mortel
quelque noble pensée comme celles‑ci :
« L’honneur est la poésie du devoir » ; « une belle vie est une pensée de
la jeunesse réalisée dans l'âge mûr » ; et parfois une grâce actuelle
vient éclairer une de ces nobles maximes pour nous porter à chercher plus haut.
***
Lorsque
le vouloir foncier d'un homme porte
sur le bien honnête, objet de la vertu, lorsque l'homme veut, non pas seulement
par velléité, mais de façon efficace, le
bien lui-même ou le devoir, plus que la délectation et ce qui est utile pour
l'obtenir, alors on peut dire de lui qu'il a déjà une certaine vie intérieure. Si tel est son vouloir
foncier, alors la conversation intérieure qu'il a avec lui‑même aux
heures de solitude, dans le silence ou au milieu de la foule, est une
conversation qui va à la vie. Au fond, cet homme, qui aime vraiment et
efficacement le bien plus que soi, commence à s’entretenir intérieurement non
plus seulement avec lui-même, mais avec Dieu.
Saint
Thomas[3]
dit que lorsque l'enfant même non baptisé arrive pleinement à l'âge de raison,
il, doit choisir la route du bien et du devoir de préférence à celle du
plaisir, il doit vouloir efficacement le
bien véritable et orienter dès cet,
instant toute sa vie dans ce sens ; car on veut la fin, au moins confusément connue, avant de vouloir les moyens.
Or vouloir efficacement le bien véritable plus que soi, c'est déjà aimer plus
que soi le souverain Bien, qui est Dieu, auteur de notre nature. L'homme déchu
n'est pas capable d'un pareil amour
efficace, sans être régénéré par la grâce qui le guérit du péché originel ;
et c'est pourquoi saint Thomas (ibid.) ne
craint pas d'enseigner que l'enfant, même non baptisé, qui, arrivé pleinement à
l'âge de raison, aime efficacement le
bien plus que soi, est justifié par le baptême de désir, parce que cet
amour, qui est déjà l'amour efficace de Dieu, n'est pas possible dans l'état
actuel de l'humanité, sans la grâce régénératrice[4].
Oh
! sans doute, cet enfant, s'il n'est pas dans un milieu chrétien, trouvera bien
des difficultés pour persévérer ; mais s'il persévère, il recevra des
grâces toujours plus fortes et sera sauvé.
Dans
un milieu chrétien il sera, cela va sans dire, beaucoup plus aidé. Et c'est
pourquoi c'est une si grande grâce d'être né dans l'Eglise.
***
Il
importe d'insister sur ce point : dès que le vouloir foncier d'un homme se porte efficacement sur le bien véritable, l'homme est justifié, il est
en état de grâce, il a en lui le germe de la vie éternelle. Il a déjà une
certaine vie intérieure, qui est vraiment une vie, sans qu'il y ait peut‑être
encore le recueillement désirable.
L'homme
en état de grâce et qui y persévère depuis assez longtemps arrive à avoir,
surtout aux heures de solitude, dans le silence d'une église, ou au milieu de
la foule, une conversation intérieure avec lui‑même qui n'est plus celle
de l'égoïsme et de l'amour‑propre, mais qui est déjà, à sa manière, une
conversation avec Dieu.
Lorsque
le soir dans un tram on est assis à côté de plusieurs ouvriers qui rentrent de
leur travail, il est parfois assez facile, sans avoir le don du discernement
des esprits de reconnaître parmi eux ceux qui s'égarent dans 1'inconduite et
qui font le malheur de leur famille, s'ils en ont une, et ceux au contraire qui
vivent de la pensée du bien et obscurément de la pensée de Dieu, par une foi
qui aurait certes besoin d'être éclairée, mais qui est pourtant comme la
pupille de l’oeil de leur intelligence. Ces hommes font de temps en temps une
courte prière et, lorsqu'ils ne prient pas, leur conversation intérieure ne les
éloigne pas de Dieu. En eux se vérifie là parole consolante du Christ à ses Apôtres :
« Celui qui n’est pas contre
vous est pour vous » (Marc IX, 39 ; Luc IX, 50). Souvent ces hommes sont
heureux de rencontrer le prêtre, ils lui demandent parfois de prier pour eux et
pour leurs enfants. Le fond est bon : Dieu est caché au fond de leur coeur et
Il les attire à lui par des lumières et par des grâces, proportionnées à leur
condition. Ces hommes marchent à leur
manière vers la vie éternelle. Sont‑ils nombreux dans un de ces
trams qui ramènent le soir les ouvriers ? Dieu les connaît. En tout cas, nous
devrions nous dire que ce n'est jamais
par hasard que deux âmes spirituelles et immortelles se rencontrent, où que
ce soit, dans un train ou ailleurs, surtout si l'une des deux est en état de
grâce, plus encore si elle est très unie à Dieu et si elle peut par sa prière
attirer sur l'autre la lumière de vie.
***
Tout
ceci nous fait entrevoir de loin ce qu'est la
vie intérieure, ce qu'elle doit devenir dans une âme vraiment chrétienne, qui
doit marcher toujours plus rapidement vers Dieu. Comme la pierre tombe d'autant
plus vite qu'elle se rapproche de la terre qui l'attire, les âmes doivent
marcher d'autant plus vite vers Dieu qu'elles se rapprochent de Lui et qu'Il
les attire davantage. Leur vouloir foncier doit se porter toujours plus
efficacement vers Dieu ; elles doivent donc, aux heures de solitude surtout,
que ce soit dans une église ou dans le bruit de la rue, s'entretenir toujours plus intimement, non pas seulement de façon
égoïste vers elles-mêmes, mais d'une façon généreuse avec Dieu, qui habite en
elles. Leur vouloir foncier ainsi
rectifié et surnaturalisé doit être de plus en plus victorieux de tout
égoïsme ; elles doivent se dépasser elles‑mêmes ; et, au lieu de vouloir
tout ramener à soi, elles doivent vouloir tout ramener à Dieu. Leur vouloir
foncier doit devenir le zèle de la gloire
de Dieu et du salut des âmes. Alors, elles auront une vie intérieure
vraiment féconde pour elles‑mêmes et pour le prochain.
Cela
nous montre que la vie intérieure est pour chacun de nous l'unique nécessaire, qu'elle est beaucoup plus indispensable que
ce que nous appelons la vie intellectuelle, artistique ou littéraire, et que,
sans vie intérieure vraie, l'homme devenant la proie de l'égoïsme et de
l'orgueil, ne peut avoir une influence sociale bonne, profonde et durable.
Cette
vie intérieure vraie a été réalisée par les saints, mais surtout dans le Saint
par excellence, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ. D'où la nécessité de
considérer, et de considérer avec amour, la vie intérieure de Jésus, et de ne pas se contenter de le connaître du dehors,
d'une façon seulement historique, comme un grand homme du Ier siècle, ou d'une façon
théorique, comme le peut faire le théologien spéculatif, lorsqu'il ne cherche
pas assez à vivre de ce qu'il enseigne.
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Ce que doit être le Christ pour nous
La nécessité de considérer la vie intime du
Sauveur se fait particulièrement sentir à l'époque de désarroi général où nous
sommes, au moment où les individus et
les peuples, méconnaissant la fin dernière de la vie humaine, oublient la différence profonde qui sépare les biens
matériels et périssables des biens spirituels et immuables. Les biens matériels nous divisent d'autant
plus que nous les recherchons plus avidement, car ils ne peuvent appartenir
en même temps en totalité à tous
et à chacun. La même maison et la même terre ne peuvent appartenir
intégralement et simultanément à plusieurs hommes, ni le même territoire à
plusieurs nations. Au contraire, comme l'a souvent remar qué saint Thomas après saint Augustin[5]
(1), les biens spiri tuels peuvent appartenir en même temps et
pleinement à tous et à chacun ;
et ils nous unissent d'autant plus que
nous les recherchons davantage. Ainsi tous, et chacun nous, pouvons vivre
de la même vérité, de la même vertu, du même Dieu, du même Christ, notre
Sauveur.
Tout
chrétien devrait pouvoir arriver à dire, comme saint Paul : « Mihi vivere Christus est : Le Christ est ma
vie.[6]
» 1
Comme le remarque saint Thomas, lorsqu'il
explique ces paroles[7],
la vie de quelqu'un, c'est ce qui l'intéresse le plus, c'est ce dont vivent le
plus ses facultés, ce à quoi est vouée son existence par exemple, ajoute‑t‑il,
la vie de certains c'est la chasse, celle de certains autres c'est l'étude, le
travail intellectuel ; pour d'autres leur vie c'est l’activité extérieure,
celle du soldat est le métier des armes. Enfin la vie du chrétien, comme tel, lorsqu'il a pris profondément
conscience de la grandeur de sa destinée, c'est
le Christ. C’est
particulièrement vrai pour le prêtre, l'apôtre, qui a pour mission de révéler
aux. autres le mystère du Christ.
Le
message du Christ en effet ne doit pas
seulement être entendu, il doit être
mis en pratique. Lui‑même a dit à la fin du Sermon sur la montagne : «
Tout homme qui entend ces paroles et les met en pratique sera comparé à un
homme sage, qui a bâti sa maison sur le
roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et
se sont déchaînés contre cette maison, et elle n'a pas été renversée, car elle
était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis et ne les
met pas en pratique sera semblable à un insensé qui a bâti sur le sable... ; les torrents sont venus, les vents ont
soufflé, et cette maison a été renversée[8].
»
Saint
Thomas dans son Commentaire sur saint Mathieu (ibid.) remarque : « Le roc sur lequel il faut bâtir signifie le
Christ lui‑même : comme le dit saint Paul, le rocher spirituel c'est le
Christ[9]
... Mais certains écoutent le message du Christ seulement pour savoir (sans le
mettre en pratique) ; ceux‑ci, bâtissent sur l'intelligence (seulement),
et c'est là bâtir sur le sable. D'autres l'écoutent pour le mettre en pratique
et aimer Dieu et le prochain ; ceux‑là bâtissent sur le roc... et peuvent
dire avec saint Paul : Qui nous séparera
de la charité du Christ ? (Rom.
VIII, 35). »
Sous la plume d'un homme d'étude, comme saint Thomas ces paroles sont très significatives[10]. Sa vie à lui n'était pas seulement l'étude, sa vie était le Christ, il lui avait consacré tout son labeur et toute son existence.
***
Certes
il faut du travail intellectuel et aussi de l'activité extérieure, mais le
chrétien doit aimer le travail, non pas seulement pour la satisfaction naturelle
et le profit qu'il y trouve, mais pour le Christ qu'il faut faire connaître et
aimer, « ut homo non sibi vivat,
sed Deo »[11].
Par là ses forces sont décuplées et même centuplées ; ce n'est plus seulement lui‑même qu'il donne, c'est le Christ, pour le salut des âmes.
Pour
vivre ainsi du Christ et de plus en plus, il faut mourir à soi‑même,
c'est‑à‑dire à 1a vie d'égoïsme, de sensualité et d'orgueil, « Mihi vivere Christus est, et mori lucrum. » Il faut ne plus se faire centre, ramener inconsciemment tout à
soi, mais ramener tout à Dieu. C'est là le fruit très précieux de l'esprit de
sacrifice, qui fait mourir progressivement en nous tout ce qu'il y a de déréglé
et nous donne la paix, la tranquillité de l'ordre, en assurant la première
place en nous à la charité, à l'amour de Dieu et des âmes et à un amour de Dieu
qui est finalement victorieux de tout égoïsme ou de tout désordre dans l'amour
de soi.
Comme nous le disions au début de ce chapitre,
l'homme, depuis la chute, est, hélas ! incliné à ramener inconsciemment, ou
consciemment tout à soi, à penser constamment à lui‑même, à s'aimer en se
préférant à tout.
S'il
écoute le message du Christ et le met en pratique, un jour arrivera où, au lieu
de penser constamment à soi et de ramener tout à soi, il vivra du Christ et,
par lui, il pensera presque constamment à Dieu, Vérité et Bonté suprêmes, et il
ramènera tout à Lui. Alors en son âme le
vouloir foncier,dont nous parlions, sera vraiment rectifié et surnaturalisé ; la vie intérieure sera établie à l'image de celle de Dieu, où le Verbe,
expression de la pensée du Père, spire l'Amour et fait tout converger vers le
Bien suprême.
C'est
de ce point de vue qu'il importe de méditer le traité de l’Incarnation de saint
Thomas d'Aquin. Quand, à la fin de sa vie, le saint Docteur, absorbé par une
contemplation supérieure, ne pouvait plus dicter les dernières pages de sa Somme, il pensait que les mystères
cachés dans le Christ sont une mine inépuisable, et que ce que les Docteurs en
ont découvert n'en représente qu'une minime partie.
C'est
ce que dit aussi saint Jean de la Croix dans le Cantique Spirituel, str. 37, là où il appelle ces mystères des
cavernes pour symboliser leur insondable profondeur. Daigne le Seigneur nous en
donner l'intelligence vive et pénétrante pour nous permettre de mieux voir le
rayonnement de sa bonté.
R.P.
Garrigou-Lagrange, O.P.
in Le
Sauveur et son amour pour nous, Le Cèdre, Paris, 1952.
(Première
partie, chapitre premier, p. 2 à 12)
[1] Tauler a particulièrement insisté sur ce point, il y revient toujours. Cf. Sermons de Tauler, trad. Hugueny‑Théry, Editions de La Vie Spirituelle, 1927. ‑ Cf. ibidem, t. 1, Introduction, p. 79‑82.
[2] Saint Thomas énonce souvent ce principe sous la forme que lui a donnée Aristote (Ethique, 1. III, c. 5) : Qualis unusquisque est, talis finis videtur ei. Selon que l'homme est vertueux ou ne l'est pas, il juge tout autrement de la fin à poursuivre, car, suivant sa disposifion intérieure, le vrai bien lui apparaît convenable ou non. Cf. saint Thomas, Ia IIIae, q. 58, a. 5 (et commentaire de Cajetan), et Ia IIae, q. 9, a. 2.
C'est ce qu'il y a de vrai dans la philosophie de l'action. Nous y avons insisté ailleurs : Le Réalisme du principe de finalité, IIe P., ch. vi. Le réalisme moral : la finalité et la formation de la conscience.
[3] Summa theologica, la IIae, q. 89, a. 6.
[4] Cf. saint Thomas, Ia IIae, q. 109,
a 3.
[5] Cf. saint Thomas, Ia IIae, q. 28, a.
4, ad 2 ; IIIa, q. 23, a. 1 ad 3.
[6] Phil., 1, 21.
[7] In Epistolam ad Philipp. I,
21.
[8] Matth., VII, 24‑27.
[9] 1 Co X, 4.
[10] Ses propres expressions sont les suivantes, in Matthaeum, VII, 26 : « Fundamentum est illud super quod ponit aliquis intentionem suam. Quidam enim audiunt ut sciant, et hi aedificant super intellectum : et haec est aedificatio super arenam... Quidam autem audit ut faciat et diligat ; et hic aedificat super petram, quia super firmum et stabile... Istud enim fundamefitum est super caritatem : Quis nos separabit a caritate Christi, Rom. VIII, 35. »
[11] Saint,Thomas, IIa IIae, q. 17, a. 6, 3m. Dans son Commentaire ,sur l'Epître aux Galates, II, 20, Vivo autem, jam non ego, vivit vero in me, Christus, saint Thomas dit aussi : « Homo quantum ad illud dicitur vivere, in quo principaliter firmat suum affectum, et in quo maxime delectatur. Unde et homines qui in studio seu in venationibus maxime delectantur, dicunt hoc eorum vitam esse : quilibet autem homo habet quemdam privatum affectum, quo quaerit quod suum est ; dum ergo aliquis vivit quaerens tantum quod suum est, soli sibi vivit... Cum vero quaerit bona aliorum, dicitur illis vivere. »
En ce sens saint Paul pouvait dire : Le Christ est ma vie.