La vie intérieure

 

 

Mihi vivere Christus est.

  Le Christ est ma vie.

(Ph, 1, 23)

 

Pour montrer tout d'abord l'importance du mystère du Christ pour chacun de nous, à quelque degré de vie intérieure que nous nous soyons, fussions-nous à un degré infime, voyons ce qu'il faut entendre par la vie intérieure au sens le plus général de cette expression, puis en un sens plus déterminé et plus profond.

 

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La conversation intime de chacun avec soi‑même et notre vouloir foncier

 

Ces mots de « vie intérieure » évoquent tout de suite l'idée d'un recueillement plus ou moins profond qui parait inaccessible à la plupart des gens qui vivent dans le monde, occupés de leurs affaires, dont ils cherchent à se distraire de temps à autre par les divertissements à leur portée.

Il y a, dans cette manière assez courante de voir, du vrai et du faux. La vie intérieure, comme l'expression l'indique, suppose un certain recueillement en Dieu, mais ce recueille­ment n'est pas aussi inaccessible qu'il paraît au premier abord.

Il faut d'abord remarquer que tout homme, bon ou mau­vais, a, à certaines heures du jour, une conversation inté­rieure plus ou moins profonde avec lui‑même, dès qu'il se trouve seul, et même assez souvent au milieu du bruit d'une grande ville. L'ouvrier qui revient le soir de son travail dans un tramway, lorsqu'il ne cause pas, ne plaisante pas avec ses compagnons, paraît souvent soucieux : il a une conver­sation intérieure avec lui‑même. A quoi pense-t‑il ? Peut‑être à ceci que, dans huit jours, il n'aura plus de travail : comment fera‑t‑il pour nourrir sa femme et ses enfants ? Sa conversation intérieure avec lui‑même change suivant qu'il est jeune, d'âge mûr ou déjà vieux. Jeune, il pense à l'avenir ; vieux, il porte en lui l'expérience accumulée d'une soixantaine d'années, et cette expérience tend à se traduire en un jugement global, qui est le jugement de cet homme sur la vie ; jugement fort différent suivant que sa vie a été­ bonne ou mauvaise, suivant que lui‑même est chrétien ou. ne l'est pas.

 

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La vie intérieure est une forme élevée de cette conver­sation, de chacun avec soi‑même, lorsque celle‑ci devient, une conversation avec Dieu.

Il y a en effet dans l'entretien, intime de chacun avec soi­-même non seulement la vie des sens, celle de l'imagination, de la mémoire sensible et des émotions de la sensibilité, qui existent déjà chez l'animal, il y a encore une certaine vie de l'esprit, de l'intelligence, qui porte son jugement sur l’exis­tence, et un acte plus ou moins latent de la volonté, faite pour aimer et vouloir le bien. Il y a dans cet état intérieur un certain amour foncier, un certain vouloir profond qui n'est pas le même chez tous les hommes[1].

Suivant que ce vouloir est rectifié ou non, qu'il est bon ou mauvais, l'homme juge tout différemment de la fin der­nière à poursuivre. Tous cherchent le bonheur ; mais les uns le cherchent là où il est, dans le vrai bien ; les autres là où il n'est pas, dans les satisfactions de la sensualité ou de l'orgueil. Et suivant que la volonté profonde est bien ou mal disposée, on juge tout différemment de la fin dernière[2].

Beaucoup, sans vouloir se l'avouer, s'aiment eux‑mêmes par‑dessus tout et font plus ou moins consciemment tout converger vers eux, comme s'ils étaient le centre de tout. Ils ont avec cela, et comme à côté, un certain amour sou­vent inefficace de leur famille et de leur patrie. On ne dit pas qu'ils ont une vie intérieure : car leur conversation intérieure avec eux‑mêmes est plutôt de la mort ; au lieu de les élever, elle les abaisse. Selon l'Evangile, ces âmes sont dans un état de mort spirituelle ou de péché mortel. Le vouloir foncier en elles est détourné du véritable bien, du Souverain Bien, principe de tous les autres ; ce qu'ils cherchent surtout ce n'est pas la vérité, et le vrai bien de l'hom­me, de leur famille, de leurs enfants, de leur patrie, c'est la délectation plus ou moins durable et l'argent utile pour se la procurer. Ils vivent, dit la philosophie chrétienne, de la recherche du bien délectable et de l'utile, sans s'élever à vouloir vraiment le bien honnête conçu par la droite raison comme l'objet de la vertu.

Leur vouloir foncier va à la mort, et non pas à la vie ; ils n'ont pas de vie intérieure, ce qu'ils trouvent au fond d'eux‑mêmes, c’est la mort et c'est pourquoi ils cherchent à se fuir eux‑mêmes, à s'extérioriser soit dans l'étude, la science, l’art, l'activité sociale et politique, ou à vivre de la vie de l'imagination et des sens et  à oublier leur triste juge­ment sur l'existence, qui les conduirait au découragement et au pessimisme. Pascal dit à ce sujet que l'homme qui veut se fuir lui‑même, en se livrant par exemple à la chasse, préfère la poursuite du lièvre au lièvre lui‑même, et en vient, dans un ordre plus élevé, à préférer la recherche de la vérité à la vérité. Il lui faut toujours du nouveau. C'est l'inverse de la contemplation immobile de la vérité obtenue. Cet homme cherche à se fuir, pour éviter la lassitude, le vide, le découragement. Mais quelquefois l'heure du décou­ragement devient, par la grâce de Dieu, celle de la conver­sion. La chose est arrivée plusieurs fois : tel désespéré, avant de se donner la mort, se rappelle le nom de Dieu, l'in­voque et, entrevoyant la grandeur du mystère du Christ et notre rédemption, se convertit et se donne désormais plei­nement au service de Dieu et au salut des âmes.

Sans en arriver là, de temps en temps passe dans l'âme en état de péché mortel quelque noble pensée comme celles‑ci : « L’honneur est la poésie du devoir » ; « une belle vie est une pensée de la jeunesse réalisée dans l'âge mûr » ; et parfois une grâce actuelle vient éclairer une de ces nobles maximes pour nous porter à chercher plus haut.

 

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Lorsque le vouloir foncier d'un homme porte sur le bien honnête, objet de la vertu, lorsque l'homme veut, non pas seulement par velléité, mais de façon efficace, le bien lui­-même ou le devoir, plus que la délectation et ce qui est utile pour l'obtenir, alors on peut dire de lui qu'il a déjà une certaine vie intérieure. Si tel est son vouloir foncier, alors la conversation intérieure qu'il a avec lui‑même aux heures de solitude, dans le silence ou au milieu de la foule, est une conversation qui va à la vie. Au fond, cet homme, qui aime vraiment et efficacement le bien plus que soi, commence à s’entretenir intérieurement non plus seulement avec lui­-même, mais avec Dieu.

Saint Thomas[3] dit que lorsque l'enfant même non baptisé arrive pleinement à l'âge de raison, il, doit choisir la route du bien et du devoir de préférence à celle du plaisir, il doit vouloir efficacement le bien véritable et orienter dès cet, instant toute sa vie dans ce sens ; car on veut la fin, au moins confusément connue, avant de vouloir les moyens. Or vouloir efficacement le bien véritable plus que soi, c'est déjà aimer plus que soi le souverain Bien, qui est Dieu, auteur de notre nature. L'homme déchu n'est pas capable d'un pareil amour efficace, sans être régénéré par la grâce qui le guérit du péché originel ; et c'est pourquoi saint Tho­mas (ibid.) ne craint pas d'enseigner que l'enfant, même non baptisé, qui, arrivé pleinement à l'âge de raison, aime effi­cacement le bien plus que soi, est justifié par le baptême de désir, parce que cet amour, qui est déjà l'amour efficace de Dieu, n'est pas possible dans l'état actuel de l'humanité, sans la grâce régénératrice[4].

Oh ! sans doute, cet enfant, s'il n'est pas dans un milieu chrétien, trouvera bien des difficultés pour persévérer ; mais s'il persévère, il recevra des grâces toujours plus fortes et sera sauvé.

Dans un milieu chrétien il sera, cela va sans dire, beaucoup plus aidé. Et c'est pourquoi c'est une si grande grâce d'être né dans l'Eglise.

 

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Il importe d'insister sur ce point : dès que le vouloir foncier d'un homme se porte efficacement sur le bien véri­table, l'homme est justifié, il est en état de grâce, il a en lui le germe de la vie éternelle. Il a déjà une certaine vie intérieure, qui est vraiment une vie, sans qu'il y ait peut‑être encore le recueillement désirable.

L'homme en état de grâce et qui y persévère depuis assez longtemps arrive à avoir, surtout aux heures de soli­tude, dans le silence d'une église, ou au milieu de la foule, une conversation intérieure avec lui‑même qui n'est plus celle de l'égoïsme et de l'amour‑propre, mais qui est déjà, à sa manière, une conversation avec Dieu.

Lorsque le soir dans un tram on est assis à côté de plu­sieurs ouvriers qui rentrent de leur travail, il est parfois assez facile, sans avoir le don du discernement des esprits de reconnaître parmi eux ceux qui s'égarent dans 1'incon­duite et qui font le malheur de leur famille, s'ils en ont une, et ceux au contraire qui vivent de la pensée du bien et obscurément de la pensée de Dieu, par une foi qui aurait certes besoin d'être éclairée, mais qui est pourtant comme la pupille de l’oeil de leur intelligence. Ces hommes font de temps en temps une courte prière et, lorsqu'ils ne prient pas, leur conversation intérieure ne les éloigne pas de Dieu. En eux se vérifie là parole consolante du Christ à ses Apô­tres : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous » (Marc IX, 39 ; Luc IX, 50). Souvent ces hommes sont heureux de rencontrer le prêtre, ils lui demandent parfois de prier pour eux et pour leurs enfants. Le fond est bon : Dieu est caché au fond de leur coeur et Il les attire à lui par des lumières et par des grâces, proportionnées à leur condition. Ces hommes marchent à leur manière vers la vie éternelle. Sont‑ils nombreux dans un de ces trams qui ramènent le soir les ouvriers ? Dieu les connaît. En tout cas, nous devrions nous dire que ce n'est jamais par hasard que deux âmes spirituelles et immortelles se rencontrent, où que ce soit, dans un train ou ailleurs, surtout si l'une des deux est en état de grâce, plus encore si elle est très unie à Dieu et si elle peut par sa prière attirer sur l'autre la lumière de vie.

 

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Tout ceci nous fait entrevoir de loin ce qu'est la vie intérieure, ce qu'elle doit devenir dans une âme vraiment chrétienne, qui doit marcher toujours plus rapidement vers Dieu. Comme la pierre tombe d'autant plus vite qu'elle se rapproche de la terre qui l'attire, les âmes doivent marcher d'autant plus vite vers Dieu qu'elles se rapprochent de Lui et qu'Il les attire davantage. Leur vouloir foncier doit se por­ter toujours plus efficacement vers Dieu ; elles doivent donc, aux heures de solitude surtout, que ce soit dans une église ou dans le bruit de la rue, s'entretenir toujours plus intimement, non pas seulement de façon égoïste vers elles-­mêmes, mais d'une façon généreuse avec Dieu, qui habite en elles. Leur vouloir foncier ainsi rectifié et surnaturalisé doit être de plus en plus victorieux de tout égoïsme ; elles doivent se dépasser elles‑mêmes ; et, au lieu de vouloir tout ramener à soi, elles doivent vouloir tout ramener à Dieu. Leur vouloir foncier doit devenir le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Alors, elles auront une vie intérieure vraiment féconde pour elles‑mêmes et pour le prochain.

Cela nous montre que la vie intérieure est pour chacun de nous l'unique nécessaire, qu'elle est beaucoup plus indis­pensable que ce que nous appelons la vie intellectuelle, artistique ou littéraire, et que, sans vie intérieure vraie, l'homme devenant la proie de l'égoïsme et de l'orgueil, ne peut avoir une influence sociale bonne, profonde et durable.

Cette vie intérieure vraie a été réalisée par les saints, mais surtout dans le Saint par excellence, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ. D'où la nécessité de considérer, et de consi­dérer avec amour, la vie intérieure de Jésus, et de ne pas se contenter de le connaître du dehors, d'une façon seulement historique, comme un grand homme du Ier siècle, ou d'une façon théorique, comme le peut faire le théologien spécula­tif, lorsqu'il ne cherche pas assez à vivre de ce qu'il enseigne.

 

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Ce que doit  être le Christ pour nous

 

La nécessité de considérer la vie intime du Sauveur se fait particulièrement sentir à l'époque de désarroi général nous sommes, au moment les individus et les peuples, méconnaissant la fin dernière de la vie humaine, oublient la différence profonde qui sépare les biens matériels et péris­sables des biens spirituels et immuables. Les biens matériels nous divisent d'autant plus que nous les recherchons plus avidement, car ils ne peuvent appartenir en même         temps en totalité à tous et à chacun. La même maison et la même terre ne peuvent appartenir intégralement et simultanément à plusieurs hommes, ni le même territoire à plusieurs nations. Au contraire, comme l'a souvent remar­         qué saint Thomas après saint Augustin[5] (1), les biens spiri­ tuels peuvent appartenir en même temps et pleinement à      tous et à chacun ; et ils nous unissent d'autant plus que nous les recherchons davantage. Ainsi tous, et chacun nous, pouvons vivre de la même vérité, de la même vertu, du même Dieu, du même Christ, notre Sauveur.

Tout chrétien devrait pouvoir arriver à dire, comme saint Paul : « Mihi vivere Christus est : Le Christ est ma vie.[6] »                                                                                                             1

Comme le remarque saint Thomas, lorsqu'il explique ces paroles[7], la vie de quelqu'un, c'est ce qui l'intéresse le plus, c'est ce dont vivent le plus ses facultés, ce à quoi est vouée son existence par exemple, ajoute‑t‑il, la vie de certains c'est la chasse, celle de certains autres c'est l'étude, le travail intellectuel ; pour d'autres leur vie c'est l’activité extérieure, celle du soldat est le métier des armes. Enfin la vie du chrétien, comme tel, lorsqu'il a pris profondément conscience de la grandeur de sa destinée, c'est le Christ. C’est particulièrement vrai pour le prêtre, l'apôtre, qui a pour mission de révéler aux. autres le mystère du Christ.

Le message du Christ en effet ne doit pas seulement être entendu, il doit être mis en pratique. Lui‑même a dit à la fin du Sermon sur la montagne : « Tout homme qui entend ces paroles et les met en pratique sera comparé à un homme sage, qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n'a pas été renversée, car elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis et ne les met pas en pratique sera sem­blable à un insensé qui a bâti sur le sable... ; les torrents sont venus, les vents ont soufflé, et cette maison a été ren­versée[8]. »

Saint Thomas dans son Commentaire sur saint Mathieu (ibid.) remarque : « Le roc sur lequel il faut bâtir signifie le Christ lui‑même : comme le dit saint Paul, le rocher spi­rituel c'est le Christ[9] ... Mais certains écoutent le message du Christ seulement pour savoir (sans le mettre en pratique) ; ceux‑ci, bâtissent sur l'intelligence (seulement), et c'est là bâtir sur le sable. D'autres l'écoutent pour le mettre en pratique et aimer Dieu et le prochain ; ceux‑là bâtissent sur le roc... et peuvent dire avec saint Paul : Qui nous sépa­rera de la charité du Christ ? (Rom. VIII, 35). »

Sous la plume d'un homme d'étude, comme saint Thomas ces paroles sont très significatives[10]. Sa vie à lui n'était pas seulement l'étude, sa vie était le Christ, il lui avait con­sacré tout son labeur et toute son existence.

 

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Certes il faut du travail intellectuel et aussi de l'activité extérieure, mais le chrétien doit aimer le travail, non pas seulement pour la satisfaction naturelle et le profit qu'il y trouve, mais pour le Christ qu'il faut faire connaître et aimer, « ut homo non sibi vivat, sed Deo »[11].

Par là ses forces sont décuplées et même centuplées ; ce n'est plus seulement lui‑même qu'il donne, c'est le Christ, pour le salut des âmes.

Pour vivre ainsi du Christ et de plus en plus, il faut mourir à soi‑même, c'est‑à‑dire à 1a vie d'égoïsme, de sen­sualité et d'orgueil, « Mihi vivere Christus est, et mori lucrum. » Il faut ne plus se faire centre, ramener incon­sciemment tout à soi, mais ramener tout à Dieu. C'est là le fruit très précieux de l'esprit de sacrifice, qui fait mourir progressivement en nous tout ce qu'il y a de déréglé et nous donne la paix, la tranquillité de l'ordre, en assurant la pre­mière place en nous à la charité, à l'amour de Dieu et des âmes et à un amour de Dieu qui est finalement victorieux de tout égoïsme ou de tout désordre dans l'amour de soi.

Comme nous le disions au début de ce chapitre, l'homme, depuis la chute, est, hélas ! incliné à ramener inconsciemment, ou consciemment tout à soi, à penser constamment à lui‑même, à s'aimer en se préférant à tout.

S'il écoute le message du Christ et le met en pratique, un jour arrivera où, au lieu de penser constamment à soi et de­ ramener tout à soi, il vivra du Christ et, par lui, il pensera presque constamment à Dieu, Vérité et Bonté suprêmes, et il ramènera tout à Lui. Alors en son âme le vouloir foncier,dont nous parlions, sera vraiment rectifié et surnaturalisé ; la vie intérieure sera établie à l'image de celle de Dieu, où le Verbe, expression de la pensée du Père, spire l'Amour et fait tout converger vers le Bien suprême.

C'est de ce point de vue qu'il importe de méditer le traité de l’Incarnation de saint Thomas d'Aquin. Quand, à la fin de sa vie, le saint Docteur, absorbé par une contemplation supérieure, ne pouvait plus dicter les dernières pages de sa Somme, il pensait que les mystères cachés dans le Christ sont une mine inépuisable, et que ce que les Docteurs en ont découvert n'en représente qu'une minime partie.

C'est ce que dit aussi saint Jean de la Croix dans le Cantique Spirituel, str. 37, là où il appelle ces mystères des cavernes pour symboliser leur insondable profondeur. Daigne le Seigneur nous en donner l'intelligence vive et pénétrante pour nous permettre de mieux voir le rayonne­ment de sa bonté.

 

 

R.P. Garrigou-Lagrange, O.P.

in Le Sauveur et son amour pour nous, Le Cèdre, Paris, 1952.

(Première partie, chapitre premier, p. 2 à 12)

 

 

 

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[1] Tauler a particulièrement insisté sur ce point, il y revient toujours. Cf. Sermons de Tauler, trad. Hugueny‑Théry, Editions de La Vie Spirituelle, 1927. ‑ Cf. ibidem, t. 1, Introduction, p. 79‑82.

[2] Saint Thomas énonce souvent ce principe sous la forme que lui a donnée Aristote (Ethique, 1. III, c. 5) : Qualis unusquisque est, talis finis videtur ei. Selon que l'homme est vertueux ou ne l'est pas, il juge tout autrement de la fin à poursuivre, car, suivant sa dispo­sifion intérieure, le vrai bien lui apparaît convenable ou non. Cf. saint Thomas, Ia IIIae, q. 58, a. 5 (et commentaire de Cajetan), et Ia IIae, q. 9, a. 2.

C'est ce qu'il y a de vrai dans la philosophie de l'action. Nous y avons insisté ailleurs : Le Réalisme du principe de finalité, IIe  P., ch. vi. Le réalisme moral : la finalité et la formation de la conscience.

[3] Summa theologica, la IIae, q. 89, a. 6.

[4] Cf. saint Thomas, Ia IIae, q. 109, a 3.

[5] Cf. saint Thomas, Ia IIae, q. 28, a. 4, ad 2 ; IIIa, q. 23, a. 1 ad 3.

[6] Phil., 1, 21.

[7] In Epistolam ad Philipp. I, 21.

[8] Matth., VII, 24‑27.

[9] 1 Co X, 4.

[10] Ses propres expressions sont les suivantes, in Matthaeum, VII, 26 : « Fundamentum est illud super quod ponit aliquis intentionem suam. Quidam enim audiunt ut sciant, et hi aedificant super intellectum : et haec est aedificatio super arenam... Quidam autem audit ut faciat  et diligat ; et hic aedificat super petram, quia super firmum et stabile... Istud enim fundamefitum est super caritatem : Quis nos separabit a caritate Christi, Rom. VIII, 35. »

[11] Saint,Thomas, IIa IIae, q. 17, a. 6, 3m. Dans son Commentaire ,sur l'Epître aux Galates, II, 20,  Vivo autem, jam non ego, vivit vero in me, Christus, saint Thomas dit aussi : « Homo quantum ad illud dicitur vivere, in quo principaliter firmat suum affectum, et in quo maxime delectatur. Unde et homines qui in studio seu in venationibus maxime delectantur, dicunt hoc eorum vitam esse : quilibet autem homo habet quemdam privatum affectum, quo quaerit quod suum est ; dum ergo aliquis vivit quaerens tantum quod suum est, soli sibi vivit... Cum vero quaerit bona aliorum, dicitur illis vivere. »

En ce sens saint Paul pouvait dire : Le Christ est ma vie.