Vocabulaire élémentaire de la philosophie du sens commun

(ou du « réalisme modéré », ou « thomiste »)

 

Nihil est in intellectu, quin prius fuerit in sensu.[1]

(Précepte scolastique)

 

 

Avertissement

 

Ce texte est d’abord destiné à permettre la lecture des documents du site faisant peu ou prou appel au vocabulaire scolastique, notamment métaphysique. Il constitue un rapide survol de cette discipline et ne doit pas être considéré comme un article de vulgarisation qui aurait sa suffisance propre : la philosophie - et tout particulièrement la métaphysique – n’est pas vulgarisable. S’il se sent interpellé, le lecteur devra étudier les ouvrages des maîtres. (Cf. la bibliographie).

En effet, les quelques notions qui sont introduites ici le sont bien trop succinctement pour conduire à la certitude un esprit rigoureux. Ceci d’autant plus que l’homme moderne se voit enveloppé à son insu dès la petite enfance par l’école et les média d’un épais blindage de subjectivisme et de scepticisme dans le but – jamais avoué - de l’isoler de Dieu.

Les techniques, toutes déloyales car toutes subreptices, utilisées pour parvenir à cette fin sont variées, mais le principe duquel elles découlent est unique : convaincre l’homme que toute connaissance vraie du monde extérieur lui est impossible, et le persuader que sa pensée ne peut contempler qu’elle-même. Et comme c’est en partant du réel que l’intelligence peut s’élever jusqu’à Dieu, on lui coupera ainsi tout net la route dès le départ.

Nous savons la résistance du blindage. Comment en serait-il autrement lorsqu’on est né dans un monde sans Dieu et qu’on y a entendu année après année des maîtres dévoués et sincères retracer la longue et douloureuse conquête de la « liberté de conscience », laquelle consiste à accorder à l’erreur le même statut qu’à la vérité ? Comment après pareille préparation, l’élève arrivant en classe terminale, pourra t-il mettre en doute le très officiel agnosticisme kantien lorsqu’on lui exposera ? Il n’est qu’une mise en forme des sophismes inculquées antérieurement par imprégnation.  Le piège est d’autant plus sûr que par la valorisation du sujet qui le caractérise, le kantisme flatte la vanité humaine et écrase ainsi dans l’œuf toute velléité centrifuge : il en faut de l’abnégation pour refuser la déité, pour renoncer au droit de dire de toute chose « Moi, je suis pour » ou « Moi, je suis contre » !

Soyons sûrs qu’il s’agit là de la plus vaste - par l’ampleur et la durée - opération de castration mentale, jamais menée sous le soleil.

 

Nous espérons néanmoins qu’il se trouvera quelques esprits suffisamment indociles pour réaliser que, tout en vilipendant le dogmatisme, c’est bel et bien un dogme qui leur a été inculqué à leur insu, et le pire qui soit, puisqu’il ne consiste rien moins qu’à priver les hommes de leur plus grand bien, qui les distingue de la bête : l’intelligence.

 

 

La philosophie.

 

La philosophie est la connaissance par la lumière naturelle de la raison des causes premières ou des principes suprêmes relatifs à l'ordre naturel.

Cela exclut l’utilisation explicite, en tant que telles, de données issues de la Révélation. Il en résulte que parler de philosophie chrétienne est une contradiction dans les termes et à éviter[2] : la philosophie ne peut être formellement chrétienne, même si la Révélation peut proposer des thèmes de méditation au philosophe et si elle peut lui servir de garde-fou.

 

« L'étude de la philosophie consiste à savoir non ce que les hommes ont pensé, mais ce qui est réellement. » (S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur le traité du Ciel et du Monde (Aristote), livre I, leçon 22, n° 8)

 

On l’aura compris, c’est au principe même, à la racine du savoir philosophique que l’Adversaire s’est attaqué : au statut de la connaissance. C’est donc là qu’il faut porter le fer. Nous l’avons maintes fois expérimenté : il est facile d’interpeller ses contemporains sur des sujets de société qui les meurtrissent personnellement, mais dès que l’on veut remonter les séries causales qui y conduisent, c’est la fermeture, parfois violente. « Restons concrets » nous dit-on. Cela signifie que l’on admet implicitement comme seuls types de connaissance la connaissance sensible[3] et celle issue des deux premiers degrés de l’abstraction (cf. infra). Cela suffit pour fabriquer, cela seul est « utile ».

Le statut de la connaissance s’est bien-sûr dégradé progressivement, mais, si on veut prendre des repères, on peut dire que c’est Descartes qui a officiellement ouvert les hostilités en séparant l’intelligence des sens qui, selon lui, ne peuvent nous fournir que des « idées confuses », qu’il convient de s’empresser de remplacer par une axiomatique – construction opérée par le sujet et qui se substitue à l’objet -, seule capable selon lui encore de servir de matériau à la raison déductive. Mais c’est Kant qui devait donner le coup de grâce en décrétant – il n’y a pas d’autre mot - les « choses en soi »[4] inconnaissables. Encore ne niait-il pas l’existence de la vérité, il la déclarait seulement inconnaissable ; la « post-modernité » devait bien-sûr pulvériser rapidement cet état provisoire, puisque aujourd’hui, c’est entendu, il n’y a pas de vérité. Pour certains « philosophes » avec guillemets, même les lois physiques[5] ne sont que des « conventions sociales » et sont, de ce fait, modifiables manu homini. L’histoire le montre : les révolutionnaires veulent s’arrêter au point qui leur parait suffisant, mais, à cet instant, ils sont balayés par la vague montante.

C’est ainsi que la philosophie a changé d’objet : de nos jours le terme de philosophie est employé en un sens totalement subjectiviste, chacun étant « libre » de choisir les « options philosophiques » qui lui conviennent depuis l’abolition du principe de non contradiction[6] opérée au dix-huitième siècle.

 

 

Les trois sphères d’abstraction et la métaphysique

 

Nous l’avons rappelé en apostille, le savoir philosophique débute toujours par l’expérience sensible.

Mais, contrairement à l’animal, l’homme est doué d’intelligence, ou capacité à lire dans le réel. Non seulement il peut accéder à une connaissance sensible, mais il a encore la capacité d’abstraire à partir de cette connaissance sensible pour parvenir à une connaissance[7] intellectuelle, le pouvoir de former des concepts[8].

On distingue classiquement, trois niveaux, ou « sphères » d’abstraction :

« La philosophie d'Aristote et de saint Thomas a réussi à définir et à distinguer 3 degrés fondamentaux d'abstraction et d'intelligibilité et nous verrons que cette doctrine des 3 degrés d'abstraction est indispensable pour situer exactement et comprendre la physique moderne :

·                    L'intelligence humaine peut laisser de côté les caractères particuliers des faits et phénomènes particuliers, ce qui appartient en propre à tel fait d'expérience, pour considérer les natures universelles et les lois universelles des phénomènes physiques et sensibles eux-mêmes par lesquels les choses se manifestent et sont données à notre expérience; les phénomènes physiques et sensibles (mouvement, son, lumière, chaleur, électricité, vie, etc.) sont alors l'objet de notre connaissance, non plus comme pour la sensibilité elle-même par ce qu'il y a en eux de sensible, mais par ce qu'il y a en eux d'intelligible; tel est le degré d'abstraction et d'intelligibilité des sciences physiques et naturelles ou sciences expérimentales.

·                    Au-delà de ce premier degré d'abstraction, l'intelligence humaine peut laisser de côté non seulement les particularités des faits particuliers, mais encore les phénomènes physiques et sensibles eux-mêmes par lesquels les choses se manifestent à nous, pour ne plus considérer dans ces choses rien d'autre que leur quantité, que ce qu'il y a en elles de quantité, de relations quantitatives, de possibilités de calcul; nous avons alors les sciences qui ont pour objet la quantité en tant que telle, c'est le degré d'abstraction et d'intelligibilité des sciences mathématiques.

·                     Enfin le regard de l'intelligence humaine pénétrant à l'intérieur des choses peut aller bien au-delà des phénomènes physiques et sensibles par lesquels elles se manifestent à nous et bien au-delà de ce qu'il y a en elles de quantitatif pour considérer en elles ce qu'il y a de plus intime et de plus profond, c'est-à-dire leur être même, et alors nous avons des sciences qui, laissant de côté tout ce qui n'est pas l'être lui-même, ont pour objet de connaissance l'être en tant que tel; c'est le degré d'abstraction et d'intelligibilité métaphysique.

 

Ces 3 types de sciences ont des manières différentes de considérer et d'exploiter le réel, donc des manières différentes de concevoir, de définir, de raisonner, donc des vocabulaires différents, et on pourrait commettre de graves confusions en passant indûment de l'un à l'autre. Par exemple la notion de causalité n'a absolument pas le même sens pour le physicien et pour le métaphysicien et on tomberait en de dangereuses erreurs si l'on confondait la causalité du physicien et celle du métaphysicien : en effet la causalité signifie pour le physicien une régularité dans l'enchaînement des phénomènes sensibles (il dira qu'un phénomène A est cause d'un phénomène B si A est toujours accompagné ou suivi de B et pour le métaphysicien une dépendance dans l'être (il dira que A est cause de B si l'être de B dépend de l'être de A » (Jean Daujat 1998, physicien, professeur à l’E.N.S., in Physique moderne et philosophie, Pierre Téqui.)

 

On commettrait donc une grave erreur en confondant les champs de compétence de ces trois sphères. Par exemple, prétendre démontrer que deux domaines plans ont même aire, notion mathématique, en découpant deux morceaux de carton et en les pesant constituerait une confusion des deux premières sphères. De même, prétendre démontrer l’existence de Dieu, Cause Première de l’être par une expérience de physique ou un calcul mathématique, constituerait une confusion de la troisième sphère et de la première ou de la seconde. De même sa non-existence, parce qu’on ne l’a pas vu dans un télescope ou depuis un satellite.

 

Nous pouvons maintenant donner la définition de la métaphysique (au sens aristotélico-thomiste) : La métaphysique est la science qui étudie l'étant ou l'existant en tant qu'étant ou existantens inquantum ens, ou ce-qui-est dans son fait d'exister et ses attributs essentiels.

 

En se proposant d'étudier ce qui est dans son fait d'exister, on met au jour ce que toutes les autres recherches sur la réalité présupposent : le fait d'exister (est) de l'objet étudié, ce fait primordial que les sciences physiques ne considèrent pas. C'est le regard fondamental sur la réalité, l'étude de l'aspect premier qui, à force d'être habituel peut passer inaperçu, et même passe inaperçu à l’homme contemporain fébrilement occupé à la seule transformation du monde selon un programme publié par Descartes.

La métaphysique, ne consiste pas en une contemplation de l'étant séparé de la matière, mais ne doit pas non plus être confondue avec la philosophie de la nature, ou physique (qu'Aristote appelait physique, et saint Thomas d'Aquin  philosophia naturalis.)

La métaphysique ne dépend donc pas de l’état de la science du moment. C’est ce qui fait que l’essentiel des travaux d’Aristote et de saint Thomas reste parfaitement valable aujourd’hui et le restera. Ces grands penseurs étaient d’ailleurs parfaitement conscients de la fragilité des connaissances scientifiques de leur époque : « Mais les faits ne sont pas connus d'une manière satisfaisante et, s'ils le deviennent un jour, il faudra se fier aux observations plus qu'aux raisonnements, et aux raisonnements dans la mesure où leurs conclusions s'accorderont avec les faits observés » (Aristote, De la Génération des Animaux) Il est à craindre que l’arrogance moderne en soit, elle, moins persuadée...

 

 

La notion d’être

 

Tout ce qui est, tout ce qui existe ou tout ce que l’on peut concevoir comme pouvant exister d’une façon ou d’une autre, dans la réalité comme dans la pensée (ex : une montagne d’or) est un être[9], un étant  (lat. ens). Une pomme, un chien, la couleur blanche d’une feuille de papier, la longueur de la table, ...sont des êtres. L’être (lat. esse) désigne aussi l’acte d’être, d’exister. On voit déjà d’après cet  exemple que le latin, qui possède des mots distincts pour exprimer des concepts différents là où le français n’en n’a qu’un, permet de s’exprimer de manière univoque. C’est pourquoi la langue latine est bien adaptée à la scolastique.

En dehors de l’être, il n’y a rien, c’est le néant. La science de l’être est la métaphysique. Il faut toujours prendre garde, lorsque l’on parle d’être, à ne pas réduire ce mot à son sens commun actuel d’être vivant. On notera également que toutes les langues connaissent le verbe être, sans lequel aucune expression intelligible n’est possible.

Observons qu’avant de nous livrer leur nature déterminée, c’est d’abord l’être des choses qui nous atteint lorsque elles deviennent objet de notre connaissance, lorsqu’elles nous deviennent intelligibles (du latin intellegere qui signifie « lire dedans »). Avant de savoir que Pierre est un homme, je l'ai d'abord atteint comme quelque chose, comme un être.

Attention. Le mot être est parfois employé dans le langage moderne dans un sens différent de celui qu’il a en métaphysique. Il en est ainsi des êtres mathématiques de la mathématique structuraliste, qui est enseignée de nos jours sous le vocable de mathématiques modernes. Ce sont de pures formes de pensée exprimant uniquement des compatibilités logiques. (« fausse monnaie métaphysique », Cf. Maritain, Sept leçons sur l’être, ch. 2.)

Attention encore. Être réel, ne signifie pas obligatoirement être matériel. En effet, en étudiant la causalité métaphysique, on est conduit à admettre qu’il existe nécessairement des êtres immatériels, mais néanmoins bien réels, c’est-à-dire qui ne sont pas de pures formes de pensée. Les « philosophies » matérialistes n’accordent, par oukase, le statut d’existant qu’à la seule matière.

 

 

Matière et forme

 

A la suite d’Aristote, on est conduit à regarder les substances corporelles (les objets concrets que nous côtoyons, qu’ils soient vivants ou inanimés) comme constitués de l’union intime de deux principes distincts : la matière (materia ou hylé en grec) et la forme (forma ou morphé en grec). D’où le nom d’hylémorphisme donné à cette conception.

Ceci peut s’entendre à deux niveaux distincts. Au sens propre précédent d’une part, et alors la matière (dite prime) est complètement indéterminée, potentialité pure, et au sens analogique d’autre part (matière seconde), dans laquelle la matière a déjà reçu une certaine « dose » de forme appelée forme substantielle. Tel est le cas par exemple du marbre dont une statue est faite, la forme (dite accidentelle) n’étant plus alors que la forme au sens usuel que le sculpteur lui a donné. Mais on peut dire aussi qu’un atome (de carbone ou autre) est constitué de matière prime (materia prima), la même pour tous les atomes, sa forme étant alors la structure selon laquelle cette matière prime est agencée pour former tel atome particulier (noyau avec ses protons, électrons, ... le tout organisé d’une manière spécifique). Il importe évidemment de ne pas confondre les deux sens. Les modernes ont méprisé l’hylémorphisme pendant quatre siècles, pourtant la physique moderne en confirme la pertinence[10].

La conception hylémorphique de l’être doit cependant être justifiée plus rigoureusement que nous l’avons fait, ce qui est assez long. On en trouvera une excellente démonstration dans le Traité de philosophie de Régis Jolivet, au tome I, p. 368 et suivantes.

Le vocabulaire hylémorphique (adjectifs matériel et formel et adverbes materialiter= matériellement et formaliter=formellement) s’étend – moyennant des précisions ad hoc à autre chose qu’à la substance corporelle. Ainsi dira t-on que l’objet matériel de la philosophie est le savoir, le réel, mais que son objet formel est l’étude des causes premières ou principes de ce réel (et non pas la simple compilation de ce savoir).

De manière condensée, on peut dire que « L’hylémorphisme n’est rien d’autre que la définition de cette réalité complexe du corps, conçue comme résultant de deux principes distincts et complémentaires nommés matière et forme et sources, respectivement, des propriétés quantitatives et des propriétés qualitatives par lesquelles le corps s’impose à l’expérience et à la science. » (R. Jolivet, Traité de philosophie, tome I, p. 369.)

 

 

La vie et ses degrés

 

La vie[11] est caractérisée par  le mouvement spontané et immanent. Mais quel sens doit-on donner à cette expression ?

Déjà, le mot « mouvement » est à prendre au sens large, c’est à dire comme désignant toute opération ou passage de la puissance à l’acte (cf. infra). L’homme qui marche, la flèche tirée par un archer et qui file vers sa cible fournissent des exemples de mouvement, mais aussi la plante qui se développe. Seulement la flèche n’est pas vivante, contrairement à l’homme qui marche ou à la plante qui pousse. C’est qu’elle est mue, alors que l’homme et la plante se meuvent. Autrement dit, le vivant est à la fois le principe et le terme de son mouvement.

Cette autonomie dans le mouvement n’est pas sans limites. Le vivant n’est pas le principe absolument premier du mouvement : « Le mouvement vital n’est pas un commencement absolu. Il est conditionné dans son exercice par un ensemble de causes dont il dépend à tout moment. [...] C’est pourquoi il faut dire que tout ce qui se meut est mû par un autre être, c’est à dire dépend d’un autre être dans l’exercice de son activité. Si donc on affirme que le vivant se meut de lui-même, c’est en ce sens que le mouvement ne lui est pas communiqué mécaniquement du dehors (comme c’est le cas du mouvement de la pierre), mais résulte, sous l’action des causes qui le rendent possible, du principe[12] vital lui-même, c’est-à-dire du dedans même du vivant. » nous dit R. Jolivet.

Pour hiérarchiser les différentes formes de vie, on se base sur le degré d’autonomie des fonctions vitales : plus l’opération procède de l’agent lui-même et plus elle concourt à sa propre perfection, plus la vie elle-même est parfaite. C’est ainsi que l’on distingue :

1°/ La vie végétative. On la rencontre sans mélange chez les plantes, qui ne se meuvent que pour l’exécution du mouvement : toutes leurs activités vitales dérivent de leur structure et leur comportement leur est dicté par la nature[13] (action de la lumière, de l’humidité, des changements de température, ...). Ainsi la plante n’est que cause instrumentale [14] de son action.

2°/ La vie sensitive. La vie animale, comporte certes la vie végétative comme celle des plantes, mais elle en diffère en ce sens que les animaux déterminent eux-mêmes un certain nombre de leurs actions, qui ne résultent plus uniquement de facteurs extérieurs sur lesquels ils n’ont pas prise. Le lion qui voit une proie va, de sa propre initiative, se diriger vers elle pour la dévorer. C’est que l’animal, contrairement à la plante, possède la connaissance, ou tout au moins une forme limitée de connaissance, la connaissance sensible. L’animal est donc cause efficiente principale de son action. Toutefois, il ignore les fins de son activité, qui sont déterminées pour lui par la nature.

3°/ La vie intellective. Cette forme supérieure de vie, propre à l’homme, vient s’ajouter chez lui aux deux précédentes. Elle est caractérisée par  la connaissance intellectuelle, qui permet notamment à ce dernier – pour peu qu’il le veuille bien - de connaître la fin de ses actes et les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.

 

 

L’âme des vivants ; immortalité de l’âme humaine

 

La forme substantielle des êtres vivants, végétaux, animaux ou humains, s’appelle l’âme. Dans le cas des végétaux, uniquement pourvus de fonctions végétatives, ou des animaux, uniquement pourvus de fonctions végétatives et sensibles, l’âme, principe immatériel de ces fonctions, se trouve indissolublement unie à la matière qu’elle informe, elle entre dans la puissance de la matière. C’est pourquoi, à la mort, elle ne survit pas à la dissolution du composé.

Mais si l’âme de tous les vivants, végétaux, animaux ou êtres humains est immatérielle, l’âme humaine – et elle seule - possède un caractère tout à fait spécial et qui signe véritablement la nature humaine : c’est une substance spirituelle. Cela signifie qu’elle est indépendante de la matière aussi bien dans son existence que dans ses opérations. « Il en va tout autrement [i.e. que chez les plantes ou les animaux] dans le cas de l’âme humaine, dont les opérations supérieures se font sans le concours intrinsèque des organes corporels, mais avec leur seul concours extrinsèque (conditions). L’âme humaine est donc, dans son existence, indépendante du corps et subsiste après la dissolution de l’organisme corporel. [15]»

Cela implique que l’âme humaine n’est pas uniquement (même si elle l’est aussi), comme pour les plantes et les animaux, un principe de vie, mais encore une faculté capable de libre arbitre, de volonté, d’intelligence, toutes choses qui ne sont pas le fruit d’une activité matérielle du « corps ». Même si, comme nous l’avons dit,  le corps et notamment le cerveau, est utilisé à titre d’instrument.

On peut résumer les statuts des différents types d’âme dans le tableau suivant :

 

Catégorie d'être vivant

Nature de l'âme

Facultés (ou « puissances ») de l'âme

végétaux

végétative

Génération, nutrition, croissance

animaux

végétative et sensitive

Génération, nutrition, croissance, connaissance sensible

humains

végétative et sensitive et intellective

Génération, nutrition, croissance, connaissance sensible, connaissance intellectuelle

 

Il convient ici mettre en garde contre deux erreurs fréquentes. La première, qui peut être lourde de conséquences (par exemple la croyance absurde en la possibilité d’une « réincarnation ») consiste à se méprendre sur le mode d’union de l’âme et « du corps ». Telle âme humaine constitue un composé avec la matière qu’elle informe. Ceci fait que l’on parle d’union substantielle, pour signifier que deux réalités incomplètes constituent ensemble une substance unique, quoique composée. Même si, après la séparation de l’âme et de la matière lors de la mort, l’âme n’est plus identique à ce qu’elle était lors de la vie. Mais il ne s’agit en aucun cas de ce que l’on appelle une union accidentelle par laquelle deux êtres complets par eux-mêmes s’unissent extérieurement (comme les maillons d’une chaîne), autorisant ainsi ultérieurement des réassociations différentes comme « la réincarnation », qui est une chimère. Ce que l’on appelle habituellement « le corps » n’est pas la matière (prime), mais la partie visible et sensible du composé humain, déjà informé par l’âme, la matière prime n’existant d’ailleurs pas à l’état séparé. Lorsque l’on dit que l’homme est composé « d’un corps et d’une âme », on entend ici par « âme », « la partie supérieure » de l’âme, la « partie inférieure » étant celle qui informe le corps. Mais cette division de l’âme en parties inférieure et supérieure est purement logique et non réelle ; ces parties n’ont pas d’existence réelle séparée.

D’une manière générale, il est faux de croire que l’âme est composée de différentes « sous-âmes » spécialisées dans telle ou telle faculté, comme peuvent l’être les différents organes d’une machine : une qui assurerait les facultés végétatives, l’autre les facultés sensitives et une troisième, les facultés intellectuelles. Il n’en est rien : l’âme humaine est une en nombre, dans le temps et elle est indivisible dans son essence ; on traduit cela en disant que l’âme est simple. L’âme des plantes et des bêtes est simple et immatérielle, mais elle n’est pas spirituelle.

Ainsi, c’est le caractère spirituel de l’âme humaine qui fait que la mort n’entraîne pas sa disparition[16] puisqu’elle n’a pas besoin du corps pour subsister. Mais si l’âme est immortelle en droit, l’est-elle en fait [17] ? Etant immortelle par nature, seule une cause extérieure pourrait amener sa destruction. Mais étant absolument simple, elle est indissociable, non séparable en parties, invulnérable (contrairement au corps) et, pour elle, mourir serait être anéantie au sens propre du mot, i.e. réduite au néant, au non-être. Seule la Cause créatrice, Dieu pourrait le faire. Mais la raison nous prouve qu’il ne le fera pas : Sa sagesse et Sa bonté l’exigent. Nous renvoyons à un exposé de théodicée[18] (théologie naturelle, qui relève de la seule philosophie) pour ces questions, qu’il serait beaucoup trop long de développer ici.

 

 

Essence et existence 

 

Devant un être, on peut se poser la question : « qu’est-ce que c’est ? (lat. quid ?), qu’est-ce qui le caractérise, qu’est-ce qui permet à l’intelligence de l’appréhender ? » Eh bien, cet être – car c’en est un – constitue son essence (lat. essentia ou quidditas, devenu quiddité en français) ou sa nature[19] (lat. natura). Mais on peut aussi constater, sans chercher à savoir ce qu’un être est, tout simplement qu’il existe. Ce fait, constitue son existence.

Inversement, lorsque nous considérons une essence, on peut se poser la question de son existence, effective ou seulement possible.

Notons que l’on peut être assuré de l’existence d’un être sans rien connaître ou presque de son essence. Par exemple, en présence de traces dans la neige fraîche, on peut affirmer l’existence de quelque chose (un être) qui est passé, sans pour autant être en mesure d’en préciser la nature.

 

 

Puissance et acte

 

Les changements que peuvent subir certains êtres posent problème : ils cessent d’être ce qu’ils étaient pour devenir ce qu’ils n’étaient pas. Par exemple, un embryon humain va cesser progressivement d’en être un pour devenir un homme, de même, un morceau de glace, une fois fondu, ne sera plus de la glace mais de l’eau. Aristote a excellemment résolu la question en distinguant l’être en acte (lat. actus), qui est ce qu’il est au moment où on le considère et l’être en puissance (lat. potentia), qui est ce qu’il n’est pas encore mais qu’il peut devenir. L’être en puissance est donc de l’être possible. Ainsi de l’embryon, qui est embryon en acte et homme en puissance. Idem du bloc de marbre qui est statue en puissance. Le passage de la puissance à l’acte est, par définition, le mouvement.

 

 

Finitude et perfection

 

L’avenir d’un être en acte soumis au changement est limité par son être en puissance : un noyau de cerise ne pourra devenir qu’un cerisier et pas autre chose ; cette limitation manifeste sa finitude. On peut dire que c’est l’essence qui limite l’existence : c’est l’essence du cerisier qui fait qu’il sera cerisier et pas pommier ou tilleul. Par contre l’acte d’un être en acte manifeste sa perfection, il ne peut « faire mieux », il est dans sa plénitude. C’est l’existence qui actue l’essence, la rend effective, c’est pourquoi on peut dire que l’essence est en puissance par rapport à l’existence.

Le passage de la puissance à l’acte se produit sous l’effet d’une cause. Cette cause est elle-même un être et elle ne peut être efficiente que si cet être est en acte. On parle de cause efficiente.

 

 

Substance et accidents

 

Les êtres peuvent être classés en deux grandes catégories : certains êtres peuvent posséder en eux-mêmes (lat. per se) tout ce qui leur est nécessaire pour assumer leur existence, leur autonomie : c’est le cas d’un morceau de pain, d’un homme, d’un pommier,... ce sont les substances  (lat. substantia, qui se tient en dessous, à la base). Pour une substance, exister se dit subsister.  D’autres êtres ne peuvent exister que par rapport à un autre, au sein d’un autre (lat. in alio) être dont ils sont des attributs : c’est le cas de la blancheur de la feuille de papier, de l’âge de l’homme,... : ce sont des accidents (accidens en latin, ce qui arrive (à un sujet déjà constitué en lui-même).)

 

 

La causalité métaphysique

 

Nous l’avons signalé, la causalité en métaphysique n’a pas le même sens qu’en physique. En métaphysique, la cause est ce par quoi quelque chose – au sens le plus large - est, que ce soit l’avènement à l’existence d’une substance, sa modification accidentelle. Être causé, c’est être par un autre et cela s’oppose à être par soi, c’est à dire en vertu de sa propre essence, qui comporte alors l’existence.

La causalité est donc une communication d’actualité d’un être à un autre. « Nul ne passe de soi-même de la puissance à l’acte. » (St Thomas)

Aristote[20] distingue quatre sortes de causes qui entrent en jeu inséparablement dans toute production d’effet : matérielle, formelle, finale et efficiente.

Prenons l’exemple d’une statue de marbre. Sa cause matérielle est le marbre, sa cause formelle est la forme – au sens commun – du personnage qu’elle représente (forme accidentelle), sa cause finale est ce pour quoi elle a été réalisée (perpétuer le souvenir d’un personnage par exemple) et sa cause efficiente le sculpteur qui l’a réalisée.

 

Mais on voit bien que cette première distinction dans les causes est insuffisante : certes, on peut dire que le sculpteur est cause efficiente de la statue, mais on sent bien qu’il ne s’agit là que d’une cause prochaine, c’est à dire immédiate, et que l’être même de la statue possède une cause qui dépasse le sculpteur.

Il faut encore distinguer d’autres types de causes au sein des causes efficientes.

Par exemple, cause instrumentale et cause principale : le maçon qui construit une maison sous les ordres d’un architecte est cause instrumentale, l’architecte cause principale. Mais le maçon est lui-même cause principale de l’action de la truelle qu’il utilise et l’architecte, qui agit pour le compte d’un client, est à cet égard, cause instrumentale, etc.

Au sein des causes principales, on distingue entre causes premières et causes secondes selon que l’on considère les principes premiers ou médiats de l’action : l’appât du gain est cause seconde du crime perpétré par le tueur à gages, mais la cause première est autre (par exemple, la jalousie du commanditaire.) Comme pour les causes principales et instrumentales, ces causes peuvent s’enchaîner, et une cause première à un titre peut être seconde à quelque autre titre.

Signalons enfin que c’est à partir de la causalité que l’on peut aborder la délicate question du hasard qui se définit comme l’intersection fortuite de séries causales[21] indépendantes.

 

 

Les deux modes de démonstration.

 

« Il y a deux sortes de démonstrations, l’une par la cause, que l’on nomme propter quid ; elle part de ce qui est antérieur, en réalité, par rapport à ce qui est démontré. L’autre, par les effets, que l’on nome quia ; elle part de ce qui n’est premier que dans l’ordre de notre connaissance. C’est pourquoi, toutes les fois qu’un effet nous est plus manifeste que sa cause, nous recourons à lui pour connaître la cause. Or, de tout effet, on peut démontrer que sa cause propre existe, si du moins les effets de cette cause sont plus connus pour nous qu’elle-même, car, les effets dépendant de la cause, dès que l’existence de l’effet est établi, il suit nécessairement que la cause préexiste. Donc, si l’existence de Dieu n’est pas évidente à nos yeux, elle peut être démontrée par ses effets connus de nous » (St. Thomas, S. th. I q2, art 2 rép.)

Le raisonnement qui consiste à remonter des effets à la cause (« démonstration a posteriori »)[22] est couramment utilisé par les chercheurs : on peut citer par exemple la découverte de la nécessité de l’existence de la planète Neptune par Le Verrier en 1846 uniquement par le calcul, à partir des anomalies constatées dans la trajectoire d’Uranus. On peut également citer la découverte de certains éléments chimiques par Mendeleev par le raisonnement avant qu’ils ne fussent isolés.

A partir de certains caractères généraux que présentent tous les êtres de ce monde, dits contingents, on déduit l’existence nécessaire d’un être que l’on appelle Dieu.

 

 

Les premiers principes de la raison spéculative

 

Lorsque l’on philosophe, on effectue des raisonnements, des démonstrations. Mais, pour ce faire, il est clair que l’on est contraint d’utiliser certaines règles qui, elles, ne peuvent pas se démontrer (axiomes) mais qui sont dictées par le sens commun que tout homme sain d’esprit possède. La toute première de ces règles est une règle de logique : c’est le principe de non contradiction[23] qui stipule qu’une même assertion, ne peut tout à la fois être vraie et fausse. Si je dis : « Cette bouteille est vide », c’est vrai ou c’est faux, il n’y a pas d’autre alternative possible[24]. C’est pourquoi on utilise aussi l’expression de principe du tiers exclu, pour désigner le même principe sous une formulation différente : il n’y a pas d’autre possibilité pour une assertion que d’être vraie ou fausse[25].

Si applique le principe de non contradiction au domaine de l’être (métaphysique), on obtient le principe d’identité qui peut s’énoncer ainsi : tout être a une nature déterminée : il ne peut être tout à la fois, et sous le même rapport ce qu’il est et autre chose (i.e. ce qu’il n’est pas.)

Le lecteur pensera peut-être que nous enfonçons là des portes ouvertes et nous priera poliment de passer à la suite. Nous lui demanderons alors simplement de considérer tous les faux concepts, intrinsèquement contradictoires qui constituent son environnement quotidien et qui sont acceptés, voire défendus âprement par la quasi-totalité de nos contemporains. De la démocratie moderne, « fondée » sur la sentence indépassable de Jean-Jacques « [...] chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. [...] »[26]), à l’oeucuménisme qui ramène les différences irréductibles entre les différentes religions au niveau des croyances à la seule « diversité dans la façon de prier », en passant par le discours politique quotidien (« partagez soixante millions d’avis[27] »). Que dire de la « laïcité », qui clame que les lois positives édictées par César peuvent convenir simultanément au chrétien, au mahométan ou au matérialiste athée !?

Il devra alors se poser trois questions : « par quel moyen l’humanité a t-elle pu parvenir à pareil degré d’aliénation ? », puis « ceci est-il voulu et si oui, par qui ? » et enfin « dans quel but ? ».

La réponse à la première question est : « non pas en détruisant chez lui la faculté de connaître , c’est impossible - l’homme est ce qu’il est, et le reste -, mais en le persuadant à tort qu’il ne possède pas cette faculté. » Nous laissons le lecteur répondre lui-même aux deux autres.

Du principe du tiers exclu on déduit le principe de causalité : tout être est ou bien « sans cause », ou bien « causé ». Dire qu’un être est sans cause[28] (on dit aussi « par soi » (a se), ou « nécessaire »), c’est dire que son essence possède l’existence, qu’il est nécessairement. Un être causé est aussi dit contingent, ou encore « par un autre » (ab alio). Ici, « causé » est à entendre dans l’ordre de l’existence, de l’accès à l’être et non pas dans l’ordre des phénomènes comme dans les sciences physiques (telle variation de flux produit telle différence de potentiel ...). Signalons que le principe de causalité est à la base des diverses (il y en a cinq classiques) démonstrations de l’existence de Dieu. C’est peut-être dans celle dite « par la contingence » qu’on le voit le plus directement. Elle consiste dans ses grandes lignes en ceci : puisque tous les êtres que nous connaissons sont contingents (car ils ne sont pas maîtres de leur existence), il existe nécessairement un être incausé qui en est cause. C’est l’Ipsum esse subsistens, que l’on appelle Dieu. (Cf. la Somme de saint Thomas Ia, q2 & suivantes, R.P. Garrigou-Lagrange, Jolivet, ...)

Il est donc clair que la seule cause véritablement première de l’être est Dieu : c’est pourquoi, on écrit Cause Première avec une majuscule et au singulier.

Comme on le voit, et contrairement à ce qui est véhiculé depuis Kant, l’existence et l’unicité de Dieu[29] se démontrent (philosophiquement s’entend, pas avec des équations).

Le principe de causalité ressortit au principe de raison d’être qui stipule que tout être est intelligible.  Le principe de raison d’être comporte deux autres volets qui sont le principe de finalité  (tout agent agit pour une fin) et le principe de substance. Derrière les changements qui affectent sans cesse l’être, il y a un sujet permanent. En changeant, l’être ne devient pas un autre, il devient autre. Pierre enfant est différent de Pierre à 40 ans, mais c’est néanmoins le même Pierre.

 

 

 

Indications bibliographiques.

 

 

Les deux livres clé sont selon nous :

 

·        Joseph de Tonquédec, La critique de la connaissance, Beauchêne, Paris, 1929.

·        R.P. Garrigou-Lagrange, Le sens commun, la philosophie de l’être et les formules dogmatiques, Nouvelle Librairie Nationale, Paris 1922.

 

Mais, on ne peut en tirer profit sans connaître au préalable un minimum de vraie philosophie. Pour cela, nous recommandons :

 

·        Jacques Maritain, Eléments de philosophie, tomes I et II, Pierre Téqui. (Réimpression, il s’agit d’un cours de terminale datant de 1920 !) Ce livre passionnant constitue une remarquable initiation à la philosophie et ne requiert pas de connaissances spécifiques préalables.

 

Ou, en plus complet, et peut-être aussi plus classique :

 

·        Régis Jolivet, Traité de philosophie, 4 tomes, Vitte, 1939. Très complet et néanmoins assez facile à lire tant il est bien rédigé ; c’est LE cours de philosophie par excellence.

 

Pour la théodicée, ou théologie naturelle :

 

·        R.P. Garrigou-Lagrange, Dieu, son existence et sa nature, 2 volumes, Beauchêne, 1950. Cet ouvrage de référence contient notamment les réfutations détaillées du kantisme et autres erreurs agnosticistes.

 

Ouvrage complémentaires :

 

·        Jacques Maritain, Sept leçons sur l'être, Pierre Téqui. (réimpression).

·        Louis Jugnet, La pensée de saint Thomas, N.E.L. Ce livre est à lire avant d’aborder saint Thomas dans le texte.

·        Joseph Rassam,  la métaphysique de saint Thomas, PUF, 1968.

·        Jean Daujat, Physique moderne et philosophie traditionnelle, Pierre Téqui. (Réimpression) C’est le livre d’un « physicien-philosophe-théologien ». Il a été écrit à l’intention de ses confrères scientifiques. Ce petit livre de vulgarisation est marqué par les limites du genre mais contient certains développements remarquablement clairs.

 

Histoire de la philosophie :

 

·        Thonnard, Précis d’histoire de la philosophie, Desclée er Cie, Paris, 1945.

 

 

APRES avoir déjà acquis une certaine connaissance du sujet, on pourra tirer profit des ouvrages historiques d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin. Il est inutile d’en donner ici les références car qui aura étudié quelques uns des livres précédents saura les trouver ...

 

 

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[1] Le savoir philosophique débute par l’expérience sensible. La philosophie réaliste ne soumet pas à la critique l’existence du réel, ni la capacité de l’homme à le saisir, au moins partiellement. Les principes en ont été élaborés par Aristote (384-322 av J-C), mais c’est saint Thomas d’Aquin (1225-1274) qui en a corrigé les déficiences et l’a complétée sur de nombreux points. Ultérieurement, ses « commentateurs » Cajetan (1469-1534) et Jean de saint Thomas (1589-1644), en précisant encore quelques articles ont fini de porter cette philosophie à son ultime degré de perfection.

[2] Néanmoins, on pourrait le faire, mais en un sens assez restrictif. Cf. à ce sujet une étude approfondie du fr. Pierre-Marie, O.P. dans le n° 6 du Sel de la terre (Raison et foi III).

[3] et encore, est-ce seulement sa version kantienne à base de « phénomènes ».

[4] Pour Kant, tout au plus pouvons-nous construire une « représentation » mentale, non de l’objet dont la connaissance nous est impossible, mais de son modèle subjectif, fruit de l’activité du sujet (« objet-phénomène ».) Cf. Joseph de Tonquédec, La critique de la connaissance.

[5] Cf. Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Editions Odile Jacob, Paris, 1997. Si nous approuvons la dénonciation des impostures qui sont décrites dans ce livre, nous sommes en total désaccord avec les thèses « philosophiques » que pensent devoir défendre les auteurs pour lutter contre ce mal. Il est patent qu’ils n’ont pas compris qu’elles sont précisément à la source de ce qu’ils réprouvent justement.

[6] Cf. infra.

[7] Etymologiquement, connaître, signifie « naître avec » (cum nasci). Connaître une chose, c’est l’appréhender, la saisir, se l’approprier par l’esprit. J. de Tonquédec (op. cit.) observe avec beaucoup de pertinence que l’homme de la rue considère un regard indiscret comme un larcin, montrant par là qu’il a mieux compris que Kant ce qu’est l’acte de connaître ...

[8] Cf. J. de Tonquédec (op. cit.)

[9] Pour plus de précisions et établir certaines distinctions (être réel et être de raison notamment), cf. par exemple R. Jolivet, Traité de philosophie, tome I, p. 58 sq. et aussi J. Maritain, Sept leçons sur l’être, partim.

[10] Cf. Jean Daujat, Physique moderne et philosophie traditionnelle, Téqui. Pour une étude plus approfondie, consulter Régis Jolivet, Traité de philosophie, tome 1, p. 388 et suivantes.

[11] Cf. Jolivet, I, p. 409 sq.

[12] Par principe, il faut entendre : « ce qui, en quelque façon, est à l’origine de … ».

[13] On appelle tropisme la réponse du végétal au stimuli envoyé par la nature.

[14] Cf. infra.

[15] Jolivet, II, p. 418.

[16] On peut risquer une analogie (bien imparfaite) : un chef d’entreprise qui animait une société commerciale et sans qui elle ne pouvait fonctionner, ne disparaît pas après la liquidation de son affaire. Il subsiste détaché d’elle, il n’a plus d’activité matérielle proprement dite, mais il est toujours là avec son génie propre, sa personnalité, ...

[17] Cf. Jolivet, II, p. 688-389.

[18] Voir par exemple Jolivet III, p. 423 sq. ou R. Garrigou-Lagrange, Dieu, Son existence et sa nature, Beauchêne, Paris, 1950 (tome II : Nature et attributs de Dieu).

[19] Il y a en fait une différence entre nature et essence, mais on peut, dans cette première approche, considérer les deux termes comme synonymes.

[20] In Seconds analytiques, II, 11 (Causae autem quatuor sunt : una quae explicat quid res sit ; altera, quam, si quaedam sint, necesse est esse ; tertia quae quid primum movit ; quarta id, cujus gratia.)

[21] J. Maritain, dans ses Sept leçons sur l’être, (Cf. bibliographie) en donne un exposé particulièrement clair.

[22] Il y a des confusions à éviter sur le sens exact des termes : démonstration quia, démonstration a posteriori, induction, démonstration propter quid, démonstration a priori. Toute démonstration a posteriori est une démonstration quia, mais l’inverse n’est pas vrai. De même la démonstration a posteriori ne doit pas être confondue avec l’induction, qui est le passage du particulier au général. Voir sur ces questions fondamentales J. de Tonquedec, op. cit. , p. 252 sq. et note E.

[23] Encore aussi appelé hélas « principe de contradiction », mais c’est de la même chose qu’il s’agit.

[24] Si elle est « presque vide », elle n’est pas vide : l’assertion est donc fausse.

[25] La littérature et le langage courant usent parfois d’expressions d’apparence paradoxales (oxymores), mais lorsque cela a un sens – ce qui est loin d’être toujours le cas -, c’est pour signifier des jugements distincts qui ne sont pas explicitement formulés et qui sont relatifs à des ordres différents (ex. « ce fardeau m’est léger à porter » : dans l’ordre physique, il est vraiment lourd, mais dans l’ordre moral, l’acte ne me coûte guère car c’est pour une bonne cause.) En philosophie, il faut s’abstenir de ce genre de formule et user d’un langage évitant au maximum les confusions. S’il est déroutant pour l’homme moderne, le style scolastique représente la perfection en ce sens.

[26] In Du contrat social, Livre I, ch. VI, Garnier-Flammarion, 1974, p. 51.

[27] Affiche apposée par le Ministre de l’E.N. à des centaines de milliers d’exemplaires à l’occasion du « Grand débat sur l’Ecole » fin 2003.

[28] Cela ne signifie pas qu’il soit sa propre cause d’existence, ce qui n’aurait pas de sens puisque la cause doit préexister aux effets qu’elle produit. (Erreur commise par Descartes)

[29] Ceci ne doit pas être confondu avec la foi, mais constitue ce que l’on appelle les « préambules de la foi ».